Pour le P.G., les mauvaises nouvelles s'amoncèlent ; finira-t-il par être un parti passoire ?
Je ne commente pas plus la démission du député du Nord, Marc Dolez. Ci-joint le fichier PDF où il explique dans "Libération" les raisons de sa démission.
Je diffuse ici le texte de mon camarade Jean-Pierre Lemaire (ex-Verts) du Bureau national du Parti de gauche à propos de la plate-forme proposée par "la direction" en préparation du prochain congrès de mars 2013. Écrits avec lesquels je me sens en concordance (sauf peut-être sur la question du projet du FdG : le FdG doit-il se transformer en un parti, comme ç'en était le but initial, ou doit-on le laisser prendre la forme d'un mouvement social épars, façon Front du peuple ?).
Jean-Pierre Lemaire pose une série de questions qui s'adressent au P.G. mais aussi à tout le Front de gauche.
Bonne lecture.
Au sujet de la Plate-Forme du B.N. du P.G. (à consulter sur le site du PG, je suppose)
Il y a deux manières de concevoir un texte de congrès. La première consiste à rechercher un consensus en abordant des questions et en trouvant des formules reflétant en quelque sorte l'état moyen de la réflexion à un moment donné. Cette méthode à un avantage : elle évite les conflits et les votes contradictoires, mais elle présente l'inconvénient de laisser les dirigeants sans véritable mandat collectif pour affronter la gestion politique quotidienne.
La seconde démarche suppose de tout mettre sur la table, quitte à constater les désaccords éventuels. C'est ce que se propose de faire cette note en abordant brièvement 5 points :
1/ Sommes-nous en 1788 ?
Le texte du B.N. proposé identifie clairement « l'affaiblissement de la conscience de classe » (lignes 128/130), mais il ne la relie qu'à la question de la xénophobie. Or il s'agit d'un processus bien plus vaste : éclatement des collectifs de travail, chômage de masse, précarité, poids massif des idéologies consuméristes, déferlement du sport qui valide la compétition comme mode ordinaire d'existence, marchandisation générale des rapports sociaux, abrutissement des jeux vidéos et de la télé-réalité, tendance à se réfugier dans le virtuel des « réseaux sociaux » au détriment du réel,... Tout cela concoure à dessiner un paysage ou pèsent fortement l'indifférence au collectif, l'individualisme, la résignation et le repli sur soi. La colère et la mobilisation d'une petite minorité de la population ne doit pas nous cacher la profonde détérioration des rapports de force entre les classes dont témoignent nombres d'indices économiques.
Dés lors, le champs des possibles se restreint et l'idée d'une « révolution citoyenne pour prendre le pouvoir » s'éloigne sensiblement. Nous ne sommes pas en 1788 et Hollande n'est pas Louis XVI. Avant de prendre la Bastille de l'oligarchie financière, nous devons au préalable faire triompher les lumières sur l'obscurantisme libéral et productiviste. Il faut donc envisager une longue phase de guerre de positions, où la bataille principale consistera à la fois à améliorer la situation concrète des travailleurs et, d’ordre culturel, à reconstruire un sujet et une conscience de classe. L'idéologie et la conquête de l'hégémonie culturelle sont désormais un front majeur de la lutte de classes.
2/ Le P.S. est-il un astre mort ?
Le P.S. détient aujourd'hui tout les pouvoirs politiques. La question de sa nature et de son avenir est donc essentielle. Le texte constate (ligne 27) que la social-démocratie a changé d'orientation. Sans remonter au déluge, la IIe Internationale à toujours eu pour projet la « gestion loyale du capitalisme ». Si tournant il y a, c'est d'abord dans les mots, car de Bérégovoy à Jospin en passant par Fabius et DSK, il y a longtemps que le social-libéralisme s'est imposé au PS. Face à la crise, ce dernier va t-il s'effondrer comme en Amérique latine, ce que suggère la ligne 271 ? Rien n'est moins sûr. Par le passé, seul Mai-68 a vu la social-démocratie réduite à 5 %, encore s'est-elle rapidement reconstruite. C'est que le PS n'est pas une construction artificielle. Il représente d'abord les intérêts des classes moyennes (profession intermédiaires, enseignants,…) comme d'une bourgeoisie sensible aux thèses de la « gauche morale ». De part sa double nature, ouvrière et bourgeoise, la social-démocratie exprime aussi la position de la fraction modérée des classes populaires qui ne croit pas possible le dépassement du capitalisme et cherche à l'instar de la CFDT des solutions de compromis avec le patronat. Au surplus, nous ne sommes hélas pas dans une crise de régime et la V° République ne s'effondre pas. Par conséquent, la bipolarisation et le vote utile continuent de jouer leur rôle néfaste au profit de ceux qui semblent les plus crédibles.
