Gilbert Marquis, mon père…

Mon père vient de s’éteindre à l’âge de quatre-vingt-quatre ans à Paris. Il était l'un des derniers survivants d'une histoire qui se confond avec les soixante dernières années du trotskysme français. Et plus particulièrement avec celle d’un courant politique : le « pablisme ».

gilbert-marquis

Je peux difficilement évoquer mon père sans parler de ma mère, avec laquelle il avait trouvé un équilibre. J’entends encore le cliquetis des machines à écrire dans la grande salle des sténos-dactylos où elle travaillait, en rangs serrés, boulevard Barbès (18e) au siège de la BNP – ce bruit permanent matin, midi et soir, les touches qui frappent, le retour chariot, la pointeuse, la cantine, les milliers d’employés s’agitant à cette occasion.

Jusqu'à l'âge de vingt-et-un an, la mère de ma mère a vécu au presbytère dans le pays saintongeais (Charente-Maritimes), avec sa mère (mon arrière-grand-mère, bonne du curé) habillée de noir depuis que son mari était mort à la guerre de 1914-18.

Arrivée à sa majorité, la première chose que ma grand-mère a fait a été de se marier avec un communiste ! Il était résistant à la SNCF, il fut arrêté et interné. Et puis, il a été relâché, sous la pression du Parti dans le camp, pour rejoindre sa famille pour quelques semaines seulement, puisqu’il était donné pour mort… Il faisait 37 kilos pour près d'un 1,80 m. Mais il a finalement survécu. 

La première chose qu’a fait ensuite ma propre mère, Nicole, a été de se marier avec… un trotskyste !

Je suis pour ma part un autogestionnaire.

Et nous avons là le cheminement politique de ma famille sur un siècle.

Encore un mot concernant ma mère chérie, Nicole, qui a toujours su s’occuper de mon frère et moi : elle est décédée à l’âge de soixante-quatre ans. Médaille du travail, début du boulot à moins de seize ans après le certificat d’étude, une riche activité syndicale, pas d’évolution de carrière bien sûr. Les syndicalistes le savent, le bas salaire, c’est pour eux tout du long de la vie. Après Mai-68, elle est élue au Comité exécutif de la CFDT BNP-Paris. Mais Edmond Maire veillait : leur  section syndicale a été dissoute, premier exemple de ce que l’on a appelé le « recentrage » (1977), et qui conduira à la dissidence et, bien des années plus tard, à la création de SUD. Perdant tous ses mandats, ma mère s'est retrouvée de nouveau en proie aux tracasseries patronales, baladée d’une agence à l’autre, d'un bureau sans fenêtre à l'autre. Elle redevint déléguée du personnel, ré-adhéra à la CGT, puis fut déléguée syndicale à nouveau. Une vie de bagarres permanentes pour une femme courageuse qui prenait tout à cœur.

A son décès, nous avons écrit un épitaphe sur le faire-part : « Nicole, toujours droit ! »

Mon père à droite, et ma mère à gauche, à la Sorbonne. Mon père à droite, et ma mère à gauche, à la Sorbonne.

Vous pouvez imaginer les conversations à table.

Le vécu de mon père n’était pas en reste : vendeur de journaux à onze ans. Son frère aîné, Bernard, travaillait sur les chantiers de travaux publics à quatorze ans. L’argent était pour la famille. Bientôt, tout le monde s'y mettrait : les gros engins, la pelleteuse. D'extraction paysanne modeste – son père avait dû abandonner la forge familiale du village (Dangers) en Beauce pour se faire embaucher chez l'entreprise de travaux publics Razel en Ile-de-France –, mon père, qui n'a donc pas fait d'études et a commencé jeune sa vie active, comme ses trois frères et sœurs, a adhéré à l'âge de dix-neuf ans, en 1950, au Parti communiste internationaliste (P.C.I.), la section française de la IVe, à la suite d'un séjour en Yougoslavie. Organisés par la IVe Internationale sur le mode des Brigades internationales en Espagne, ces camps de travail visaient à rompre l'isolement que le Komintern voulait imposer à la Yougoslavie de Tito et son expérience d'autogestion. Mon père travaille comme ouvrier à l'usine Chausson de Gennevilliers, puis il deviendra permanent syndical CGT à la Fédération des métaux de Seine-et-Oise. Il se retrouve ensuite à Nord-Aviation où, à la tête de la section du PCF, se trouvait un certain Georges Marchais.

