Ma chronique #36

Je ne le sens pas celui-là ! Elle, je ne peux pas la sentir ! Je ne me sens pas très bien ce matin ! Il a dû sentir le vent du boulet ! Quand je marche trop longtemps, je sens mon genou ! Tu sens, l’ambiance, là ? Tu sens ce parfum de sous-bois ? Il s’est senti partir !

Il a bien senti ce que je pense de lui ! Je l’ai senti arriver ! Je ne me sens pas de lui dire ! J’ai senti le coup !

Il ne faut pas perdre de vue, et toucher au plus près, entendre, c’est à dire comprendre, que LE sens le plus important des cinq dont nous sommes pourvus est l’odorat. Même l’intuition, ce sixième supputé, que l’on trouve dans des expressions nombreuses comme je le sentais venir à besoin du nez.

La promesse d’une perte de l’odorat, dans le cas d’une rencontre fortuite avec le virus originel ou variant, fout la trouille à ceux qui sont conscients de l’importance de cette capacité à être, que confère cet organe porté généralement au milieu de la figure ; cet objet si central dans la représentation que l’on se fait du monde.

Même si les chiffres, actualisés par un nombre extravagant de comités et de cellules, d’organisations mondiales, de services en tous genres montrent que 99,9% de la population mondiale est passée non seulement à travers la perte de l’odorat mais aussi à travers le virus, les media restent mobilisés au service de cet insensée idéologie de la peur en blanc et noir. 

 Je sentais bien qu’on nous bourrait le mou, disait hier mon gros boucher qui s’autorise, entre deux découpes de steaks, à ôter son masque dans l’arrière-cour de sa boutique, un peu comme font les fumeurs. Lui, c’est juste pour respirer. Il en veut aux végans, parce qu’ils sont venus le menacer il y a quelques temps. Il juge que la politique sanitaire est un truc de vegan. Je le sentais gros comme une maison, ajoute-t-il en soufflant une bulle qui gonfle son masque comme un spi.

Il en a marre du principe de précaution, mon gros boucher, on a même plus le droit de se couper un doigt, d’attraper une maladie, ou autre. Il termine souvent ses courtes diatribes par ou autre.

Mais comme il ne dit jamais du coup ni au jour d’aujourd’hui, qu’il n’habite pas sur le neuvième, et qu’il mélange tout, j’adore l’écouter.

Daft Punk explose, , toute inspiration dissoute , après une carrière qui a permis à l’expression french touch, de se répandre comme une réputation; sentez cet épilogue, clip moisi en forme d’épitaphe. On peut arguer que nombre de célébrités, célébrations, et autres hystéries collectives, sont des impostures qui font pshitt à un moment ou à un autre. Mais attention, là, il s’agit d’une Marseillaise, d’un bien commun, de la légendaire sardine, si grosse qu’elle bouchait le port de l’hymne. Alors pas touche à la french touch.  Je sens que ça peut énerver.

Après, nous avons quand même un autre sujet, l’islamo-gauchisme, cette gangrène des lieux de savoir, qui fait glapir Mâme Vidal, dont je pensais qu’elle travaillait dans les médicaments. Mais non, elle est ministre. On sent quand même, que la chasse aux voix de l’extrême droite est lancée. Les porte-flingues du radeau de la Méduse qui croit gouverner, sont des seconds couteaux, et n’ont pas la chance d’être inspirés par Audiard, cet autre extrême-droitier, heureusement plus connu pour ses saillies ...beaucoup de politiciens, d'aimables clowns, quelques duchesses, pas mal de putes... La qualité française quoi ! ... que pour son antisémitisme et son collaborationnisme.

Ces expressions amalgames, supposées exprimer par un trait d’union qui sent la tromperie à cent bornes, comme hitléro-trotskisme ou judéo-bolchevisme, sont les créations d’habiles militants politiques, masqués sous l’apparence de la recherche et de la pensée, dont la forme provocante incite à la contradiction et à l’exégèse ; au bout du compte, un jeu de société.

A Nice, ce Sun City français, on sent monter une vague nouvelle, d’adhésion aux principes les plus sévères et les plus punitifs de la stratégie sanitaire. Cet Ephad à ciel ouvert où chacun.e vote à droite toute, doit s’enfermer, le week-end, pas que les vieux se trouvent aux prises avec un variant trimballé par des touristes malencontreux. 

Principe de précaution, il faut sauver les vieux et l’économie locale : touche pas au grisbi, salope ! Comme disait, avec les mots d’Audiard, Francis Blanche dans le film éponyme.

Et puis il y a les jeunes confrontés à la pornographie. Ce marronnier stérile, sent le vide dans le vide sidéral de l’imagination médiatique, ce manège qu’on sent tourner à l’infini, ne débranche jamais, n’inspire ni ne respire plus, me fait sentir fragile. Il n’en est rien sorti, qu’une minute bien comptée d’interviews sans relief de gosses addicts aux sites de boules dans le poste ce matin.

Le compte est bon, seul un petit paragraphe de ce texte sent ce que j’ai entendu à la radio du matin ... à bon entendeur !

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