Tout cela pèse considérablement dans une société dévastée par la crise où la radicalité, pourtant indispensable, effraie en grande partie la population. On doit bien avoir pour projet d'affaiblir le PS mais en dehors de périodes révolutionnaires, il restera une force considérable. Bref, la social-démocratie, c'est comme les baïonnettes, on peut tout faire avec sauf s'asseoir dessus...
3/ Quel débouché politique ?
Le document propose (ligne 54) « d'ouvrir une issue gouvernementale à l'impasse du système » : excellente idée mais comment ? Il s'agit de devenir la « force majoritaire à gauche » (ligne 299), puis de réunir une majorité alternative (524) qu'on suppose constituée de l'aile gauche du PS, d'EELV et du Front de Gauche. Admettons que l'on réussisse à rassembler cet arc-de-forces, ce qui au vu des déclarations des uns et des autres ne sera pas une mince affaire ! Admettons, ensuite, par un gros effort d'imagination que le FG, qui pèse en moyenne 7 % des suffrages, et ses alliés virtuels dépassent le PS et atteignent 25 %. Une simple constatation montre qu'on est encore loin des 51 %.
Que faire alors, sinon travailler avec le PS pour atteindre une majorité ? A condition de pouvoir le faire sur un projet de transformation, quelque chose comme un programme commun du XXIe siècle. Cela passe par un processus identique à celui décrit par J.-Luc Mélenchon dans son interview de « Rue 89 » citée par le « Canard Enchaîné » : quelque chose comme un déplacement à gauche de l'axe majoritaire.
Certes, on imagine mal aujourd'hui les amis de F. Hollande se convertir à la confrontation avec le Capital. Mais l'objectif n'est pas de convaincre Solférino mais les électeurs de gauche qui leur font encore confiance. C'est ce qu'on appelle traditionnellement le « Front unique ouvrier ». On a finalement le choix entre deux options : soit gouverner par les urnes et donc avec le PS, soit défendre l'idée d'une rupture révolutionnaire extra-institutionnelle qui ne passerait pas sans affrontements majeurs. Cette dernière option n'est pas dans l'immédiat la perspective la plus probable.
4/ Quel avenir pour le Front de Gauche ?
L'affirmation du FG s'inscrit d'emblée dans un cadre européen. Or la situation de « l'autre gauche », même lorsqu'elle est représentée par des « outils politiques nouveaux » (ligne 41), est pour le moins contrastée. Les difficultés de « Die Linke » en témoigne.
Le FG était pour nous au départ l'embryon d'une force politique. Face au refus du PCF, on appelle aujourd'hui à la constitution d'un « front du peuple » visant à rassembler les « 99 % contre la finance » (ligne 669/672). Il s'agirait ainsi de faire du FG un acteur social et non plus politique, l'expression du peuple dans son ensemble et non plus une force défendant un programme précis ; quelque chose comme un « super syndicat ». Seul l'attachement à la charte d'Amiens empêche dés lors de se prononcer pour l'adhésion de la CGT et de SUD… Derrière la rhétorique emprunté au PCF des années 70 (« l'Union du peuple de France »), on renonce de fait à une bataille permanente pour une plus grande intégration des composantes du FG et à l'affirmation de ce dernier non comme simple cadre unitaire mais comme un parti en devenir. D’où l’appel du pied actuel au NPA, au POI et à LO. Comment imaginer que les divergences avec ces organisations soient gérables dans une organisation commune, même fédérale ?
5/ Le P.G. est-il une forme achevée ?
Le P.G. a connu depuis sa création une série de succès sur lesquels nous sommes souvent d'accord et que le texte évoque largement. Mais, en période de congrès, il est indispensable de tout mettre sur la table en interne. Ainsi, l'épisode des Législatives a constitué pour nous un coup d'arrêt et n'est pas sans conséquences sur nos relations avec le PCF. Pour la grande masse, il ne s'agissait pas d'aller à Hénin-Beaumont pour gagner des voix mais pour l'emporter et envoyer J.-Luc au Parlement !
Sur un autre registre, beaucoup dans nos rangs pensent qu'il faut réfléchir à un autre fonctionnement.
C'est l'objet du texte porté par Élodie Vaxélaire [plate-forme n'insistant que sur les problèmes de fonctionnement démocratique, afin que le P.G. devienne un parti apprenant].
Un autre chantier concerne le « parti creuset », il ne suffit pas d'y faire référence mais de faire avancer concrètement le projet. Nous devons élargir la proposition de fusion avec « la Gauche anticapitaliste » à l'ensemble des signataires du texte des 4 organisations membres du Front de Gauche, en y rajoutant « République et Socialisme » et les Alternatifs. Même si un processus de ce type n'irait pas sans difficultés, il mérite d'être poursuivi.
J.-P. Lemaire