A cette époque de l’après-guerre, les débats dans la IVe Internationale font rage.

La IVe internationale sort de la guerre plus minoritaire que jamais. Les staliniens sont auréolés de leur combat contre le nazisme. Une nouvelle guerre induite par la guerre froide n'est pas à exclure. La IVe n'a pas pris la place de la IIIe Internationale, comme celle-ci l'avait fait avec la IIe (l'Internationale socialiste) au sortir de la Première Guerre mondiale… Le pronostic est donc démenti. Secrétaire à l'organisation de la IVe Internationale,  Michel Raptis, dit Pablo, propose une réorientation stratégique : « l'entrisme sui generis ». Loin d'une manœuvre tactique, il s'agit de rejoindre sur le long terme les structures majoritaires de la classe ouvrière, en France le PCF et la CGT, afin de détacher des pans du giron stalinien et réformiste. Pierre Lambert n'y voit rien d'autre que la fin programmée du trotskysme.

Mon père suit « Pablo ». 

Il fait de l’entrisme, mais il est exclu du PCF en 1958 à la suite de la purge contre le bulletin d’opposition interne « Tribune de discussion ».

La IVe internationale se divisera une nouvelle fois de manière durable en 1962.

Dans le contexte des révolutions coloniales, la tension se porte sur la question suivante : vu le petit nombre de militants, faut-il participer aux mouvements de libération nationale de l'intérieur, en pariant sur la dynamique sociale induite, ou maintenir l'activité d'une organisation trotskyste indépendante ?  Alors qu'il est en prison en Belgique pour fabrication de fausse monnaie en faveur du FLN algérien, « Pablo » est de fait exclu de l'organisation qu'il dirigeait depuis 1944.

C'est la scission de l'Internationale « pabliste » : d'un côté, les « frankistes » (Pierre Frank, Ernest Mandel, Livio Maïtan…) ; de l'autre, « Pablo » (Gilbert Marquis, Michel Fiant, Henri Benoits…). La Tendance marxiste-révolutionnaire internationale (TMRI) est créée, l'Alliance marxiste-révolutionnaire (AMR) sera sa section française. De leur côté, les « Frankistes » feront vivre la Ligue communiste, puis L.C.R., ancêtre pour partie du NPA, tandis que P. Lambert s'est déjà lancé dans « la reconstruction de la IV e Internationale », dont l'organisation française est aujourd'hui le Parti ouvrier indépendant (P.O.I.).

En Algérie, où opère « Pablo », conseiller spécial du premier Président de la république algérienne Ahmed Ben Bella, les nationalisations précèdent une réforme agraire et une mise en autogestion d'entreprises, surtout agricoles et un peu industrielles. Mohamed Harbi et Hocine Zahouane, qui animent l'aile gauche du FLN, deviendront les « amis » de « Pablo », de Gilbert et de la TMRI. Gilbert sera étroitement associé à la révolte chypriote de Makarios, à la lutte contre la junte des colonels en Grèce, au soutien au FLN vietnamien, au soutien à l'ANC sud-africaine, au mouvement palestinien du FDLP — avec quelques faits d'armes, comme l'impression de l'organe clandestin du FLN en métropole ; la protection de Stokely Carmichael, alors porte-parole de la mouvance Black Panther Party, qui logeait chez nous à Clamart (92) ; l'organisation de volontaires pour le Vietnam ; l'exfiltration hors de Turquie (à la suite d'une permission de prison) de Yilmaz Güney, le réalisateur de Yol, la permission, Palme d'or du festival de Cannes en 1982 ; le soutien aux dissidents de l'Est, comme Piotr Eguidès et Tamara Deutcher, et d’autres actions qui ne sont toujours pas prescrites.

Mon père, ma mère, en compagnie de Stokely Carmichaël et de militants, avec Maurice Najman. Mon père, ma mère, en compagnie de Stokely Carmichaël et de militants, avec Maurice Najman.

 

 

 

Gilbert et Stokely Carmichael, 1969. Gilbert et Stokely Carmichael, 1969.

