2022 : Que se passerait-il si la gauche UNIE gagnait…

Si l’on en croit les sondages, tout le monde s’attend à un duel Le Pen-Macron au 2e tour de la Présidentielle mais personne n’en veut. C'est la calamité que gauche et droite « de gouvernement » (sic) nous ont mis dans les pattes. Pourtant, certains parient encore sur l'unité de la gauche…

Selon eux, la déconvenue de la gauche tiendrait surtout à sa division. Elle pourrait être solutionnée par un accord sur un programme commun, avant le choix du candidat. L’étiage électoral actuel de la gauche (entre 20 et 30 %) pourrait être finalement passager tout comme les raisons du contentieux interne. Le programme, tout le programme, donc. Après dix années de conquête du pouvoir, François Mitterrand l’avait pourtant laissé choir, le programme, en à peine deux ans. Mais bon, manœuvrons tout de même habilement (autour du programme) pour le second tour, et retrouvons-nous à la tête du pays, certes élu par défaut mais avec l'espérance de convaincre par la suite.

Les nouveaux dirigeants de la gauche (et la minorité agissante qui les suit) découvrent alors pourquoi chaque élection allemande soulève l’espoir de tant de gens de gauche dans tant de pays qui ont affaibli leur souveraineté : la VIe république, la bataille contre le chômage de masse et les bas salaires, la transition écologique, le développement des services publics, rien de tout cela ne rencontre en effet le consentement de l’Union européenne et de la zone euro. L’hostilité est telle que durant la dernière ligne droite de la Présidentielle, déjà, l’on parlait dans les Capitales d’un « radicalisme dangereux », peut-être d’un Frexit. Possiblement de l’éclatement de la zone euro, au vu des promesses irréalisables en train d’être faites au peuple français.

Nouvellement réconciliée, la gauche commençait à turbuler, en dépit des bonnes intentions que l’on sait à l’égard d’une « Europe sociale » du candidat désigné. Aux portes du pouvoir, quelle stratégie dessiner pour à la fois achever de convaincre les électeurs et désamorcer les craintes des « partenaires » européens ? En Grèce, le ballet diplomatique s’est étalé sur trois ans alors que Alexis Tspiras était déjà élu et son parti Syriza majoritaire au Parlement, avec le résultat que l'on connaît. Mais c'est la Fraaannce… Les Plans A et B réapparaissent 1, un peu brinquebalants puisqu'ils ont été peu (ou pas) discutés entre les partenaires de la gauche. Il ne faut pas se diviser sur les questions qui fâchent. On évoque la possibilité aussi de s’en référer au peuple par voie référendaire. Les européistes au sein de la gauche l'affirment : Beaucoup doit être fait pour se concilier l’Union européenne, une construction qui continue de mobiliser tant d’efforts et remonte à si loin !

Les réformes structurelles attendues par les électeurs marquent le pas.

Á l'évidence, il faut faire preuve de beaucoup d’inventivité pour créer de l’emploi public, réduire le temps de travail avec des embauches compensatrices, augmenter les bas salaires et les minimas sociaux, revenir sur la retraite à 40 années d’annuité, on en oublie (les nationalisations ? Avec rachat ou sans indemnisation ?)… sans posséder l’outil monétaire confié à la BCE tout en se protégeant ne serait-ce que des produits importés à plus bas coût que les nôtres. Les discussions avec les instances européennes deviennent plus vives. Par chance au pouvoir, les sociaux-démocrates allemands (leur coalition) veulent bien un peu transiger mais attendent en retour plus de pondération. Le souci écologique des deux pays pourrait faire l’objet de projets communs et d’un financement, mais les retombées seraient à plus long terme. Dieu le père, notre ami allemand 2 à qui l'on doit notre déficit commercial et l'euro fort, ne peut pas plus. La renégociation du traité de Lisbonne a commencé, un précipité de tous les traités libéraux antérieurs jusqu’au Traité de Rome (1957). L'obstacle est contourné, en ne suivant ni les recommandations de la Commission ni la mise en conformité des directives dans notre droit national. Les crédits de la BCE ont commencé à être restreints, les taux d'intérêt grimpent. Une partie de la droite et de la gauche bien-pensante hurlent au loup séparatiste (« nationaliste », « populiste », au choix ou ensemble), manifestent outrageusement et rappellent notre résultat peu représentatif du 1er tour. Mer-dias colporteurs et forces de l’Argent du CAC 40 ne sont pas en reste. C’est ni plus ni moins le sort de l’UE qui est en jeu. Du moins sa configuration actuelle. Peut-être le retour à une zone mark élargie, une Europe à deux vitesses, pays du Nord versus pays du Sud. Et la dette, qu'en fait-on ?!

Les Candides en appellent au peuple. C’est le fameux référendum : le peuple français approuve-t-il le gouvernement sur les réformes qu’il mène ? Il faudra trouver la formule qui présente le mieux.

Tout est à inventer. Le pays est à court d’argent. La fin de l’allègement des cotisations patronales venues remplacer le CICE (108 milliards € entre 2014 et 2019), le retour de la taxe d’habitation (environ 20 milliards € par an, dont la suppression profitait aux plus riches), l’augmentation de la contribution fiscale des grandes entreprises apportent un peu d’oxygène, mais le taux de TVA demeure (l’essentiel des ressources du budget de l’État), l’évasion fiscale aussi (faute de personnels formés à échéance rapide), la corruption des marchés publics subsistent ponctionnant la collectivité (30 milliards €/an), celle des Chambres de commerce n’en parlons pas, et puis toujours la charge de la dette, l'envolée des prix de l'énergie (sur lesquels il y aurait tant à dire 3), du pétrole, etc. Et, quoi qu’il en soit, avivent la réaction du patronat et des milieux d’affaires. Tout devient source d’instabilité.

