Ma chronique #18

Giscard est mort. En 39 ans de retraite, l’homme à l’accordéon nous aura coûté 120 Millions d’Euros.

C’est tout ce que m’inspire la mort du très intelligent Giscard. Beaucoup de ces machines à calculer que sont les premiers de la classe X-ENA, ont, comme point commun d’être dépourvus d’imagination et de créativité. Ainsi, Giscard pour ne pas nuire au Minitel a-t-il ruiné les chances de la France de monter sur le podium des grandes nations de l’informatique en enterrant le projet Cyclades en 1978. La myopie intellectuelle de ces gens, leur fatuité, n’empêche pas la fascination qu’ils exercent sur le commun des mortels, d’où les panégyriques parfois délirants qui ont fait de Narcisse le grand homme qu’il aurait bien voulu être de son vivant.

A prat de ça, je toruve très asumnat cette maneire d’écircre, qui se fihce de l’ordre des mots (de plus de trois lettres). La letcure retse asiée et premet au récadetur de bein se merrar en régidant. Fion des fuates d’othrorgaphe, suele la saxtyne copmte ! Vous avez vu ça ? Perec serait ravi de faire tout un bouquin comme ça, tandis que Proust, à n’en pas douter, ferait une covidie aigüe. Quoi d’autre, en ces jours où on voit se dessiner le monde d’après, pourvu qu’on écoute la radio et qu’on lise les journaux je ne mentionne pas regarder la TV et surfer les réseaux sociaux ce qui va de soit et surtout qu’on se promène dans les rues commerçantes ? Le Black Friday, cette moisissure du consumérisme mondial, COMMENCE un vendredi, mais personne ne sait quand il s’arrête.


Le BHV, j’y suis allé samedi, pour acheter un truc électrique, était bondé d’acheteurs de tout. Bien sûr, Noël, jadis une célébration religieuse, étant devenue une quinzaine commerciale comme une autre, chacun.e se prend à faire chauffer la Visa pour acheter des cadeaux. Cette fête justifie la ruée obscène de consommateurs et trices dont l’appétit d’achat est resté le même que dans le monde d’avant. Le confinement ayant fait monter la pression consumériste, on ne s’étonnera pas de voir des files d’attente considérables devant les boutiques non essentielles, des bousculades épiques dans les grandes surfaces et des engueulades ferventes devant les vitrines des Galeries.

Dimanche, voyant la foule compacte des promeneurs montant la rue de Steinkerque à la tombée de la nuit, et les centaines d’autres arpentant la rue des Abbesses, je me demandais où les touristes d’avant pouvaient-ils bien trouver la place de se mouvoir ? Bien sûr on comprend que les restaurants, les cafés et les cinémas étant fermés, ils ne jouent plus leur rôle de stockage. Les franciliens ne s’aventurent pas, en temps normal, dans les coins à touristes ça fait de la place. En leur absence, ils profitent. Qu’adviendra-t-il quand la masse touristique déferlera de nouveau dans nos rues ? Le cauchemar reviendra, des millions de valises à roulettes, des Uber arrêtés au milieu de la rue pour attendre leur charretée de coréennes pressées d’aller coloniser la rue de Bretagne et le marché des Enfants Rouges, les cohortes d’asiatiques en file indienne derrière un parapluie tenu à bout de bras par un guide stressé et les millions d’autres qui se selfisent, tournant le dos à ce qu’ils sont venus admirer.
J’en tremble d’avance.

Bon, là, je vais empocher mon ausweis pour aller faire mes courses. 

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