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Billet de blog 2 déc. 2021

Le peuple français dans la panade : Plaidoyer pour un processus constituant

Pour beaucoup de Français, les jolis mots qui disent la France « Liberté, Égalité, Fraternité » sont un décor de carton-pâte. Sous l’autorité de la gauche et de la droite « de gouvernement » (sic), leurs conditions de vie et d’exercice de la citoyenneté se sont dégradées, les plongeant dans une dépression existentielle. Rien de pire que de voir les principes auxquels on croit ouvertement bafoués.

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Cette gauche et cette droite redécouvrent la nation à l’approche de l’élection présidentielle, mais plus personne ne les croit.

Les deux propositions alternatives électoralement sérieuses ne semblent pas susciter non plus l’engouement. Le RN a fait son miel de l’immigration, puis de la restauration de l’autorité de l’État-nation comme réponse à la déshérence, LFI a décliné une thématique humaniste. Mais aucun des deux n’a fait la preuve d’un fonctionnement démocratique exemplaire ni de cohérence stratégique : pas d’alliance avec qui que ce soit et aucune anticipation sur les confrontations à venir, notamment avec l’UE et l’euro-zone, qui garantirait un peu que leurs promesses puissent être tenues, à l’exception d’un petit jeu tactique dilatoire. Leur posture revient à jouer leur « succès » sur le pourrissement, la désaffection et le vide. La roublardise ne fait pas une bonne politique.

Le Président sortant bénéficiera par conséquent d’une prime. Même mal élu en 2017 (18 % des inscrits au 1er tour 1 ; 43,6 % au 2e tour, dont 43 % d’entre eux disent l’avoir fait pour faire barrage à M. Le Pen), Emmanuel Macron le sera de nouveau par défaut en 2022. Tous les corps de métier vont continuer d’hurler à la mort, jusqu’à extinction de voix.

Dans pareille désolation, comment les Français vont-ils pouvoir s’en sortir ?

Á moins de croire au mouvement spontané de la population (jamais exclu mais qui a montré ses limites comme dans le cas des Gilets jaunes), il devient nécessaire de s’adresser aux Courageux : ceux qui sont engagés dans l’action citoyenne, qui dans un parti, un syndicat, une association ou dans un mouvement social. Ils sont la cheville ouvrière de toute tentative de renouveau. Mais c’est seulement lorsqu’ils convainquent ceux qui regardent leurs pompes que tout devient possible. Alors le peuple peut tout. Il leur faut donc admettre que personne ne les rejoindra s’ils persistent dans leur solo funèbre.

Toute la question dès lors revient à une seule : comment, déjà, fédérer les Courageux ? Est-il possible que s’engagent ensemble des gens aux opinions partisanes disparates, voire carrément opposées ? L’exemple du référendum sur la privatisation des aéroports ADP est assez éclairant. Tous ont préféré échouer sur un objectif pourtant commun plutôt que se donner la main. C’est là notre tragédie. Pourtant, quelques initiatives parlementaires communes existent, par exemple celle en faveur de la libération de Julian Assange.

Une révolution culturelle s’impose.

L’esprit critique est bien plus productif que le comportement de petits soldats en campagne à quoi les réduisent le spectacle médiatique, le système présidentialiste (« tout le pouvoir à l’Incarnation ») et des chefferies pas du tout à la hauteur. Cela explique le regain de mobilisation durant la campagne électorale et son évaporation très vite après, comme des particules qui disparaissent lorsque la lumière du projecteur s’éteint. Il n’est pas inutile d’interroger les conditions d’accès à la connaissance à travers l’instantanéité des poussières d’info et leur zapping permanent, auxquels ont succombé les structures sociales, inclus les réunions des partis où le contradictoire est quasiment absent et le temps de parole d’un intervenant lambda souvent limité à quelques minutes. L’écrivain M. Kundera avait pressenti cette acculturation croissante (notamment par les écrans) en préconisant la lenteur comme une position éthique. La lecture, la réflexion, la mise en commun des connaissances demandent du temps et sont des activités éminemment politiques.

Le corps social a besoin de se ressourcer. De faire sienne la formule du Théâtre de l’Opprimé : «  Jeter des ponts plutôt que dresser des murs. » Pas d’annihiler la controverse, ses divergences de fond, ses oppositions légitimes, non ; elles demeureront pour partie. Mais de chercher à voir quel chemin commun tracer ensemble. A-t-on jamais demandé aux Sans-Culottes s’ils étaient de gauche ou de droite ?

