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Billet de blog 28 oct. 2021

Le nouvel ordre moral

Commençons par le commencement, c’est quoi cette idée qu’il faudrait relancer l’économie et la croissance, son corollaire ?

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Derrière le rideau de fumée du spectacle indigeste qu’offre non-stop la non campagne électorale de quelques non candidats, dont le fumeux Zemmour, les économistes continuent le tir de barrage jamais interrompu, même pendant la trêve. On entendait alors, Covid 19, incidence, les gens formidables et indispensables de la première ligne en boucle, et les applaudissements vespéraux aux fenêtres des faux-culs.

La pandémie a placé l’activité économique en coma artificiel pendant quelques mois. Le monde s’en est sorti avec une poussée phénoménale des inégalités ; les super riches sont devenus hyper riches, le bas de laine des français s’est gonflé de 200 Milliards d’€, d’économies contraintes, et le chômage est au plus bas depuis lulure, et plein de gens crèvent de faim, les jeunes forment les files d’attente derrière les camions de l’aide alimentaire, et des familles entières dorment dans la rue ou des parkings.

Donc, dites-moi, ce qu’il faut relancer exactement ? La croissance bat son plein, la dette attendra, elle est faite pour ça, et on sait avec une certitude qui donne la migraine, que la planète n’en peut plus d’une économie en croissance perpétuelle.

S’il faut relancer, pourquoi ne pas commencer par le faire en prenant soin des populations les plus fragiles, y compris les migrants, taxer, même à titre exceptionnel, les hyper riches pour qu’ils contribuent à hauteur de leurs capacités à une société bienveillante, libre, égalitaire et fraternelle ? Cette même société qui leur a permis, par la contribution de tous, à devenir ces hyper-exceptions.

Désormais, pas un, ou une économiste qui parle de croissance, sans prononcer les mots, inclusif et transition écologique. Il faut comprendre que pour les têtus du caque, la croissance, en gros le capitalisme, qui en veut toujours plus, inclurait la transition écologique, laquelle nécessite, de toute urgence le contraire de la croissance, j’ai nommé la sobriété, qui comprend ?

A la sortie de la pandémie, même si c’est encore un mirage, le véhicule sans freins de l’économie de marché entre à grande vitesse dans l’impasse de la croissance vertueuse, inclusive et sobre ; au fond de l’impasse il y a le mur de la réalité.

Bertrand Cantat, après avoir été mordu par les chiens et les chiennes promoteurs et trices de la dette infinie, Deleuze, se mue en incarnation d’une inquisition 2.0, un ordre moral, au nom desquels il n’aurait plus aucun droit, à commencer par celui de créer.

Je cite ici une toute petite partie de l’excellente chronique de Michel Guerrin parue dans les pages Culture du quotidien Le Monde le 23 octobre dernier, que m’a adressée une amie, grande lectrice et auditrice d’opinions politiques, qui ne s’ennuie, de ce fait, jamais.

L’autre victime de ce délire qui pue la sale foule, est Wajdi Mouawad, le directeur du Théâtre de la colline, auteur et metteur en scène de la pièce La Mère, pour laquelle Cantat a écrit la musique. Lui, tient bon sur ses positions.

Au nom de quelle logique, de quel raisonnement, de quelle conception du droit et de quelle idée de la morale, les metoo et autres opportunistes, ensorcèlent-ils ces hommes, l’un pour avoir commis un acte dont il a été puni et l’autre pour ne considérer de celui-ci que son talent et le reconnaître comme un créateur et pas comme un condamné à vie.

Bertrand Cantat a porté des coups mortels a sa compagne. Il a été condamné, d’abord par la justice puis un million de fois, par des petits et petites juges, qui se sentent investis de la mission sacrée de ne plus jamais le laisser en paix. Mais Cantat n’est pas l’incarnation de l’impunité, pas plus qu’il n’est celle du violeur ou du féminicide. Ce n’est pas ce que raconte son histoire.

Le talent, justement, la notoriété, le fait que beaucoup de gens continuent d’adorer Cantat, sa voix, ses compositions, ses mots, ses mélodies, dont je suis, ne sont pas pour rien dans l’acharnement des inquisiteurs, des Cauchon, qui veulent quoi ?

Madame Bachelot, Ministre de la Culture, dans sa sagesse et son sens de la justice et de la justesse, la commanditaire de trillons de piquouzes inutiles, l’animatrice de télé-shows moisis, y est allée de son regret que la Colline ait programmé une pièce à laquelle a contribué Bertrand Cantat.

Ainsi voit-on paraître des avatars du Klan, sinistres individus motivés par on ne sait quelle haine, et quelques hommes courageux pour se tenir face à eux, sans peur.

Il faut saluer l’intervention de l’Observatoire de la liberté de création, dont je découvre l’existence, qui critique l’intervention de la Ministre, dont le boulot, écrit-il, dans une lettre publique, est de combattre la prédation sexuelle dans les métiers du spectacle vivant, et pas de stigmatiser un créateur qui a droit au rebond. Wajdi Mouawad, au passage, est prêt à démissionner s’il le fallait.

Ainsi la culture, perdrait beaucoup pour pas grand-chose.

Le nucléaire, revient en grâce. Presque tous les jours, on nous bassine avec l’énergie nucléaire, qui serait la seule énergie permettant de parvenir, à je ne sais quelle échéance, à une totale neutralité carbone.

Entendre un plaidoyer pour l’énergie nucléaire après des années de critiques argumentées, de défiance à l’égard d’une sécurité pas très sûre, et du traitement des déchets, compliqué, les excès de langage des politiciens verts, la colère, l’intransigeance, la radicalité dans le refus, me laisse pantois.

Surtout, quand c’est Jadot qui s’exprime, je ne dis pas qu’il faut arrêter demain les centrales nucléaires, je vois ça plutôt sur vingt ans. Encore un qui nous dit cyniquement, après moi le déluge.

Pour qui vous allez voter ?

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