Ma chronique #70

Le bal des désaxés continue, encore une policière blessée au couteau. Terrorisme, déséquilibre mental ? On préfère, dans le camp politico-médiatique, parler de terrorisme. C’est la note tenue, des archets de ce monde bavard, qui commence à nous vriller les tympans.

Est-ce si difficile de regarder la réalité, telle que l’on créée les politiques publiques libérales ? Le tissu des associations de quartier, engagées dans la médiation, l’intervention de terrain, réduit en lambeaux, en faillite, faute des subventions indispensables à leur fonctionnement ; idem celles qui se consacraient à l’aide aux devoirs, aux ateliers créatifs, et à tant d’autres tâches ?

Les flics, dans les QPV, intervenaient bien moins souvent et bien moins sauvagement, quand le monde des cités bénéficiait de la vigilance, de l’empathie, des bons soins d’intervenants compétents, attentionnés, efficaces.

Les moyens manquent aux flics et à la justice, soit. Mais faire l’impasse sur la faute originelle de Macron, qui a supprimé, d’un coup, l’ISF et les financements des associations, puisque les seconds bénéficiaient massivement du premier ? Car les riches, voyez-vous, sont comme les bistrotiers. Quand on leur donne un avantage, diminution de la TVA pour les bistrots, ils ne compensent, ni en embauchant, ni en baissant leurs prix, ils empochent. Les riches, gardent pour eux le maigre pactole que leur a rendu Macron, puisqu’ils n’ont plus besoin, pour payer moins d’impôts, car c’est cela qui les obsèdent, de redistribuer.

Le résultat, n’en déplaise aux grognards du RN et de la droite liquide, est que la police doit s’acquitter de maintenir l’ordre, là où la politique de ce président a foutu la merde.

Bien sûr, il n’est pas question de prétendre que les associations peuvent tout, et que c’était mieux avant, mais avant, il n’y avait pas le Covid, les couvre-feux ni les restrictions, fermetures, contraintes et confinements.

La situation, la crise, a rempli les hôpitaux psychiatriques de ceux qui avaient besoin d’un secours urgent, car ils se sentaient partir en sucette. Mais qu’est-il advenu de ceux qui n’ont pas eu cette chance, de savoir ce qui se passait dans leur cerveau, et n’ont pu identifier la solution ?

C’est commode d’invoquer le terrorisme, forcément islamiste, quand il existe aussi un terrorisme de la folie. Car le terrorisme consiste à tuer, aveuglément, sans raison autre que la perte de celle-ci ou une justification par Dieu.

La droite, la gauche, le centre, et la REM... Difficile, au moment du vote pour les régionales, de s’y retrouver dans les partis politiques français... Depuis des lustres, les idéologies, corpus consensuel des adhérents aux partis, sauf au PS ou on aimait bien les courants, se sont fondues, confondues, les unes dans les autres.

Je connais des tas de gens qui, sous prétexte qu’ils sont PS, avec ou sans carte, se croient de gauche. Prenez Manuel Valls, dont les idées très ductiles, se courbent assez bas vers l’extrême droite, il est membre du PS depuis des décennies, et se dit de gauche. A vous dégoûter d’en avoir été.

Mais la droite n’a rien à envier au PS, ni à Valls, puisque le parti LR, qui gite dans la même direction, est en train de sombrer dans l’amer. Écoutez-les reprendre les refrains composés par les Le Pen... LR par en couilles ? Normal, les partis politiques, dits de gouvernement, sont solubles dans l’abandon des grands principes qui les ont fondés, et sur lesquels ils ont fait florès, en suivant parfois, les tortueux chemins du compromis, du mensonge et de l’imposture.

En vérité, ce qui fait consensus aujourd’hui, c’est la question obsessionnelle de tous les partis, l’économie. L’économie, c’est à dire le capitalisme, la croissance, la relance, les emplois, le pouvoir d’achat.

Le devoir d’avoir, et non le devoir d’être, le pouvoir d’achat et non le pouvoir d’être. Voilà où nous en sommes. Je vois l’humanité comme un char sans freins, tiré par un monstrueux cheval, qu’on appelle le marché. Le cheval est fou, il n’a ni guide, ni mors.

L’attelage a traversé la pandémie, la crise, sans encombre, amassant au passage des milliards de milliards de profit. Les grandes fortunes sont devenues encore plus grandes, plus disproportionnées, tandis que les grandes misères se sont accrues dans les mêmes proportions.

Un partout me direz-vous. Vous avez raison. Quand le marché mène la danse, on est sûr d’au moins une chose, les écarts entre très riches et très pauvres s’accroissent dans des proportions égales.

Et on nous parle d’inégalités ?

L’autre jour, un gars soliloquait, posé sur une valise défoncée, au milieu du trottoir. D’une voix de prof, il demandait aux pigeons dissipés qui l’entouraient, qu’est-ce qu’ils font avec un milliard ? Si on leur pique 80% de leur milliard, il leur reste deux cents millions ? Qu’est-ce que tu peux pas faire avec deux cent millions, hein ? Et pis, avec les huit cents millions, tu peux me loger et plein d’autres aussi, non ? Il s’est tourné vers moi et s’est mis à scander les millions, les millions, les millions ! Les pigeons se sont envolés, peut-être effrayés par la perspective qu’on prenne leur argent au hyper-riches.

Au cours de la balade de cet après-midi, nous croisons un couple et leur petite fille, bout de chou de cinq ou six ans, elle regarde un de ces gros ours en peluche qu’on voit dans les vitrines des bars et des restaurants. J’aimerais bien l’acheter ! Ma compagne de marche me fait remarquer qu’à sa connaissance, une petite fille de cet âge dirait plutôt, je le veux ! ou, tu me l’achètes ? et pas j’aimerais bien l’acheter.

Avoir, vous dis-je...

Cela s’apprend de plus en plus tôt...

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