Serge MALIK
Expert
Abonné·e de Mediapart

104 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 sept. 2021

Che bel mondo!

Paris a les artères bouchées depuis quelques jours. Les travaux d’été, bruit et poussière, ceux du Grand Paris, des JO, et autres vacations et excavations, la diminution drastique de l’espace disponible sur les chaussées, combinée à l’augmentation du trafic de camions de plus en plus nombreux, expliquent le bordel et l’athérosclérose de la ville.

Serge MALIK
Expert
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avant, ma voix commençait à s’altérer vers 17 heures, maintenant, la pollution me serre le kiki dès 14 heures. ma voix, c’est mon détecteur, plus elle est rauque, plus l’air est pollué.

Je suis allé à Artparis, la foire d’art contemporain de printemps, décalée Covid à la fin de l’été. J’y étais hier, au lieu d’aujourd’hui, à l’horaire prévu pour la preview de demain, bref, je me suis trouvé, avec ma compagne du jour, seuls, au beau milieu de quelques dizaines d’ouvriers finissant de brancher des prises, enlevant les rubalises devant les stands, nettoyant les allées.

La foire, quel nom moche ! se remplit peu à peu des habituels visiteurs du vernissage. Le Grand Palais éphémère, une réalisation écoresponsable, de l’architecte Jean Michel Wilmotte est impressionnant par sa surface et son volume. Une nef gigantesque, barrée d’un pseudo transept, fait paraître l’ensemble, calé entre l’École Militaire et la Tour Eiffel, pour un plan d’église.

Rien de nouveau dans ce lieu, sinon l’impression d’un marché tout neuf, renforcée par la présence de grandes galeries qui n’auraient pas posé une cimaise sur un stand de Artparis, dans le monde d’avant.

Rien de nouveau non plus dans l’offre, le salon est de même nature que celui des arts ménagers, c’est un lieu de commerce où on vend à peu près toujours la même chose.

Je note quand même, une recrudescence, comme dit la police, de tableaux de Soulages et de solo shows dont un de ... Picasso.

Je m’en vais, quand l’effervescence est à un niveau tel, qu’on commence à croiser des gens, être obligés de contourner des groupes, immobiles, au milieu des allées. Le truc, dans les salons d’art contemporain, c’est de se coller à 6 ou 8 en plein milieu d’une allée, comme on fait dans les raouts à cacahouètes et champomy, où les 6 ou 8 se collent contre le buffet.

A part de ça, je sens venir l’automne, malgré la chaleur qui poisse, et le ciel dont le bleu pas Klein est immaculé. Quelque chose dans une subtile vibration, une onde légère, impressionniste, trahit la résignation de la végétation à accueillir le déclin promit par la saison polychrome.

Il n’y a guère qu’à Paris, et dans les grandes villes du monde, que les saisons pratiquent les avant-premières.

Le procès impossible, qui se déroule dans l’ile de la Cité, occupe la scène médiatique, la terreur en jugement, cohabite avec l’immense popularité du défunt Bébel. Impossible de ne pas donner toute sa place au Magnifique, même en ces temps d’extrême tension, d’émotion nationale, de deuil de masse, dont le procès le plus sécurisé de l’histoire entame le récit.

La presse, ayant épongé les témoins et raconteurs d’anecdotes moisies, s’est plongée dans les cas d’éviction médiatique de morts célèbres dont la nécrologie a concurrencé celle d’autres morts célèbres.

Ainsi Lady Diana a-t-elle pris toute l’obscure lumière du deuil planétaire, au détriment de Mère Térésa.

Mais l’histoire récente, fourmille de ces headlines où il est impossible de faire figurer deux noms, au risque de manquer au devoir de dévotion auquel sont auto assujettis les media.  Michael Jackson et Farah Fawcett, on peut comprendre, c’est deux poids, deux mesures, mais comment justifier qu’un River Phoenix, gloire récente, sans grande envergure mourant à 23 ans d’une OD, occulte totalement la mort de Federico Fellini ? Citons les malchanceux comme Aldous Huxley et C. S. Lewis qui meurent le même jour que JFK ou Prokofiev qui casse sa pipe en même temps que Staline.

La presse sort des frigos les nécros qui vont vendre, on éditorialise, comme ils disent, à raison de ce qui sort de la conf’ de rédac’. C’est qui, Fellini ?

L’automne est la saison du deuil, anyway, celui des vacances, du farniente, du bronzage, du vert des feuilles, de l’or du soleil, de la longueur du jour, de la brièveté de la nuit.

