Ma Chronique #42

Je sais, d'aucuns vont trouver ça chiant, mais je tiens beaucoup à citer l'intégralité de ce que les érudits de comptoir se plaisent à meurtrir par amputation, prenant l’air de l’érudition pour celui des cimes.

Je le fais par égard pour Corneille et un certain goût pour la vérité des mots, particulièrement ceux qui n'obscurcissant pas la pensée, l'éclairent : aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années. Mais les belles âmes, ce sont les âmes universelles, ouvertes et prêtes à tout, si non instruites, au moins instruisables.

Ainsi, le vote des jeunes, dès l’âge de seize ans, est-il à l’ordre du jour de la diversion. L’exemple autrichien ne serait pas concluant, voire !

Ruée aux urnes des nouveaux citoyens, dès la première élection, puis moins, et encore moins, aux échéances suivantes. Ce constat d’un pic, puis d’un assagissement de la courbe, serait un indice, un marqueur, que le vote à seize ans serait une fausse bonne idée.

L’autre critère est que les jeunes autrichiens, ont voté massivement pour l’extrême droite. Quelle horreur !

La classe politique, comme la sociologie de comptoir médiatique, devrait s’interroger au lieu de répondre à des questions qui n’ont pas été posées.

Quid de la maturité intellectuelle, de la capacité de raisonnement, du parfait fonctionnement de la cognition des jeunes, ceux-là même qui ont voté pour l’extrême droite en Autriche, puis ont boudé les urnes ?

Et si, comme les autres citoyens - les matures -, ils portaient un regard lucide sur ce qu’on appelle encore la démocratie ? Pas un espace n’est disponible dans la page des partis au pouvoir depuis si longtemps, de la plupart des pays de l’UE, pour écrire la moindre ligne, tâcher la feuille avec l’encre de la moindre idée.

Alors, voyons ce qu’on peut faire avec la marge.

Ainsi, dixit un sociologue de comptoir médiatique, le droit de vote des plus jeunes serait un droit d’abstention. L’abstention étant considérée comme un péché et non comme une opinion ou une option démocratique. Quand le peuple se tait, contrairement à l’adage selon lequel qui ne dit mot consent, ce n’est pas qu’il ne sait pas quoi dire ; il sait que la politique est squattée par une classe autoreproductrice, où coquins, opportunistes et malins, font carrière.

Le dégoût des peuples qui résulte de l’aristocratisation de la politique, - c’est à dire de sa confiscation par une classe dominante -, appelle une réponse bien plus démocratique que le vote-sanction ou le trop fameux front républicain, cette Commune au petit pied, supposé faire barrage à l’extrême droite. L’abstention est démocratique, c’est exprimer une réserve, un retrait. L’abstention n’est pas insurrectionnelle, c’est une vague, qui enfle au lointain, dont on espère qu’un jour elle déferlera, nettoyant la plage d’un seul coup.

Chez nous, l’extrême droitisme, est réservé aux tenants actuels du pouvoir, qui ne voient pas en Marine Le Pen et son RN un adversaire politique, mais un concurrent idéologique. Comment expliquer autrement les délires des Darmanin et autres Vidal, ces enfants de E. Zemmour et E. Levy ? Les approches à pas feutrés et les éléments de langage ciselés, des fonds de cuve du racisme et de la bêtise frontiste, ne tromperont pas, le moment venu. 

Dans le contexte démographique et idéologique du moment, le vote des jeunes de seize ans est, sûrement un cautère sur une jambe de bois. J’y suis favorable, mais je crains que le peu d’influence que pourrait exercer cette mannette sur les prochaines échéances électorales, rend la démarche peu intéressante.

Pour les défenseurs de cet élargissement du collège électoral, en France comme ailleurs en Europe, quand ce n’est pas déjà fait, la question est de donner un coup de propre, ou de jeune à la démocratie moribonde.

Depuis l’avènement, en France, de Jupiter, le dieu manchot, on a vu surgir des commissions, des comités et des débats comme s’il en pleuvait. Gravelotte ! On discute de tout et de rien, surtout de rien. Après, quand vient le moment de la collation, on ne se souvient pas très bien de ce dont on a débattu, ce qui rend toute mise en œuvre impossible. D’ailleurs, mettre en œuvre des bavardages ?

Jupiter a ainsi multiplié les occasions de montrer qu’il sait parler pour ne rien dire et surtout ne rien décider qui aille dans le sens de plus de démocratie; c’est à dire du respect des libertés publiques, de la conscience que la rentabilité appliquée aux services publics est une hérésie fasciste et que la basse-cour élyséenne est peuplée d’imbéciles imbus, le parlement d’imbéciles inutiles ; l’ensemble ressemblant à une confiscation de la République, par des gens qui ne sont rien mais qui ont tout. Laquelle République est appelée en renfort dans la plupart des affirmations péremptoires, des réfutations hystériques, prononcées au nom de ce gouvernement et de Jupiter.

Chacune et chacun aura remarqué que la défausse qui se généralise à la vitesse de la traînée de poudre d’escampette du pouvoir face à la mainmise du Covid sur ses prérogatives, c’est je ne voudrais pas être à leur place.

Qui nettoiera les Écuries d’Augias que Jupiter aura laissées, bien sales, quand, d’une ruade, le cheval républicain qui dort en tout abstentionniste, se sera débarrassé de lui ? 

Et si on demandait aux teenagers de nous le dire ?

Serge Malik

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.