Il s’agit de mettre sur les rails un large mouvement à la fois politique et social qui, peu à peu, s’engage dans l’élaboration d’institutions plus appropriées. Aucun sujet ne serait tabou dans les Comités constituants locaux qui le porteraient. L’immigration ? Chiche. Les services publics ? la renationalisation des entreprises stratégiques ? la restauration et le développement d’un État social ? les raisons qui ont conduit le peuple français à être évincé du pouvoir ? celles qui ont conduit la France à s'effacer ? Tout peut favoriser l’esprit constituant, jusque même l’activité d’associations de quartiers d’intérêt général qui mènent des batailles pour la protection du patrimoine foncier, la récupération de la distribution de l’eau, des services de cantine, la préservation d’un service public, la lutte contre la fermeture d’une entreprise, etc.

Ce chemin, constitué de réflexions et d’actions multiples, nous l’appelons : « processus constituant ». Pas une Constituante clés en main apportée par un Grand Esprit qui, une fois élu, appuierait sur un bouton. Un Grand Ordonnateur. Ou une nouvelle Constitution qui ne serait imaginée que par une nouvelle minorité. Non, un processus pour engager des forces, élargir, convaincre. Un règlement intérieur dans ces Comités constituants locaux interdirait tout assaut de sigles, chacun devant avoir l’intelligence de parier sur une dynamique majoritaire vertueuse, de ne pas enrôler ces Comités sous le drapeau d’idées hâtives, faussement objectives, de camps politiques tranchés qui reproduisent le Verbe haut et à coup sûr nous feraient reprendre le risque de la marginalisation véhémente.

Ainsi, existerait-il une chance de mutualiser les moyens de tous (de gauche, de droite et surtout d’ailleurs) afin d’atteindre des seuils militants pour exister vraiment sur le terrain. Ainsi, nous pourrions convaincre, aider, prendre les initiatives qu’il faut pour entraîner la population dans un processus d’auto-détermination au cours duquel les tâches politiques à accomplir seront identifiées et mises en œuvre au fur et à mesure. Un peuple politique se reconstituera alors pour obtenir sa souveraineté nationale et populaire pleine et entière.

Avant qu’elles ne se donnent l’objectif clair du changement des institutions, il est probable que ces structures de lutte en restent aux seuls motifs de leur propre existence. Tout l’enjeu est de créer un environnement politique pour que peu à peu s’éclaircisse cette ambition de changement institutionnel en faveur d’une véritable République démocratique et sociale. 

Quelles seraient les modalités d’organisation pour que de tels Comités voient le jour pour prendre une dimension de masse ?

D’abord, il faudrait que l’Esprit constituant se développe parmi les Courageux. Que ces derniers finissent pas se persuader qu’à eux-seuls, dans leur huis clos partisan de plus en plus marginal, ils n’obtiendront pas la quadrature du cercle. Nous ne sortirons de l’inaptitude stratégique qu’à la condition que chacun comprenne ses insuffisances 2.

Ensuite, après un temps de ralliement de forces significatives à l’Esprit constituant, un APPEL national à la constitution de Comités constituants locaux serait lancé, suivi de leur mise en réseau. Se discuterait en leur sein la manière de s’auto-administrer (s’autogérer ?) nationalement.

Il est temps, urgent, de sortir de la cour de récréation, de ne pas subir cinq années de plus d’effacement du pays, de ne plus assister au délitement de ce qui nous lie les uns et les autres, sous les coups désagrégateurs de la mondialisation, notamment avec sa version continentale : l’UE, obstinément imposée par les forces de l’argent et accompagnée par le large spectre politique.

Un premier exercice pratique serait une abstention importante, des votes nuls ou blancs lors de l’élection présidentielle, d’ordinaire très fréquentée. Elle prolongerait le lent désengagement du peuple avec « le système du pareil au même » dont les résultats électoraux de ces dernières années ont témoigné ; dès aujourd'hui, nous devons délégitimer l' « élection » de ces gens-là. Cela encouragerait les Vaillants à s’engager sur une piste moins vaine que la déploration perpétuelle. 

1. 10 % du corps électoral n’est pas inscrit.
2. Sous des formes inaccomplies, les mobilisations autour de la Primaire populaire et, avant, avec La France insoumise devenue L'Union populaire reflètent un même désir constituant (tout comme le mouvement des Gilets jaunes, avec plus d'ampleur encore).

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