Ma chronique # 69

Vous sentez, cette hésitation du printemps ? Il ne lui reste que quelques semaines pour se montrer à la hauteur... pas pressée la saison ! Nuages, vent, averses incessantes, ruinent la fête à la terrasse.

La ferveur est là, pourtant ! Les fidèles se bousculent à la messe, dans les paroisses Kro et Heineken, où officient serveurs et serveuses prêts à dégainer un fiel bonifié par des mois d’inaction.

Ils et elles, sont de plus en plus cons et onnes, méchants et antes, avides, stupides. Il y a des exceptions, bien sûr.

Essayez donc de vous faire servir correctement dans un bistrot que vous ne connaissez pas, pour boire ou manger. On vous dira où vous mettre, au ras bord de la rue, si on veut bien de vous. Et puis on voudra vous dégager si vous n’avez pas passé la bonne commande.

Attention, renvoyer un plat ou une bouteille frelatée, ne se fait plus du tout... Vous boirez le calice falsifié jusqu’à la lie. En plus, vous le paierez.

Il y a des exceptions. Tel bar ou tel resto, avec terrasse, connu pour la qualité de son service, celle de la nourriture et le bon niveau des prix pratiqués, vous en trouverez. Mais pour vous y asseoir, macache ! Ces endroits, sont aussi fréquentés que les services d’urgence des hostos proches des gares.

Ce sont quasiment des services de proximité. Il y a des tas de voisins qui pourraient y descendre en tyrolienne, en pyjama et en pantoufles. Ce sont des cantines. Normal qu’il y règne bienveillance et prix corrects, non ?

Le printemps disais-je. Curieusement, la végétation reçoit du ciel déchaîné la bénédiction urbi et orbi, ça pousse méchamment. D’habitude, vers les premiers jours de mai, je vais aux Tuileries, regarder grossir les bourgeons des tilleuls jusqu’à l’émergence d’une touffe de feuilles molles, d’un vert absolument sublime, qui raidiront en grandissant, au bout de 3 ou 4 jours.

Cette année, j’ai eu l’impression que le processus d’enfantement de la nature intramuros, s’était méchamment accéléré. Pourtant on avait grogné contre le gel, qui nous a tué au moins deux, des quelques arbres que notre accueillant ami qui partage avec nous sa belle campagne, a plantés dans son espèce de jardin. Je dis espèce, parce que ce fût une jungle de ronciers, lequel, grâce au fruit d’un labeur collectif, deviendra un verger potager, extraordinaire.

La nature a beau être méchamment perturbée par les aléas météorologiques, elle ne réagit pas comme nous autres humains. N’en déplaise aux journaleux incultes, qui abusent du mot résilience, la vraie résilience est celle de la nature, qui n’a rien à cirer de l’agenda climatique, car elle est capable de recouvrer absolument tout ce que la goinfrerie des hommes et de leur mode de vie lui ont pris.

Son service de recouvrement, à la nature, est implacable, capable de résister aux pires attaques, et aux conditions les plus délétères, à la gourmandise la plus avide.

La nature est partout, insolente, irrespectueuse, fière et puissante. Elle se joue du progrès, cette invention de l’homme, dont l’objet est de l’asservir.

Avez-vous observé, au long des rues, parmi les plus fréquentées des grandes villes, ces bouts de nature végétale, ces fleurs de pissenlit, ces quelques pavots, aussi, qui passent la tête, dans la moindre faille, entre bitume et béton ?

Les herbes urbaines ne sont pas folles, elles se manifestent avec intelligence, finesse et grâce. Comme les arbustes, les bosquets, les buissons, les haies et les arbres elles se plaisent dans les villes.

Au long de balades estivales, dans mes rues de ma ville, je cueille des figues, des nèfles, des noix, des noisettes, des mûres, des cassis, du raisin ... je ne vous dirais pas où se trouvent ces trésors, que vous n’alliez par faire votre touriste de masse dans mes platebandes.

La concurrence de ce qui pousse malgré, ce sont ces abominations nommées mobilier urbain. Mais il y a pire dans notre environnement, regardez les pointes acérées qui occupent le moindre espace laissé vacant par l’imagination des architectes contemporains, et celles, que placent les amoureux de la nature sur les rambardes, les corniches et autres perchoirs, pour empêcher les oiseaux de se poser. Les pointes dans les encoignures, les devantures, ce sont des anti-sdf, la double peine des gens qui couchent dehors, l’inhumanité symbolisée par une pointe, celle du glaive de l’injustice. Les bancs, trop étroits pour servir de couche, les sièges trop creux ou penchés...

Je ne vous parle pas, ou alors vite fait, de ces excroissances métalliques insérées dans les bordures des nouveaux jardins, les volutes d’escaliers, interdisant le chevauchement par les skates et les rollers. Et, last but not least, ces surfaces gazonnées qui semblent des terrains de jeu idéales pour jouer au ballon, ce qu’elles sont, officiellement.

La mairie de Paris s’est débrouillée avec le docteur Folamour du gazon urbain, pour les concevoir en forme de tôle ondulée.  Les enfants ne peuvent pas y jouer au foot, demandez à Guillaume Erner, c’est lui qui me l’a dit. Pas sûr que les mômes et leurs parents soient aussi résilients que la nature. L’exode des familles vers des cieux plus accueillants est commencé.

La pandémie. Les messages à longueur de jour, ceci est un message du gouvernement et du ministère de la solidarité et de la santé, dans les magasins, les gares, les bus et le métro, incitant à faire un effort collectif pour vaincre le Covid 19 ? Foutaises !

Disons que vous êtes positif, symptomatique et donc alité, avec fièvre, tremblements et maux de tête carabinés. Sur la recommandation, l’injonction ? de la CNAM, vous faites antigène, pour vérifier la positivité, puis comme on vous l’a demandé, vous attendez l’appel de l’infirmière, promis par la CNAM, qui doit venir procéder au test PCR pour vérifier votre positivité, ou non, à un variant !

Bras d’honneur ! 3 jours après, point d’infirmière, le numéro de la CNAM ne répond pas. Alors, on appelle des infirmières libérales. La réponse, ah, mais ! monsieur, on ne fait plus de test PCR !

En gros, dans notre beau pays, tu peux appeler un garagiste et l’entendre te répondre ah, mais ! monsieur on ne répare plus les autos !

Ça ne me fait pas rire, du tout.

La connerie, c’est au moins aussi résilient que la nature, et ça pousse, n’importe le climat, comme chiendent, pardon pour cette plante, que je mentionne parce que c’est une espèce envahissante. Rien ne résiste à la puissance dévastatrice de la connerie.

Voyez, ce nouvel avatar de la connerie consumériste, ces french days, non mais ?

 

 

 

 

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