Ma chronique #9

Cette impression de vivre dans un monde fascistoïde un néologisme assez facile à comprendre, qui figure pour moi assez bien l’ambiance dans laquelle le Coronavirus épisode 2020 a plongé le monde, je la ressens ce matin plus fort qu’hier et sûrement bien moins que demain.

On m’a souvent fait le grief d’utiliser les termes fasciste, facho, faf en dépit du bon sens ou en tout cas d’une manière inappropriée, surtout quand ils désignent le comportement ou les dires d’individus quand ils ne devraient s’appliquer qu’à des systèmes ou des États.

Mais fascistoïde, c’est à dire qui ressemble au fascisme – le suffixe oïde atténue le sens premier du terme qu’il adjective – convient bien à la situation.

Non seulement, parce que depuis l’apparition du petit monstre tueur, (venu de Chine comme les clients de LVMH et des Galeries Lafayette), la panique s’est installée dans tous les cabinets du monde (je ne parle évidemment pas des lieux d’aisance), dont les plus futés des membres, en toute intelligence, n’ont vu à travers le verre de loupe de leur trouille que la contrainte et l’autorité pour lutter contre sa dissémination, mais aussi parce que le Coronavirus ressemble comme un frère à un autre virus qui tue bien plus que lui : le capitalisme libéral (ou financier), répandu sciemment et depuis longtemps par la grâce du libre-échangisme, et de la financiarisation de l’économie mondiale, sur tout ce qui vit et se crée sur la Terre.

Se battre contre un ennemi invisible qui tue des vieux, selon des stratégies mortifères (la gestion du bien commun qu’est l’hôpital réduit à peau de chagrin), quand on est installé dans l’usine à fabriquer l’autre virus – le capitalisme –, cela aurait quelque chose de cocasse dans un film de Charlie Chaplin, mais dans la vraie vie on dirait plus comme une situation schizoïde (re).

Le problème - aujourd’hui on dit la problématique -, c’est que l’horizon des dirigeants, prenons pour exemple et modèle les nôtres, n’ont à la bouche que le monde d’après qui sera fait, ose-t-on nous promettre d’un fantastique rebond de l’économie.

La litanie des statistiques qui relativisent les effets de la pandémie sur l’obsédant PIB, font la sauce de l’incurie intellectuelle et mentale de ceux qui ont la charge de notre bien-être c’est à dire de nos libertés, laquelle sauce est réchauffée à longueur d’émissions d’informations et de talk-show, pissée par des cohortes d’experts et de journalistes asservis.

Les français, entre deux confinements, toujours aussi éclairés, achètent à tout de bras des SUV, stockent du PQ et de la farine, cherchent des moyens de recommencer à faire tel ou tel pays, sur les traces des centaines de millions d’humains qui se transportent comme leurs OGM et autres cancérigènes, transportant leur connerie et leurs virus à travers la planète, obsédant (100 Millions de touristes/an à Miami), le monde de leur inextinguible soif de selfies et leur faim de kilomètres.

Il faut être un parisien.ne aimant sa ville pour percevoir que l’absence des touristes révèle tout ce dont l’activité touristique de masse les prive. Qui n’a pas entendu un proche s’ébahir de la chance qu’il a eue de visiter le Mont Saint- Michel, de parcourir les rues de Saint-Malo, de Lyon ou de Paris, d’entrer au musée du Louvre ou dans celui d’Orsay ?

Ces lieux sont habituellement aussi interdits que la Cité du même nom, du fait de l’omniprésence de millions de touristes dont le nombre pourtant considérable n’est pas encore assez important pour Madame Hidalgo. Il reste un mince espoir que, sous la couette du confinement se concoctent des versions plus humaines, plus éclairées du monde d’après, et qu’apparaîtront des porteurs d’une vision acceptable de l’après Covid 19 ici, chez nous, et dans le monde.

Ne cherchez pas dans ce texte une intention ou un projet, il ne s’agit, modestement, que de transcrire mon humeur du jour.

 

 

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