Ma chronique #13

Décidément, le matin, je ne supporte plus les voix de Nicolas et Léa, je préfère celle de Guillaume, pas vous ? On se rend compte, comme auditeur assidu à quel point ce que disent les voix imprègnent leur tessiture, leur tonalité. Les rodomontades de Léa, ses opinions personnelles, ôtent tout charme et tout crédit à sa voix, la mégérise.

La tonitruante faconde de Nicolas, au lieu de donner le poids requis à sa marchandise, lui nuit, donne l’impression d’acheter un yaourt dont la DLC est passée de deux mois, on n’a pas son compte.
De 87.8 à 93.5, ce n’est pas un saut dans le vide, juste une petite bourrade dans l’épaule par un converti de longue date, c’est mieux.
Au fond, ce que je cherche, ce n’est pas tant la bonne nouvelle, mais quelque chose qui me pince, un jet d’eau froide au réveil, une question impertinente à un routinier de l’interview par un briscard de la même. « A question idiote, réponse idiote ! » disait ma mère à qui je reprochais de répondre systématiquement parce que à mes pourquoi.
Des questions idiotes ce n’est pas cela qui manque.


Pas chez moi, hier, j’ai entendu Sylvain Tesson - dont le visage est accordé à son nom -, s’étonner de la docilité des français face au totalitarisme macronien qui impose au pays un confinement bis. Il est le seul à s’indigner du comportement de veau de ses concitoyens, avec moi… J’aime bien ce type, sa franchise et sa politesse. Black Friday. Cette obscénité dit tout sur ce que sera le monde d’après. C’est le Vendredi Saint de la consommation hystérique. Je devine les millions de c..es, qui calculent le budget qu’elles vont pouvoir allouer à la fièvre acheteuse qui les tenaillent plus qu’une faim de loup ou une envie de baiser après des mois d’abstinence, ne les ont jamais travaillées.
Acheter… Le monde de demain, c’est le rebond de l’économie, la reprise de la production de masse, du tourisme de masse, de la masse de masse.
Je comprends et je soutiens, sans illusions, la mobilisation qui monte à propos du respect de la promesse macronienne de mettre en œuvre les propositions de la convention citoyenne pour le climat, ce machin qui finira sans doute comme le rapport Borloo au cimetière des occasions manquées.


L’adhésion sans réserve du roi nu qui nous gouverne à l’adage selon lequel les promesses n’engagent que ceux qui y croient est un signe auquel d’autres responsables politiques nous ont habitués, aussi ne lui jetons pas la pierre mais juste une motte de terre imbibée de glyphosate ? Les vietnamiens qui achètent leur repas dans les boutiques de rue tombent malades, chopent des maladies incurables à cause des techniques de culture maraîchère, qui abusent de la chimie contenant des métaux lourds. Là, on voit les effets concrets de l’utilisation de la chimie en agriculture exactement comme si on assistait à un crash d’avion ou un naufrage de Concordia de mes deux. J’ai payé des cafés à des gars, des Deliveroo, ce matin, dans un resto qui fait du à emporter à côté de chez moi. La femme est rentrée dans sa boutique avec les euros des gars qu’elle a jetés dans la caisse et m’a remboursé au moment de payer on propre café. Je lui ai demandé pourquoi. C’est pas des pauvres, ils bossent ! Rentré chez moi, j’entends à la radio que les restos du cœur voient de plus en plus de jeunes, un sac Deliveroo ou Uber Eats sur le dos qui n’ont pas les moyens de se nourrir, quand ils passent leurs longues journées de taf, à livrer de la bouffe chez bobo et bobette.

Demain, je retourne voir ma cafetière pour lui expliquer qu’on peut désormais considérer qu’un travailleur peut être aussi un pauvre. Serge

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