Mai-68 permettra à son organisation de trouver une nouvelle respiration, avec l'arrivée de jeunes tels Maurice Najman, initiateur des Comités d'action lycéens (C.A.L.). Une fois Michel Rocard parti du Parti socialiste unifié, l'A.M.R. y adhère collectivement. Gilbert est membre de son Bureau national. Mais la greffe ne prend pas. Scission, renaissance sous l'appellation des C.C.A. (Comités communistes pour l'autogestion).

Alain Krivine, Michel Rocard, mon père et mon oncle Michel Fiant au défilé du 1er mai 1971 Alain Krivine, Michel Rocard, mon père et mon oncle Michel Fiant au défilé du 1er mai 1971

À croire que l'appétence de ce courant politique pour les idées neuves et sa rupture avec le trotskysme traditionnel le déstabilisent. Pas facile en effet de remettre en cause la conception « léniniste » du Parti révolutionnaire, guide et avant-garde, qui se construirait à partir d'un noyau de dirigeants autour duquel devraient s'agréger ensuite d'autres forces. Les « pablistes » lui préfèrent l'idée d'un arc de forces indépendantes, vouées à s'unifier, se décomposer et se recomposer, à mesure du processus révolutionnaire en cours et des tâches politiques à atteindre — vision « mouvementiste » plus en phase avec la situation de l'époque. Ils cherchent à articuler la problématique du mouvement ouvrier avec celle des « nouveaux mouvements sociaux » (jeunes, femmes, immigrés, genre,…), terme utilisé par l'A.M.R. avant qu'il fasse florès dans les sciences sociales. Ce courant politique renouvelle son approche des Pays de l'Est, qu'il définit désormais de « pays bureaucratiques » plutôt que d’« États ouvriers dégénérés ». Il approfondit son approche de l'autogestion, qu'il conçoit dans une formule lapidaire comme « le contenu du socialisme et le moyen d'y parvenir »… En 1981, il analyse l'arrivée de F. Mitterrand comme paradoxale : la gauche est au pouvoir au moment où la force propulsive de Mai-68 s'achève, ce qui pose des problèmes inédits…

Lorsque je songe à mon père, ce qui me revient le plus à l’esprit c’est à quel point il était accrocheur, d’un volontarisme extraordinaire, et d’une énergie rare. Je l’ai attendu durant des années tous les soirs à partir de 23 h ou minuit, parfois une heure du matin pour qu’il me rapporte les derniers évènements — c'était les années 70, effervescentes, ponctuées de batailles gagnées et de défaites. Il prenait du pain, un morceau de fromage, la radio était déjà allumée, et nous parlions. Oh, il ne s’est pas occupé de nous, et il est vrai que s’il ne m’avait pas transmis cette passion de la politique tout aurait concouru pour que je finisse mal, mon frère a presque fini en correctionnelle, mes cousines étaient prostituées, et mon milieu de rue naturel me portait vers les activités de gang. J’ai été dans des bandes, et j’ai toujours pensé que je n’échapperais pas à la prison.

Michel Rocard et mon père en casquette, à droite, levant le poing pour LIP en septembre 1973. Michel Rocard et mon père en casquette, à droite, levant le poing pour LIP en septembre 1973.

C’est peut-être le grand hiatus de ma vie et celle de mon père : nous retrouver dans un milieu militant socialement différent de notre origine. Mon père s’y est retrouvé, pour moi ce fut toujours plus difficile. C’est probablement pour cela que je n’ai pas pris les responsabilités qu’il a eues. Et, pourtant, de toute ma famille large, je suis le seul pratiquement à avoir fait des études jusqu’au Bac. Mon frère s'est mis à travailler à l'âge de quinze et demi sur des machines offset. Je suis en quelque sorte le petit-bourgeois de la famille. Allez comprendre…

En 1984, Ben Bella en exil fait appel à mon père pour aider l'opposition démocratique algérienne. Mais les diverses publications dont Gilbert Marquis a l'autorité sont toutes interdites par les gouvernements de gauche comme de droite, au motif qu'elles sont « de nature à contrarier les intérêts diplomatiques de la France ». Leur avocat, Ali Mécili, est assassiné à Paris sur contrat de la Sécurité militaire. Son meurtrier est arrêté et expulsé en Algérie par Charles Pasqua. L'Algérie entamera ensuite une longue période sombre dont elle n'est pas sortie. Les émeutes d'octobre 1988, la fin du duo Ben Bella-Aït Ahmed, l'émergence des islamistes, le coup d'État, la guerre civile…