Même les projections sur le résultat du référendum ne sont pas bonnes. Ce qui ne déplaît pas à une partie du gouvernement. L’autre est accablée par la tâche. Si au moins celle-là pouvait compter sur la mobilisation populaire, peu existante tant le mouvement social est en difficulté depuis des années et a du mal à rebondir. Le soutien extérieur ? Presque du même ordre que durant la négociation des Grecs avec le triumvirat UE/UEM/FMI ! Même les plus convaincus, qui parient perpétuellement sur les « dynamiques » en-dehors de toute réalité, commencent à douter devant l’immensité du chantier. Ils se divisent, reprochent aux uns et aux autres leur manque d’anticipation, des priorités qui n’en sont pas, l'amateurisme du gouvernement et même ! le Verbe haut dilatoire de certains de ses membres. Contesté radicalement par le Sénat, le gouvernement assiste au ralliement de députés de la majorité à la Chambre haute.

Faut-il que nous approfondissions plus avant l'avenir mirifique de ce futur gouvernement de « gauche » (que d'aucuns voient comme la solution, à rebours des expériences et de la rationalité…) ? Eh bien, voici qu'une partie de la droite, considérée comme extrême-droite (RN, DLF, Patriotes, Frexiteurs…), se divise sur un soutien critique, au grand effroi de gens de gauche… Beaucoup découvrent, à leur corps défendant, que l'avancée sur la question sociale dépend en premier lieu de la souveraineté – le pouvoir du peuple français, par le peuple et pour le peuple, est-ce assez clair ? « Souveraineté européenne ! », scandent alors de grand esprits. « Un tiens vaut mieux que tu l'auras », leur rétorque la sagesse populaire ; devenir exemplaire ICI est un appui pour le reste de l'Europe et plus loin encore. Le sentiment de l'urgence climatique pousse des écolos à s'écarter de l'idéologie.

Mais peu assuré sur l'orientation à tenir, avec des apparentements politiques qui hystérisent ses rangs, ce type de gouvernement va se perdre rapidement, ne parviendra pas à recomposer les forces et achèvera celles dont il dispose. Impréparé à force de verrouillage, depuis des décennies, de ses états-majors et intellectuels confus, dont certains voient à leurs portes en toute occasion « le fascisme », l' « antisémitisme », l' « islamophobie » et d'autres « ismes » encore, il précipitera un retour de flamme de ses opposants libéraux-conservateurs à enjambée européiste, l'autoritarisme biaisé de ces derniers prétendant répondre au désir des peuples à contrôler la vie comme elle va. Nous serons loin de la souveraineté nationale et populaire nécessaire pour résoudre les problèmes du peuple français… L' « expérience française » aura été un feu de paille.

La morale de cette histoire est fort simple : les difficultés stratégiques de ceux qui se réclament d'une « société humaine » ne peuvent pas être résolues par l'illusionnisme. Plutôt que de sacrifier au simulacre du « changement » (le leitmotiv des candidats à la Présidentielle) , ils devraient cesser de s'en remettre aux recettes attendues, notamment lorsqu'ils se passionnent à la Présidentielle pour un appareil politique (utilisant des mots séduisants) qui ne s'en sort pas mieux qu'un autre. Le salariat et toute la société s'en porteraient mieux.

Fin de partie. 

Début d'une autre : la construction de l'Esprit constituant. Avant le passage aux exercices pratiques – Appel national, Comités constituants locaux mis en réseau, militants de tous ordres mutualisant leurs moyens, etc. Impossible en effet de gagner sans reprendre des forces, mobiliser les Courageux, et chercher à convaincre le reste de la population.

Tirer les leçons des échecs des mouvements sociaux de ces dernières années, c'est d'abord se préparer intellectuellement aux cinq années à venir, penser la contre-offensive sans craindre s'écarter des formules habituelles de délégation à des appareils politiques peu fiables (et à leurs « généraux » d'apparat).. Nous le devons aux Gilets jaunes (la gauche a-t-elle bien compris leur message ?), à nos blessés, à nos emprisonnés. 

Faut-il ou pas voter à la Présidentielle de 2022 ? On peut à bon droit se poser la question…

1. Fait rare : J.-L. Mélenchon, candidat pour la 3e fois à la Présidentielle, est sorti du bois en indiquant qu'il appliquerait totalement son programme et désobéirait à l'UE s'il était élu (RFM, l'émission « Mélenchon-Zemmour » du 23 sept. 2021 à 21-23 h). Outre que l'ascension d'un tel candidat durant le 1er tour déclenchera par anticipation les hostilités de l'EU, il est improbable qu'il puisse parvenir seul au pouvoir sans alliance (avec les européistes d'EE-LV, du PCF, etc. ?). Il faudrait aussi qu'il dispose d'un vrai plan B (qui n'aurait pas été élaboré par le seul petit Parti de gauche). Mélenchon est poussé par les mots.

2. Premier pays exportateur d'Europe et 3e mondial, 4e puissance économique du monde, l'Allemagne représente 28 % du PIB de la zone euro.

3. En dépit du parc nucléaire, nos prix sont indexés sur le marché des pays européens (fonctionnant le plus souvent sur des centrales à charbon), et EDF fournit de l'électricité à ses concurrents à prix coûtant, à cause du principe euro-libéral de l' « accès régulé » !

Allez, une petite respiration  cool :

https://www.bing.com/videos/search?q=musique+amour+noire&&view=detail&mid=5A884FCC834E40AE03545A884FCC834E40AE0354&rvsmid=3638841ECC7FCCEFE6713638841ECC7FCCEFE671&FORM=VDQVAP

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.