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Billet de blog 27 oct. 2021

Si tu ne va pas à la FIAC, la FIAC viendra à toi!

L’ahurissant est qu’il n’y ait aucune possibilité qu’une expression radicale qui s’en prendrait au capitalisme advienne dans le champ médiatique, tant la dévolution de ce qui constitue ce champ, à une voix, et une voie uniques que sont celles de Zemmour et de l’extrême droite néo-maurassienne, est totale.

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Impossible donc de prendre l’argumentaire du Grand Remplacement, qui veut que des événements incontrôlables comme les guerres ou le changement accéléré du climat dans les pays du Sud, sont responsables d’une migration massive de ces pays vers l’Europe, pour le retourner, ou du moins le contredire.

Là encore il s’agit d’examiner la cause plutôt que d’exploiter l’effet. C’est la différence entre rationalisme et populisme. Le capitalisme est responsable des guerres dont l’essentiel des motivations est constitué par la domination économique, l’enrichissement de quelques-uns sur le dos de la plupart ; et des désastres climatiques, l’épuisement des ressources, la destruction du vivant, l’exploitation jusqu’à l’éradication de la nature, dans le seul souci de satisfaire le toujours plus de la croissance dont on devine l’absurdité, sans pour autant oser la critiquer.

Cet état de fait rend hyper-visible la mainmise, quoiqu’en disent les plus respectables des hérauts médiatiques, du capital sur tous les moyens d’expression susceptibles d’apporter la plus petite et légitime contradiction au zemmourisme qui frappe les esprits par la répétition, l’omniprésence d’un discours navrant, qui sans doute distrait du néant politique actuel.

Plus grave encore, ce sont les termes utilisés par les journalistes pour décrire le délire de Zemmour. Structuré, architecturé, vertébré, solide ... l’injure au bon sens, à l’intelligence la plus fruste, que font les thuriféraires du phénomène médiatique, en dit long sur la douloureuse réalité dans laquelle nous vivons. 

Et puis, pour me détendre un peu, je regarde des bouts de film, des rushes, comme on dit dans les métiers des images qui bougent.

A quelle aune mesurons-nous qui nous sommes ? La foi, la conviction, la certitude, le doute ? fors les certitudes, il n’y a rien qui vaille, entends-je, de la bouche de l’acteur dont la présence forte, confère une atmosphère à la fois réaliste et poétique à la scène. 

Il improvise, tranquille, dit à la caméra, d’une voix assurée, ce qu’il pense. Les mots qu’il invente portent des pensées, ordonnées, troublantes d’authenticité, incarnées.

L’assemblage prosaïque, mots effilés, enfilés sur le fil ténu, fragile, de sa propre certitude, vaporisent l’air autour, de gouttelettes d’émotions, comme l’eau du torrent éclabousse d’évidence la roche du réel.

L’acteur est convaincant parce qu’il porte une vérité qui touche le spectateur au cœur, par sa présence, sa voix, ses silences.

Mais l’acteur est seul, il est un monde à lui tout seul, il nous dit que nous aussi nous sommes seuls, non pas isolés, mais seuls, errants parmi la multitude des solitudes qui nous entourent. 

Cette certitude qu’il essentialise, c’est de l’espérance plus que de la foi, de la conscience plus que de la confiance, to be, or not to be, that is the question.  

La réponse est la présence, cette faculté innée, qu’on possède ou pas, qui ne s’invente, ni ne se travaille. La présence, puis le vide que créé le fondu au noir. L’acteur s’est tu, laissant une trace persistante, ineffable et ineffaçable.

Et puis il y a eu la semaine folle, n’exagérons rien, de l’art. 

La FIAC, le salon des arts asiatiques pour ne citer que les deux plus importants événements, où je me suis baladé, ravi de croiser les soutiers de l’art que sont les marchands et leurs équipes.

Comme à l’accoutumée, pas un galeriste qui n’ait tout vendu, vers 10 :30, soit une demi-heure après que le premier invité d’honneur a mis les pieds dans le Grand Palais éphémère érigé tout exprès sur le Champ de Mars.

Pour les habitués, il s’agit de repérer les tendances, découvrir des artistes comme Lili Reynaud Dewar, lauréate du prix Marcel Duchamp, dont la radicalité des œuvres et du discours rafraîchissent un milieu où tout est marchandise, et quelques autres, africains, chinois, iraniens.

Cécile Fakhoury présentait Cheikh Ndiaye dans un solo show éblouissant sur un beau stand un peu étroit, renforçant la présence des artistes africains au plus haut niveau ; on retrouve la constance de la galerie anglaise White Cube qui présente des œuvres de Baselitz, peintures et dessins, tandis que le Centre Pompidou montre des sculptures de cet immense artiste.

L’événement de cette année, de retour à la normale, est la présence inédite de la galerie Christian Berst pionnier et promoteur inspiré de l’Art Brut, et celles de jeunes galeries, dans une section Eiffel de la FIAC présentant les travaux d’artistes émergents dont certains sont très prometteurs à n’en pas douter.

Pour terminer cette chronique, une longue citation de Heidegger, dont certainement vous comprendrez que je l’ai choisie pour donner de la hauteur à mon propre texte, si vous y mettez du vôtre, la foule importune et curieuse des visiteurs étrangers est déçue et décontenancée au premier coup d’œil jeté sur l’endroit où le penseur séjourne. Elle croit devoir le rencontrer dans des circonstances qui, s’opposant à l’allure habituelle de la vie des hommes, portent la marque de l’exception, du rare et par suite de l’excitant. Dans cette visite, la foule espère trouver, au moins pour un temps, la matière de bavardages divertissants. Ces étrangers qui viennent rendre visite au penseur s’attendent à le surprendre au moment précis peut-être où, plongé dans une méditation profonde, il pense... Au lieu de cela, les curieux trouvent Héraclite auprès d’un four. Heidegger 1957.

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