Ma chronique #15

Bizarres ces commentateurs sportifs radio-télé. L’autre jour, je regardais un match de foot opposant l’Espagne à l’Allemagne. Le commentateur attaquant dans le vif, se lance dans un historique des matches récents disputés par la rora.

Je me demande de quoi il parle, quand je m’avise qu’il parle de la Roja le surnom de l’Equipe d’Espagne dont le maillot est rouge. Passons sur la prononciation de la Mannschaft, les français ayant toujours su mieux prononcer l’Allemand que n’importe qu’elle autre langue.

Mais pourquoi ne dit-il pas les espagnols, ou l’équipe d’Espagne ou juste l’Espagne ? pendant les 90 minutes du match il a craché la rora cent fois. Ce type n’a pas pris la peine d’apprendre à prononcer la jota, soit, mais il y a des moyens de s’en approcher : la roha, par exemple par une substitution aisée du j espagnol en h…Cette lettre bien que muette dans notre langue, se prononce assez facilement lorsqu’elle devance des mots comme home, en anglais ou hchouma, en arabe.

Il suffit d’expirer légèrement, ce qui n’est pas très compliqué.   

Le même, commentant une rencontre entre la France et la Suède, désignait l’équipe nationale par un les bleus, particulièrement peu approprié, car l’équipe était, ce jour-là, vêtue de blanc.

Ils osent tout… c’est même à ça …

Je ne veux pas m’étendre sur ces imperfections agaçantes mais ne puis faire l’impasse sur le trop fameux Yorkshire, trahi par un YorkshAyeur, prononcé à l’envi, même par des gens supposés disposer d’un bagage d’études, et donc d’une maîtrise de la langue de Shakespeare, sans lequel ils seraient restés à la porte de l’embauche.

 

La transition, est aisée, comme ils disent, vers le sujet concernant les journalistes. J’en ai vu plein manifester au Troca, contre l’Article 24 de la Loi dite de la Sécurité Globale, (une formulation qui pue son extrême droite à cent lieues).

Ces gens-là, les journalistes donc, à de très rares exceptions près, sont des valets, des corrompus et des imbéciles. Souvent incultes, dressés plutôt que formés, rabaissés au rang de pisse copie, par des rédacteurs en chef qu’on pourrait tout aussi bien qualifier de kapos, ces pauvres cracheurs de sornettes en continu auraient peur de l’avenir de leur profession ?

Ahahah ! ou MDR ou LOL, comme on dit sur les Réseaux Sociaux.

Lécher n’est pas interviewer, limiter les questions à des papouilles, courber l’échine sous les injonctions des patrons-actionnaires, oublier même le sens des mot critique et libre-arbitre, ce n’est pas du journalisme.

On trouve les mêmes ingrédients dans les relations ancillaires et dans les bordels du temps où Francis Blanche se délectait de la réplique phare de son rôle dans les Tontons Flingueurs : touche pas au grisbi, salope !

Que Zemmour, Pascal Praud et autres abrutis encartés au même titre que des tas d’autres journalistes puissent tenir le crachoir nauséabond de chaînes poubelles, sans déclencher la moindre réaction – par exemple un autodafé – me sidère.

 

Soit dit en passant, je n’ai pas eu la force d’évoquer le BLACK Friday et mettre ce sujet en tête de gondole. J’ai du mal avec l’obscène. L’expression black friday est aussi moche que ce qu’elle représente. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Quand, du fond de la fosse commune que le Covid aidé par des gouvernants trop rompus au libéralisme - corrompus au libéralisme ? -, (d’accord !), ont creusé, s’élèvent des voix commerçantes, suppliant, en génuflexion devant le trône, pour obtenir la lettre de cachet qui leur permettra de lever le rideau, j’ai la nausée.

Gare au premier jour du monde d’après, qui sera, à mon avis le Bloody Sunday de beaucoup d’espérances. Il n’y a pas de frein à l’économie de marché, au commerce, au libre-échange, à la croissance, aux inégalités. Observez, tous ces gens assemblés pour discuter des heures durant d’une journée de soldes ! Ils sont dans les starting-blocks, mes contemporains, je vous le dis pour aller se faire fourrer.

L’autre moitié de moi, celle qui inspire mais n’écrit pas – feignasse ! –, tente de me rassurer en affirmant que ce jour maudit est dédié à ceux dont la bourse est plate et qui croient pouvoir s’offrir à bon compte ce qu’ils n’oseraient pas acheter en un SUNNY afternoon. Elle ajoute qu’ils se font avoir jusqu’au trognon, parce que les remises du fameux jour ne sont, sur plus de 90% des produits que de 7 à 10% au mieux.

Donc ce BLACK Friday est en fait un jour d’arnaque généralisée.

Soudain, j’ai la nostalgie, des quinzaines commerciales avec les haut-parleurs dans les rues, qui jouaient du Marcel Amont et de l’accordéon, tandis qu’une camionnette tube ou estafette sillonnait les rues, distribuant des billets de tombola échangeables contre du manger.

L’animateur de la quinzaine, micro en main, juché sur un praticable, posait des questions aux passants.

Micro-trottoir : Bonjour Madame, votre prénom, s’il vous plait ?

  • Germaine !
  • Eh bien Germaine, comment dis-t-on en bon français : je vais chez le coiffeur où je vais au coiffeur ?
  • (Riant) c’est un piége ça ! (l’accent aigu, c’est normal la scène se passe à Caudebec en Caux)
  • A non, Germaine, je vous assure, dit l’animateur replaçant derechef le micro sous le menton de la dame qui se tourne vers son homme : comment c’est qu’tu dis Raoul ?
  • AU ? répond à mi-voix l’interpellé.
  • T’es ben sûr ? C’est pour gagner quoi ? s’informe Germaine.
  • Deux tickets de tombola, le tirage aura lieu à midi et demi devant l’église, et deux tickets de boisson pour le bal de ce soir !
  • Germaine se saisit du micro, se tourne vers Raoul et hurle AU ! On dit AU coiffeur !
  • Eh non, Germaine, on dit je vais chez le coiffeur ! Mais ne vous inquiétez pas, vous emportez les tickets de tombola pour récompenser votre participation !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.