De la complexité (E.Morin) de la démocratie....et de sa gouvernance

La démocratie. On se bat sur des lois, des organisations pour dire qu'elle est en danger mais cela suffit-il à approcher ce qu'elle est? Existe-t-elle vraiment? Pourquoi est-ce aussi dur d'y parvenir? Avons-nous les outils intellectuels nécessaires pour la faire advenir? La démocratie est-elle une fixité ou un mouvement perpétuel de recherche de notre Humanité?

Les premières questions à se poser sont pour moi essentielles à l'essai de cette réflexion : la démocratie existe-telle vraiment ? Est-ce une fixité dans le temps, une organisation sociétale ? Est-ce quelque chose à gagner ou un mouvement permanent de recherche de notre Humanité : l'unicité dans la multitude intégrant la multitude des unicités de manière récursive ?

 

En effet, dès qu'elle est née, la démocratie même balbutiante a été combattue et peut-on dire même battue quand Socrate a bu la ciguë pour ne pas valider les errements « logiques » de la seconde Sophistique quand à la gouvernance de la cité. Pourtant, cette démocratie naissante était loin d'être parfaite. Beaucoup, comme les Femmes ou les Esclaves, par exemple, en étaient exclus.

 

La question de gouvernance de la démocratie s'est donc posée dès le début de sa création : si chacun a droit à la parole, si chacun a droit à une parcelle de pouvoir, si chacun est écouté, si les beaux parleurs gagnent alors qu'ils n'ont rien à dire...Comment gouverner ? Je ne veux pas vous faire peur mais nous en sommes toujours là...Le droit de vote des Femmes n'est pas si ancien et pourtant on parle ici en milliers d'années. En fait, nous n'avançons pas vite...Et, en espérant ne pas paraître Sophiste, c'est pourtant plus que logique.

 

La démocratie n'est pas une croyance ou une religion avec un début et une fin, c'est un construit Humain avec la difficulté que cela suppose au vu du nombre d'individualités et donc de vérités intrinsèques que cela suppose sur comment faire société. Intégrer notre unicité dans une multitude qui doit l'intégrer à son tour est une approche complexe au sens d'Edgar Morin : rien ne s'oppose ! La multitude sans l'unicité n'a pas plus de sens que l'unicité sans la multitude. Comme une image tridimensionnelle où chaque point ne peut faire autrement que de contenir l'ensemble de l'image et comme l'ADN où nous retrouvons dans chaque être Humain, la totalité des autres. Approcher cela c'est approcher la complexité de la gouvernance de la démocratie !

 

C'est cette complexité, ce travail éreintant et sans fin sur notre Humanité, qui nous rebute. Car la démocratie n'est pas un vote, n'est pas une organisation, c'est un investissement de chaque instant au contact de l'altérité et des vérités de tous les autres Humains. La démocratie c'est de la politique au sens le plus pur qu'elle puisse avoir : être un citoyen de la vie de la cité et de l'Etat !

 

La démocratie est un tel combat que l'on finit par ne plus y croire tellement sa gouvernance est complexe. Comme nous n'avons que des moyens intellectuels cartésiens et donc compliqués, nous sommes en quelque sorte aveugles à cette réalité : nous opposons, nous n'intégrons pas ! Nos seuls moyens de penser restent profondément Tayloriens, les algorithmes sont les dieux de notre réflexion ! Nous sommes des ordinateurs, nous ne pensons plus, nous calculons.

 

D'où la situation que l'on vit. Il est plus facile de céder aux sirènes d'une idéologie ou d'une personne que de se mettre à travailler pour quelque chose qui n'existera jamais mais que nous devons continuer à rechercher par tous les moyens possibles.

 

Si nous sommes des moutons, ce n'est pas que la faute aux autres c'est aussi la nôtre.

 

Il serait temps d'avoir des outils de réflexion qui ressemblent à notre complexe Humanité, il serait temps de ne pas opposer les vérités mais de les intégrer. Il serait temps d'être enfin des Hommes !

 

 

 

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