Nous avons connu tout cela, nous étions sur le bateau Le Hoggar de retour de Ben Bella vers Alger…

Il y aura aussi la chute du Mur, qui sera l'occasion pour lui et moi, ensemble, tous les deux, d'un voyage à Berlin et à l'Est, afin de mieux saisir l'aspiration des Allemands de l’Est à la réunification. Il sera à Moscou avec Maurice Najman et Marcus Wolf (l’ex-chef des services secrets est-allemands sur lequel Maurice avait écrit un livre) lors de la tentative du coup d’Etat contre Gorbatchev en 1991.

Gilbert et Maurice, Moscou, 1991. Gilbert et Maurice, Moscou, 1991.

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis, il marque son soutien au peuple irakien, contre l'embargo, qui le conduira à rencontrer Saddam Hussein, tout comme M. Khadafi quelque temps avant, ce qui lui fut reproché. Il était conscient que son action ne lui laissait pas toujours le choix des acteurs.

L'avocate Madeleine Lafue-Véron, Gilbert, Nicole, l'intellectuel arabophone Maxime Rodinson, Mme Rousset, Pierre Avot (grand fabricant de faux papiers), David Rousset, trotskyste puis député gaulliste, Simonne Minguet, à l'Hôtel Matignon, 1982. L'avocate Madeleine Lafue-Véron, Gilbert, Nicole, l'intellectuel arabophone Maxime Rodinson, Mme Rousset, Pierre Avot (grand fabricant de faux papiers), David Rousset, trotskyste puis député gaulliste, Simonne Minguet, à l'Hôtel Matignon, 1982.

 

Mon père, ma mère Nicole, Otelo de Carvalho, une femme dont j'ignore l'identité, puis Jack Ralite et Gilles Perrault. Mon père, ma mère Nicole, Otelo de Carvalho, une femme dont j'ignore l'identité, puis Jack Ralite et Gilles Perrault.

Avec l'éclatement de la Yougoslavie, la construction de l'Union européenne, la marche sans frein du marché et de la mondialisation, mon père tente de prolonger quelque peu l'esprit du courant « pabliste » auquel il s'était indéfectiblement identifié, en créant « la revue internationale pour l'autogestion » Utopie critique. La nation, l'Etat, la république… , à l'heure où les bourgeoisies étaient prêtes à s'en débarrasser, commençaient à devenir des thèmes de réflexion et d’action. Il offrit une tribune aux courants « souverainistes » de la gauche. Sans engager son comité de rédaction, composé d'intellectuels et de militants aux origines diverses (Tony Andréani, Henri Benoits, Robert Charvin, François Cocq, Eric Coquerel, Denis Collin, Sophie Combes d’Alma, Jean Copens, Jacques Cotta, Claude Debons,  Gérard Delahaye, Jean-Pierre Garnier, Florence Gauthier, Mohammed Harbi, Jean-François Joussellin, Georges Labica, Jean-Pierre Lemaire, Patrick Letrehondat, Jacques Michel, François Morvan, Michel Naudy, Francis Pothier, Christophe Ramaux, Danielle Riva, Patrick Silberstein, Christophe Ventura,…), il soutient Jean-Pierre Chevènement à la Présidentielle de 2002. Avant de se rapprocher plus tard du Front de gauche.

Il aura consacré toute sa vie à l'idée de la solidarité internationaliste et au socialisme à visage humain, qui l'éloigna au fil des évènements de l'idéologie – sans se rallier jamais au réformisme bon teint, comme le voudrait l’époque.

Mon père était un indéfectible trotskyste à l’ancienne. Je l’aimais comme il nous a aimés.

Décédé à 84 ans, il aura fait sa dernière manif le 11 janvier dernier contre l'assassinat des humoristes de Charlie-hebdo.

