Ma chronique #1

Le boulevard Haussmann, au carrefour Lafayette - Chaussée d’Antin, sans les cars qui muraient la voie, occultant la vue sur les façades des immeubles, colonisant l’espace, empuantissant l’atmosphère, c’est presque incroyable.

Je pensais ne jamais revoir ce coin de ma ville autrement que bondé de touristes, principalement des chinois qui n’ont d’yeux et d’intérêt que pour les produits de luxe vendus par les Galeries Lafayette. Ces touristes que le communisme dégénéré de la Chine réveillée de ce début de siècle à transformés en consommateurs incontinents, ont un mépris souverain pour nos rues, nos places, nos commerces, nos gueules.
La voracité palpable de ces acheteurs compulsifs rend leur présence insupportable.
Jouissons pendant que c’est possible, de ce temps magique, qu’un sale virus porté par le libre échangisme et le capitalisme libéral dont les touristes de masse sont les excrétions, nous permet de connaître. Des touristes il y en a, des français de plus loin, et quelques voisins européens, qui se fondent dans la population parisienne. Voyez la Seine, sans ces gros insectes qui naviguent au fuel lourd, admirez le calme de sa surface, la tranquillité de son flot, troublées seulement, du côté des piles de pont, par de lents tourbillons. La paix des rues AIRB&B, dans lesquelles circulent des habitants, ces êtres devenus rares dans des villes abîmées par les masses d’étrangers pressés, roulant bruyamment de grosses valises, le regard rivé sur un smartphone et l’appli qui va avec, c’est de l’antan qui revient. Ces restaurants où plus personne ne photographie ce qu’il va manger, ces ponts où plus un cadenas ne vient défigurer l’ouvrage d’art, racontent une histoire dans laquelle ce ne sont ni la raison écoresponsable ni le bon sens qui en sont les principaux moteurs, mais l’horrible Covid 19, qui fait fuir les touristes.
Pourvu qu’il ne s’agisse pas d’une histoire courte et que la peur du français covidé laisse des traces dans l’imaginaire consumériste des voyageurs compulsifs. On ne se représente que difficilement ce que représentent 120 000 avions qui décollent TOUS LES JOURS transportant en un an, 4 MILLIARDS d’individus, dont le seul objectif, pour la plupart, est d’avoir « fait » telle ou telle destination. Mon écœurement atteint un climax à la vue de ces gens tournant le dos à la Joconde pour un selfie ! Ils ont engagé une partie non neutre de leurs économies, pour visiter le musée du Louvre, qui devrait se rebaptiser le musée de la Joconde et de la laideur, ce rien artistique est aussi laid que Saint Pierre de Montmartre et la Tour Eiffel.
Ils font la queue pendant des heures pour se trouver face au laideron peint par L de V, ce tableau, dont on dit, - puisqu’on ne pourraient rien trouver de bien sensé à en dire à part que c’est moche -, qu’elle possède le sourire le plus énigmatique de l’art figuratif de tous les temps. Qui a tenté un benchmark pour réfuter ce postulat prétentieux ?
Le plus grand musée du monde réduit à un objet de consommation délirant et à une prise de vue qui exige que l’on tournât le dos à son sujet ! La mentalité touristique dit tout, absolument tout, de ce qu’est le tourisme de masse … Après ce petit coup de colère rétrospectif, je reprends ma ballade automnale, en ce mardi tranquille, de début d’après-midi en direction du Palais Royal où je ressentirais encore plus profondément à quel point ce que nous possédons, nous autres parisiens, qui nous fait si injustement différents,

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