Ma chronique #10

Le 11 novembre, commémoration de quoi déjà ? « L’amnistie du Général de Gaulle » hurle ce gamin de 11 ans en brandissant son doigt comme pour montrer la lune… « L’armistice de 1918 ! » corrige le professeur d’histoire en souriant.

On commémore, 102 ans après, à grands coups de références à des poilus dont plusieurs millions ont connu le sort que l’on fait à des animaux d’abattoir et à des millions d’autres qui ont dû vivre avec la « gueule cassée », le reste de leur pauvre vie a vendre des billets de loterie.
L’abominable marseillaise, accompagnant, justement, l’abominable extension de cette hystérie mémorielle, ce filtre où sont cochés les mots « héroïsme », « sacrifice », « patrie » et bien sûr « drapeau ». Le point d’orgue étant la génuflexion des thuriféraires de cette continuation morbide de l’esprit dérangé de la nation, devant le tombeau du soldat inconnu. 62 ans, on ne commémore pas en chantant ni en s’agenouillant. La naissance de la 5ème république se célèbre par le rabâchage du nom de son inspirateur et de son principal utilisateur, le Général de Gaulle.
L’imputrescible cinquième, résiste, souple comme un roseau, elle se courbe sous le vent des projets de lui nuire, solide comme le chêne, elle renvoie ses opposants à la cueillette de ces glands.

Cinq ans déjà. On commémore dans la difficulté de la situation sanitaire, un moment d’horreur. On se souvient, on écrit, on lit on en parle. Des mots souvent extraordinairement poignants, éclairants, justes. Cette commémoration-là, est une nécessité, car elle concerne l’intime du pays, sollicite l’âme, l’humanité, la solidarité de tous.
Chacune et chacun doit ce souvenir de ce vendredi 13 novembre 2015, de ces crimes qui ont eu raison, une fois encore, à distance de la première et de la dernière, de l’innocence d’une nation entière. Il a dit « Nous sommes en guerre », et il a constitué, logiquement, « un conseil de défense ». Il a aussi établi un couvre-feu et un confinement, c’est à dire une assignation à domicile. Il a réduit nos droits à peau de chagrin sans jamais s’en excuser. Il fait mentir son premier ministre Fernandel, dont la prononciation du français, hésite entre l’accent terroir d’origine contrôlée et la tentative de parler droit qui lui fait ouvrir le français comme le font ces sudistes complexés par la singularité de leur parler. Il, parce que la cinquième permet à celui qui tient la barre de faire seul. Celui-là sait tout faire, lire le sextant, manier la boussole, faire tourner la barre a en péter le safran, déchiffrer le ciel, prendre un cap, puis un autre. Il sait tout faire, tout seul, et il abuse comme l’enfant capricieux assis au milieu de sa chambre encombrée des jouets de la république, qu’il ne prête à personne. Na ! En attendant, les comptables donnent des chiffres, nous abreuvent des lignes de résultat de leurs tableurs, les contredisent, affirment, rectifient. Rien qui inspire confiance en un monde d’après, un avenir qui terrifie les reclus que nous sommes en train de devenir. Combien, déjà, craignent le moment de revoir la lumière du jour, de sentir l’espace du monde s’ouvrir à nouveau ? 

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