De tout ce que génère la saison automnale, qu’en anglais on dit avec justesse, fall, c’est la mélancolie qui m’inspire le plus. L’humeur brunit comme les feuilles des arbres, le crépuscule envahit le jour, comme la marée la plage. A change is coming, soupire la nature.

Heureusement il y a Castex ! Casse Tex ! cas stex ! Comme Findus, Fin Duuusse ! c’est un machin mort, avec les yeux dans les coins. Quand il parle, j’ai l’impression d’entendre un vieil écho, complètement has been.

Le mec se prend tellement au sérieux, qu’il fait paraître Macron génial, humain, proche des gens les bonnes nouvelles ne doivent pas nous mener à une autosatisfaction annone-t-il. Le genre de phrase débile typiquement Castexienne, peut-être pondue par un crâne carré de son cabinet, qui nous prend pour des cons.

Et puis il y a Bébel, l’Alpagueur, qui, en mourant, dans une ultime facétie de sa façon, à chopé l’intégrale du malheur national, du chagrin inconsolable, y compris parmi les jeunots, qui roulaient en poussette quand Pierrot le fou a eu son AVC et s’est vu relégué au rang de people en chaise roulante.

Chapeau, bravo l’artiste !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Nouvelle-Calédonie: débats autour du colonialisme français

À la Une de Mediapart

Journal — France
Handicap : des militants à l’assaut de l’oppression « validiste »
Ils se battent contre les clichés sur le handicap, pour la fermeture des institutions spécialisées et pour démontrer que, loin de la charité et du médical, le handicap est une question politique. Rencontre avec ces nouvelles militantes et militants, très actifs sur les réseaux sociaux.
par Caroline Boudet
Journal — France
Au tribunal, la FFF est accusée de discriminer des femmes
Neuf femmes accusent la Fédération française de football de les avoir licenciées en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause le management de la FFF. Son président Noël Le Graët jure qu’il « n’y a pas d’atmosphère sexiste à la FFF ».
par Lénaïg Bredoux, Ilyes Ramdani et Antton Rouget
Journal — France
Le Squale, opérations secrètes
Basées sur des interceptions judiciaires ayant visé l’ancien chef des services secrets intérieurs, Bernard Squarcini, notre série de révélations met au jour l’existence d’un État dans l’État, où se mêlent intérêts privés et basse police.
par La rédaction de Mediapart
Journal — France
Le « Monsieur sécurité » du groupe LVMH écope de neuf mises en examen
Atteinte à la vie privée, trafic d’influence, violation du secret professionnel... : l’actuel directeur de la protection des actifs et des personnes de la multinationale, Laurent Marcadier, est mis en cause par la justice dans l’affaire Squarcini. Il dément « catégoriquement » tous les faits.
par Fabrice Arfi

La sélection du Club

Billet de blog
Penser la gauche : l'ubérisation des militant·e·s
Les mouvements politiques portent l’ambition de réenchanter la politique. Pour les premier·e·s concerné·e·s, les militant·e·s, l’affaire est moins évidente. S’ils/elles fournissent une main d’oeuvre indispensable au travail de terrain, la désorganisation organisée par les cadres politiques tendent à une véritable ubérisation de leurs pratiques.
par Nicolas Séné
Billet de blog
Un jour dans ma vie militante : l’Etat réprime impunément des familles à la rue
[Rediffusion] Jeudi 28 octobre, soutenues par Utopia 56, plus de 200 personnes exilées à la rue réclamant l’accès à un hébergement pour passer l’hiver au chaud ont été froidement réprimées. L’Etat via son organe répressif policier est en roue libre. Bénévole au sein de l’association, j’ai été témoin direct de scènes très alarmantes. Il y a urgence. Voici le témoignage détaillé de cette journée.
par Emile Rabreau
Billet de blog
Militer pour survivre
Quand Metoo à commencé j’étais déjà féministe, parce qu’on m’a expliqué en grandissant que les gens étaient tous égaux, et que le sexisme c’était pas gentil. Ce qu’on ne m’avait pas expliqué c’est à quel point le sexisme est partout, en nous, autour de nous. Comment il forge la moindre de nos pensées. Comment toute la société est régie par des rapports de forces, des privilèges, des oppressions, des classes sociales.
par blaise.c
Billet de blog
Faire militance ou faire communauté ?
Plus j'évolue dans le milieu du militantisme virtuel et de terrain, plus il en ressort une chose : l’impression d’impuissance, l’épuisement face à un éternel retour. Il survient une crise, on la dénonce à coups de critiques et d’indignation sur les réseaux, parfois on se mobilise, on tente tant bien que mal d’aider de manière concrète.
par Douce DIBONDO