Ma chronique # 55

Hier soir, un dîner. Après la pluie et le beau temps, il a été question de ma chronique d’hier. Cet ami de longue fréquentation me dit que j’ai tort d’y avoir suggéré que l’élection de François Mitterrand en 1981, n’était pas le fait d’un vote d’adhésion.

Contrairement à François Hollande élu contre Sarkozy, par dégagisme, François Mitterrand a été élu par un peuple en quête de justice sociale, de gauche se défend-t-il. Forcément, la conversation s’est poursuivie sur les thèmes qui agitent le bocal politique, et les questions que posent les prochaines échéances électorales. Nous avons l’habitude.

Et puis, viennent les tribunes des militaires, la dernière, surtout, apocryphe, jugée sans valeur, dont Jacques Attali dit que c’est, au mieux une mystification.

Il n’y est, là, pas question de coup d’État, mais la météo des fachos annonce une possible guerre civile, un chaos.

Je n’ai jamais eu peur que mon pays perde sa démocratie, ses valeurs républicaines, à la faveur d’on ne sait quel putsch. Mais quand même, je pense à ce que j’ai entendu, à un autre dîner, nous sommes bien armés, nous sommes prêts, nous attendons un signal. Quand nous l’entendrons nous descendrons dans la rue et tirerons sur tout ce qui bouge. J’ai d’abord pris la parole de mon voisin de table pour une plaisanterie, une blagounette. Mais le gars est un ancien militaire, il a, dit-il, formé sa propre fille au maniement des armes, alors... Je me dis qu’il y a peut-être quand même, quelque chose qui grouille sous le tapis de la pandémie...

La dissémination du virus s’apaise, on dirait bien que Covid 19 a compris que l’été 2021 ne doit pas être gâché, ni par un confinement ni par un couvre-feu. Ou alors, c’est l’efficacité de la vaccination, les millions de gens, qui, finalement, se sont dit, mieux vaut une piqûre propre qu’un postillon dégueulasse.

La guerre, encore elle, est en passe d’être gagnée.

On voit les survivants s’agiter, les affiches A LOUER sur les vitrines des petits bouclards qui n’ont pas résisté, laissant la place au blanc d’Espagne et aux travaux. Impossible de savoir ce qui va remplacer ici la cave à vins, là le marchand de chaussures pour enfants, car pas un ouvrier ne parle notre langue. Au point que je me demande parfois, quid de la logistique ?

Ces ouvriers viennent de Pologne, d’Albanie, de Roumanie, de Moldavie un pays tintinolesque, et d’ailleurs encore. Qui fait les travaux des boutiques dans leur pays ? Où habitent-ils ? Comment font-ils leurs courses, comment se distraientils ?

J’arrache à un moldave qui bosse rue Milton, qu’il est payé de tonzonton. Comment ça, je lui demande ? Konila la pognon, il mapèille. Ah ? mais pourquoi tu bosses pour lui ? Là, c’est la famille ! Oui, oui, comme ça, avec l’accent, et avec ces mots-là.

L’exemple moldave n’est peut-être pas pertinent, et ne s’applique pas à tous les travailleurs déplacés qu’on croise partout en France.

La mode est à la délocalisation à l’envers. On fait venir des travailleurs, de pays appartenant à l’Union Européenne et qui, donc, à ce titre, reçoivent des subsides européens, lesquels travaileurs sont payés konila la pognon, pour exécuter des travaux qu’on savait très bien réaliser nous-mêmes il n’y a pas si longtemps. Cherchez l’erreur.

Je reviens aux boutiques. Donc des rangées entières de magasins aux devantures desquelles on s’était bien habitués, fermées par Covid, sont transformées et se préparent à une réouverture prochaine. Parmi elles, une kyrielle de petits marchands de CBD, cet ersatz de cannabis en crème, en huile essentielle, en poudre, en résine et j’en passe. Comme une poussée d’urticaire. On canabidiolise les rues des quartiers bobo. Est-ce que pour autant, cela va causer une baisse de la consommation de la weed et autres beuh, commercés dans les fours de Saint Ouen ou des Orgues ?

Comme çà, incidemment, pourquoi notre pays, nos dirigeants s’obstinent-ils à refuser de dépénaliser sinon légaliser la consommation de cannabis ? Revoilà l’antienne à propos de l’alcool. La prohibition de substances qui modifient le comportement et l’humeur est un échec. On le sait depuis longtemps. Le cannabis et l’alcool, du point de vue des effets sur l’organisme, même combat, où à peu près.

Oui, mais le vin, la bière, et l’alcool en général, c’est occidental. Pas le hakik, comme disait Coluche, que j’entends souvent citer, ces derniers temps, 35 ans après sa mort. On n’aurait pas fait mieux depuis, comme humour un peu engagé, un peu iconoclaste, irrespectueux et drôle ?

Attendons les terrasses. Lili dit que ça va être compliqué de respecter la jauge à 50%. Imagine, dit-elle. On doit fermer à 21 heures et il faut qu’on gagne de l’argent. Comment on va faire si 4 personnes boivent un café en terrasse et y restent 1 heure ? Et le soir. Idéalement, il faudrait qu’on fasse deux services entre 19 et 21 heures, et après il faudra faire partir les clients. Pffff...

Et puis une terrasse avec une table sur deux, ça va être vachement dur, regarde, ça fait pas beaucoup.

Il va falloir compter sur la compréhension des clients... qu’ils commandent des trucs à forte marge, qu’ils les gloupent et qu’ils s’en aillent, fissa ! pfff... c’est pas gagné !

Serge Malik

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