Contre les possédants, quelle stratégie ?

Au moment où LFI, EE-LV et autres se passionnent pour la Présidentielle et les élections perpétuelles, comment échapper à l'injonction électoraliste sans déserter aucun combat et tout en faisant avancer la cause commune contre les possédants ?

A propos de LFI, d'EE-LV, de la gauche et de la droite… et de la lutte contre Macron.

Le problème de toutes ces structures (LFI, EE-LV, PCF…), c'est qu'elles sont tellement scotchées aux élections (le plus souvent pas représentatives) qu'on ne leur rend pas service en se gavant d'infos les concernant… Mal barrés pour construire une alternative…

A remarquer : hors élections, elles n'existent pas sur le terrain autrement que par la voix médiatique de leurs députés – eux aussi tous mal élus…

Donc, voilà des partis qui n'ont pas de vraie vie démocratique, qui ne s'expriment que par la voix de leurs « élus » (c'est-à-dire des gens payés pour faire de la politique…), le plus souvent « parachutés », et qui n'ont aucune idée à proposer pour faire gagner le mouvement social lorsque celui-ci part en grève, comme lors de la bataille contre la réforme des retraites, la mise en concurrence de la SNCF, la loi travail, etc. Ça fait beaucoup de handicaps pour être exemplaires.

Mieux vaut mettre autour de la table tous ceux (partis, syndicats, assos, personnalités, militants, individus…) qui veulent participer à un processus constituant de recouvrement de la souveraineté du peuple et lancer un APPEL NATIONAL à la constitution de GROUPES LOCAUX CONSTITUANTS ! On ne demandera pas d'où les gens viennent, pour qui ils votent ou pas, mais où ils veulent aller ensemble… Ce serait une préparation autrement plus sérieuse aux défis à venir.

Bref, ce qui manque, c'est une pensée stratégique et pas une alliance électorale de gens qui ont démontré qu'ils ne sont pas loin de pratiquer la même chose (technocratie, bureaucratie, substitutisme, mensonges, manœuvres, électoralisme, opportunisme, sectarisme, discours à géométrie variable, n'en jetez plus…) que ce qu'ils critiquaient chez les autres !

« La fin ne justifie pas les moyens, les moyens expliquent la fin. »

Pour finir :

Entre les déclassés des hôpitaux, de la Fonction publique en général, des salariés grévistes de la RATP, SNCF, etc., des GJ, des syndicalistes mécontents, des militants qui ne cessent pas de mettre un sou dans un pot à fond percé, des jeunes gens sensibilisés des quartiers populaires, ceux orientés sur la crise écologique, avec tous ces gens en carafe prêts à donner un petit coup de main à condition que tout le monde agisse dans le même sens… il y a matière à créer un vaste réseau national de gens qui, localement, ont à cœur de reprendre la main sur leurs affaires.

Bien des thèmes pourraient être abordés dans ce type de comité.

Mais la condition de leur succès, c'est d'arrêter cette définition discriminante sur les étiquettes : qui est à gauche, qui est à droite, voire RN, etc. Il faut une fois pour toute se départir de ces habitudes qui, à l'étape de décomposition sociale et d'impasse stratégique où nous sommes et dont ne cesse de profiter le pouvoir, alimentent la confusion.

L'idée proposée reste encore générale. Car il faudrait pouvoir fixer un cap, des objectifs précis communs que pourraient se fixer ces comités. En tous les cas, il faut recréer de la capillarité sur le terrain, aller beaucoup plus loin que ce que fut, de manière embryonnaire, le Front de gauche – et cette fois, au-delà de la gauche, de la droite et autres étiquettes référentielles de moins en moins suivies par le tout un chacun, les GJ l'ont bien compris. Désormais, chaque moment de la lutte doit nous orienter vers cette idée générale : participer et faire participer la population à un processus constituant.

Les militants, les syndicalistes, les associatifs,… bref les gens engagés devraient appuyer cette idée dans leurs structures, de manière à ce que celles-ci finissent par se rendre à cette évidence : nous avons besoin de RECONSTITUER UN PEUPLE POLITIQUE qui prenne à bras-le-corps les tâches pour recouvrer sa souveraineté, nationale et populaire. Cela ne pourra pas se faire à partir de leurs formations, mais seulement à partir d'une mutualisation générale des moyens de tous – structures existantes et individus.

C'est maintenant cette idée qu'il faut populariser partout où nous sommes, sans quoi la division et la lassitude bien installée dans la population s'accentuera au grand plaisir des possédants. Ils n'auront de cesse, alors, de nous embarquer sur des élections aux dès pipés.

J'ajoute encore :

Personne, à l'étape actuelle, n'est en situation de convaincre largement, car il y a une défiance majoritaire dans la population, une forme de lassitude et de désengagement général. De sorte qu'il faut essayer de jeter des ponts entre les uns et les autres (partis, syndicats, assos, GJ, etc.) plutôt que de se suffire à soi-même. Telle est la vocation de ces comités. Ils ne pourront exister que lorsque chacun aura fait le bilan de ses insuffisances. Mieux vaut tard que jamais et mieux vaut rapidement tout de même, avant que nous soyons réduits en cendres par inaptitude stratégique. La stratégie n'est ni une manœuvre ni une formule de style : elle consiste à proposer un chemin, des étapes, pour atteindre le but : reprendre le pouvoir. Ce type de comités pourrait ré-élargir le cercle des résistants. Sans quoi nous allons partir (comme sur les élections européennes) dans des impasses chronophages – celui du spectacle électoral de la Présidentielle qui consacrera une nouvelle fois le système.

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