Le fascisme c'est ferme ta gueule et la démocratie cause toujours!

L’abstention massive aux élections de l’autre dimanche, n’est pas seulement une défaite de la démocratie, c’est aussi une défaite de la république. C’est la vérification, la preuve, que l’élection qui intéresse les Français est celle du chef.

Le chef coutumier, en France, est le roi. Le pouvoir lui est conféré par l’hérédité, il est absolu.

La désignation par le vote n’est pas l’hérédité, c’est sûr, il y a toutefois dans le vote démocratique un tour de passe-passe, une avarie, qui permet, fors la naissance, de faire d’un homme seul, un potentat, un avatar monarchique. Demandez à Jospin qu’il vous explique.

Relativiser les concepts de démocratie et de république est devenu une nécessité intellectuelle et morale. En effet, les valeurs et le sens, que sont supposées porter ces deux notions, sont battus en brèche par la réalité de l’exercice du pouvoir tel qu’il est pratiqué depuis des décennies dans notre pays.

Macron, comme ses prédécesseurs en un peu pire, piétine les libertés, n’a cure de l’égalité, se fiche de la fraternité.

Je vous livre ici, une définition que j’ai piochée dans les pages de notre amie à tous, Wikipédia, à propos de notre système de gouvernement,  la république est un mode d'organisation d'un pays dans lequel le pouvoir est exercé par des représentants de la population, généralement élus, et où le chef d'État n'est pas héréditaire et n'est pas le seul à détenir le pouvoir. Une république est antonyme d'une monarchie héréditaire, pas toujours synonyme de démocratie.

Il n’échappe à personne que l’intégralité du pouvoir et des décisions qui en émanent, sont aujourd’hui, et depuis 4 ans, le fait d’un seul homme.

Je déduis de ce qui précède, qu’il serait temps, disons, pas trop tard, d’envisager une réforme profonde des institutions de notre pays, à commencer par la question centrale du mode de gouvernement. Renvoyer le président à sa fonction de représentation de l’État, et à la prérogative régalienne du choix d’un gouvernement qui porte la politique pour laquelle il a été désigné par le peuple.

J’écoute les politiciens en boucle depuis plusieurs semaines, qui, tous, promettent un monde nouveau, des innovations à la tonne, du neuf, du durable, de la sécurité, et j’en passe. Je note, au passage, que tous sont des vieux pros de la politique, mouillés dans des combines partisanes, des associations de malfaisants, avides de se partager le pouvoir, des carriéristes engoncés dans la certitude qu’ils incarnent quelque chose de plus grand qu’eux.

Rien de neuf, que du vieux, les vers de Victor Hugo, ceux de la fameuse tirade de Ruy Blas sont toujours tellement actuels bon appétit ! messieurs ! ô ministres intègres ! conseillers vertueux ! voilà votre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison !

Écoutez ce pauvre Jadot. De sa bouche, ne sort que le son tonitruant d’une ambition obscène, pour lui-même. Il se fiche du pays et du peuple, dont il ne parle d’ailleurs jamais. Il peut, d’un jour à l’autre s’inquiéter d’avoir omis un mot ou un autre, dans le flux des éléments de langage qui lui sert de discours. Ce matin, c’était le mot industrie prononcé une douzaine de fois, sans que cela fasse tiquer les interlocuteurs d’Inter, Léa et Nicolas. Le pauvre voulait pourtant bien faire, mettre de l’industrie, de l’ouvrier dans le discours écolo, c’est nouveau, c’est frais, c’est de gauche, non ?

On entend l’ambition, la soif de pouvoir. Qui ne s’est pas marré en regardant la mise en abîme des politiciens, les découpages assassins de leurs interventions à la radio ou la télé par Yann Barthès ? Vous avez tous vu Xavier Bertrand pleurnicher, se tordant les mains sous la table, comme un quémandeur, Pécresse simuler abnégation et bienveillance, les Penistes, se désoler de ceci ou de cela, endosser la charge de moins en moins consistante de la sécurité et de l’immigration, comme seul programme ? Je ne parle pas, par pudeur des socialistes et de leur silence de deuil.

Voyez, regardez, ayez quelque pudeur, comme encore dit Ruy Blas, dans la même tirade, la France et sa vertu, la France et sa pudeur oui, je sais c’est de l’Espagne que parle Ruy Blas, tout s’en va ! Pas besoin de déclinisme pour faire le constat que notre pays sue l’imposture par tous ses pores, la descente dans l’Enfer des peuples trop bien nourris, trop satisfaits d’eux-mêmes, trop individualistes pour avoir la moindre idée de ce qu’est une communauté, un peuple, l’intérêt général.

Pour atténuer, je me souviens que c’est en incarnant, par sa jeunesse, sa fougue et l’énergie dont il a fait preuve jusqu’à s’en casser la voix, que Macron a pris le pouvoir en 2017. Il était le sauveur, celui qui allait sortir le pays du marasme, du défaitisme, des inégalités croissantes, le nouveau mondiste etc...

Jupiter est un banquier dans l’âme, il a derrière lui une brève, mais intense carrière de ministre de l’Économie, au cours de laquelle il a imprimé la marque d’une solide foi dans l’économie ultra-libérale, le rôle des responsables politiques, ce n'est pas de démontrer en toute circonstance des capacités, des protections que parfois ils n'ont plus (!) L’abandonneur d’Alstom, un fleuron, comme on dit, de l’industrie nationale, en contrepartie de la promesse de créer mille emplois, muée en licenciement de sept cent cinquante salariés du groupe, un an après la cession à GE, a trompé son monde.

Alors, que faire ?

Pourquoi ne pas recommencer, de scratch, sans forcément retourner aux bailliages et aux sénéchaussées, en renforçant les compétences des régions, leur donner le droit de lever l’impôt ; puisqu’on voit bien que les territoires sont devenus une notion en vogue, bousculant l’idée selon laquelle, LE territoire est constitutif de la nation, une et indivisible, même si cela relève davantage de la construction intellectuelle que du Droit.

Les régions, parce que beaucoup d’entre elles contiennent des spécificités qui enrichissent la diversité, notamment culturelles, à travers l’usage d’une langue, et la pratique de mœurs et de coutumes, souvent à l’état de ruines, tant elles ont été laminées au cours des siècles, sont des entités politiques plausibles.

Refaire de nos régions, des pays, où les gouvernants s’appliqueraient à valoriser les savoir-faire, auraient le souci du bien-être du peuple, concurrenceraient le pays voisin, en mieux-faisance.

Bon, je parle des Länders, là. Même si l’Allemagne a été contrainte d’organiser son territoire en régions politiquement et administrativement autonomes, pour empêcher la récidive nazie, l’idée est bonne, et il ne serait pas si bête de l’imiter.

Une France des régions, privant Paris de sa suprématie centraliste, redonnant par la puissance rendue aux pays, celle du pays ? Pourquoi pas ?

Ou alors pas de pays du tout, pas de frontière, on se débrouille, juste des gens qui s’organisent, dans le respect mutuel, des utopistes des rêveurs, imagine there's no countries, it isn't hard to do, nothing to kill or die for, and no religion, too, imagine all the people, livin' life in peace...

 

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