Un hommage lui sera rendu ce jeudi 12 février à 13 h 30 à la salle du crématorium du cimetière du Père-Lachaise…

Je pense à lui et à ma mère.

C’est dur de les avoir perdus. 

Serge Marquis 

 

 

Biographie de Gilbert Marquis par lui-même

– Né à Dangers (Eure et Loir) le 21 avril 1930. Fils du maréchal-ferrant du village. Les gros agrariens ne paient pas leurs factures. La famille du maréchal-ferrant part (exode rural) pour la banlieue parisienne.

– Entame sa vie militante dans les brigades de travail pour la défense de la Yougoslavie titiste, menacée par Staline, en 1950 .

– A la suite adhère, la même année, au PCInternationaliste (section française de la IVe internationale).

– OS chez Chausson Gennevilliers (cf Chausson : Une dignité ouvrière, Ed. Syllepse, 2004.) Au retour du service militaire est muté aux « grosses presses » à Meudon.

– 1953. Délégué CGT au CE Chausson.

– 1954. Adhère au PCF.  Secrétaire du syndicat des métaux Meudon  (S. et O.). Est appelé au secrétariat de l’Union départementale CGT. Soupçonné d’ « entrisme trotskiste », il démissionne…  

– 1955. Travaille à Nord-Aviation  (Chatillon s/s Bagneux).

– En tant que membre du PCI (menant campagne pour l’indépendance des peuples colonisés) participe au soutien clandestin du FLN.

– 1956. Délégué du personnel. Membre du bulletin d’opposition interne au PCF Tribune de discussion. Elu membre du Bureau Politique du PCI.

– 1958. Exclu du PCF comme opposant organisé et trotskiste.

– 1963. Elu membre suppléant de Michel Pablo-Raptis du Secrétariat international de IVe Internationale.

– Fin 1964. Gérant de la publication Sous le drapeau du socialisme qui se concentre, entre autres, sur la « Révolution coloniale ». 

Exclu avec la tendance dite « pabliste » du Comité Exécutif International de la IVe Internationale.

– En 1965, la tendance qu’il représentait avec Michel Fiant, Henri Benoits et  Michel Ravelli, devenue minoritaire à la suite de la non-reconnaissance des militants et responsables du PCI partis en Algérie se mettre à la disposition du processus « socialiste » algérien, est exclue de la IVe Internationale par le « congrès fractionniste clandestin » de la tendance Pierre Franck du PCI. A la suite de quoi la tendance « pabliste » prend le nom de Tendance Marxiste-Révolutionnaire.

– Secrétaire du Comité de solidarité avec les « colonies dites portugaises » (MPLA, Frelimo, PCGuinée-Bissao, qui entrent en crise du fait du  conflit sino-soviétique, entraînant luttes fratricides et scissions).

– Secrétaire   des «  Volontaires pour le Vietnam », en solidarité avec Hanoï sur le modèle des brigades internationales. 256 personnes s’y inscrivent dont les noms sont transmis à la « Délégation du Vietnam en France ». Membre du bureau du CViet-National, dont le président est Laurent Schwartz.

– Avec ses camarades, (Michel Fiant, Maurice Najman, Henri Benoits, Michel Ravelli,…) est membre fondateur, en 1968, de l’Alliance marxiste-révolutionnaire, branche française de la TMRInternationale. Mensuel : L’Internationale. En 1975, défendant le concept de l’autogestion socialiste, l’AMR fusionne dans le PSU, après le départ de Rocard et de ses amis.  Michel Fiant et Gilbert Marquis entrent au bureau national du PSU. La dérive social-démocrate l’emportant au sein du PSU, la minorité du Congrès PSU de Strasbourg, en 1977, scissionne et crée les Comités communistes pour l’autogestion (CCA). Cette dernière va participer à toutes les tentatives de regroupement démocratique révolutionnaire, qui se morcellera infiniment après l’échec de la candidature de Pierre Juquin à la Présidence de la République en 1988…

– En 1984, Gilbert Marquis devient responsable, salarié, de la presse de l’opposition démocratique algérienne dirigée par Ahmed Ben Bella. Cette presse va se heurter aux interdictions à répétition du gouvernement français, aussi bien sous un gouvernement de droite que de gauche-PS, jusqu’à l’insurrection d’octobre 1988 à Alger, qui va ouvrir la voie à l’apparition de nouveaux partis, légalisés. En 1992, Ben Bella rentre à Alger, un navire l’emporte avec de nombreux partisans et nombre de « porteurs de valises » et de « pieds rouges »…

– Avec l’effondrement de l’URSS, en août 1991, la perspective d’une « révolution politique » (sur les bases de la propriété collective des moyens de production) qui était le combat principiel, historique, des trotskistes, l’axe du programme de  fondation de la IVe internationale, disparaît…

L’heure semble venue d’un regroupement des trotskistes tirant le bilan d’un combat plus que cinquantenaire. La TMRI décide de se dissoudre pour ouvrir cette possibilité. Un certain nombre de ses militants « rejoignent » ou adhèrent à la IVe Internationale. Certains d’entre eux sont cooptés au Comité central de la LCR (section française) et du CEI de la IVe, dont Gilbert Marquis.

Cependant, deux facteurs vont jouer par la suite pour une démission : 

  • il n’y a pas de discussion de fond sur l’effondrement de l’URSS et ce que cela signifie pour ceux qui œuvraient pour une « révolution politique ». Cette « révolution politique », à laquelle les troskystes appelaient de leur vœux, avait pourtant pointer son nez en 1953 à Berlin, après la mort de Staline et le « rapport Kroutchev » ; en 1954, lors de la reconnaissance («  c’est la faute à Béria ») de nouveau de Tito comme « socialiste » dans le camp des dits Etats socialistes ; en 1956, à Budapest avec les « Conseils ouvriers » ; en 1968, avec « Le printemps de Prague » suivi du 14e Congrès  (clandestin) du Parti communiste tchécoslovaque (PCT) qui stipule que «  le  parti révolutionnaire n’est pas contraint dans un processus de transition socialiste d’être le parti gouvernemental » ; et, à Gdansk, avec la création du syndicat Solidarnosc  qui se crée sur la base programmatique de l’autogestion en 1981… Quel bilan tirer de l’expérience historique de l’URSS sur 74 ans ?! 
  • En second lieu, la réaction confusionniste, opportuniste, face à la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie. C’est-à-dire sans que la IVe Internationale ne défende la Yougoslavie, en tant qu’espace unitaire des populations de l’espace balkanique particulier à l’Histoire ; disposant d’une langue commune (mélange du serbe et du croate) et d’une dimension propre à fonder une certaine puissance moins faible par rapport aux puissances impérialistes européennes ou aux USA, eux qui n’hésitent pas à agir partout dans le monde contre toute idée socialiste. A aucun moment, sa section française (la LCR) n’a défendu la possibilité d’une démocratisation (révolution politique) de la Yougoslavie (pourtant loin de ressembler aux autres pays dits socialistes, puisque par exemple on y trouvait partout la presse internationale sans censure, etc.) plutôt que sa désintégration. Catherine Samary (membre de la direction de la IVe) se rendait aux manifestations du Comité Kosovo, le principal support de l’intervention et des calculs de l’impérialisme. Il y a une logique en politique qui fait que les USA sont maintenant installés en mer Noire et qu’ils peuvent manœuvrer, comme à l’ancienne, à la déstabilisation des Balkans. 

Ce n’est plus une organisation trotskiste mais, selon les propos de son nouveau porte-parole Besancenot (le très démagogique facteur, comme si la LCR était l’organisation des « pauvres », employé des services publics, dont l’organisation n’a pas les moyens de salarier son porte-parole), « plutôt libertaire » et s’inspirant de Guevara. C’est-à-dire simplement « gauchiste », sans plus de pensée théorique ni stratégique.

Ce qui  a  amené Gilbert Marquis à rompre, au profit d’un instrument de réflexion susceptible de repenser théoriquement le socialisme, « l’utopie », et stratégiquement, la transition révolutionnaire vers l’autogestion socialiste généralisée. Cet instrument, quelles que soient son influence et sa diffusion, c’est Utopie critique. A côté de beaucoup d’autres forces mais avec sa spécificité.

– 1995-2004. Directeur de la « revue internationale pour l’autogestion » Utopie critique.

– Décédé le 5 février 2015.

 

 

 

 

 

     

 

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