CHANGER LE MONDE 3

Ce que la pensée unique vous présente comme des changements est juste de l'agitation frénétique. Le changement, c'est autre chose... Je vous propose un regard synthétique sur le changement, le vrai!

Le changement est la nature du vivant

Les seules choses qui ne changent pas sont les choses sans vie !

La genèse de l’histoire humaine nous montre que le changement est indissociable de la vie. L’histoire de notre Terre n'est qu'une suite de changements et d’évolutions complexes (Morin, E. 2000) qui ont, après des millions d’années, donnés naissance à l’être humain. Le changement est inéluctable, il n’est ni bon, ni mauvais, il est efficient et utilitaire de la nécessité de survivre dans le contexte (Giordan, A. 1998). Le regard d'Hannah Arendt (1972), à travers son concept d'histoire, est basé sur un processus temporel complexe : le triptyque passé/présent/futur. Elle pose que le présent, quelque part, n'est qu'une illusion "contrainte" par deux forces antagonistes, que sont le passé et le futur, et, qu'il ne peut être donc qu'appréhendé en s'en extirpant pour le regarder de plus "haut". L'illusion d'immédiateté que les réseaux sociaux exacerbent nuisent donc au changement.

La sacro-sainte idée dominante sur la "résistance au changement" ne résiste pas à une analyse poussée des évolutions sociétales (Bernoux, P. 2010. P 235):

 

Tout changement est accepté dans la mesure où l'acteur pense qu'il a des chances de gagner quelque chose et, en tous cas, sent qu'il maîtrise suffisamment les leviers et les conséquences du changement.

 

Changer suppose un apprentissage!

 

Changer c’est apprendre ! Nous pouvons en faire un incontournable à la lecture des diverses théories sur l’apprentissage (Piaget, J. ; Vygotsky, L.) et à travers les éclairages de Edgar Morin (1999, 2000) ; André Giordan (1998) ; Chris Argyris (2003) ; Jeanne Mallet (2009) ; Guy Le Boterf (2000) ; Philippe Bernoux (2009, 2010) ; Françoise Kourilsky-Belliard (1999) ; Jean-Louis Boutte (2009).

 

André Giordan (1998), justement dans « Apprendre ! », dessine bien toute la complexité des phénomènes en jeu dans les apprentissages : pour qu’une connaissance, un savoir nouveau puisse s’installer en nous, il faut d’abord déconstruire l’ancien, seul référent à notre disposition pour comprendre le monde qui nous entoure, puis reconstruire sur cette base, quelque chose qui nous apparaitra plus efficient et plus utile pour donner un nouveau sens. Cela est assez paradoxal. C’est presque un « double bind » (école de Palo Alto), et, cela met en lumière si cela était encore nécessaire, la déstabilisation, les résistances et la complexité qui sont en jeu dans les apprentissages, dans les multiples facettes du changement et l’utilisation, plus que nécessaire aujourd’hui, de nouveaux outils d’analyses issus du paradigme de la complexité.

 

 

La pensée unique ne peut pas apprendre donc elle ne peut changer !

 

Agnès Braun (1989) dit que s’il n’y a pas d’imprévu, il n’y a pas de formation et donc un éventuel apprentissage ; la formation est dans la faille et non dans le système bien construit - comme est celui de la société d'aujourd'hui où la norme est devenu un outil de régulation sociale - . L’irruption de l’inconnu nous bouscule dans nos habitudes et déchire l’ancienne trame. Même dans la douleur donc, l’imprévu et la nouveauté peuvent être formateur mais, René Kaës nous dit aussi que dans la majorité des situations de rupture, on constate d’abord une diminution de la capacité créatrice. De plus, les dysfonctionnements provoqués par les ruptures sont associés à un sentiment intense de la menace de notre existence subjective. Edgar Morin en 1975 (René Kaës.1990.) avance que la formation est un outil spécifiquement humain pour aider à résoudre les crises à répétition nécessaires à notre survie et, le paradoxe qui s’installe risque d’aggraver la crise s’il n’est pas prévu de coupure pour la mise à l’épreuve et la réalisation : si la permanence s’installe, le système se sclérose! Si vous ne pédalez pas sur votre vélo, vous tombez, le mouvement structure l'équilibre. C'est le mouvement, l'évolution des espèces qui a construit l'équilibre du monde !

Géza Roheim défini, avec la phrase suivante un des pourquoi de la problématique du changement: la civilisation est un système d’institutions édifiées en vue de la sécurité (Kaës, R. et al.1990.). La formation est une démarche qui peut être douloureuse. Il faut donc permettre au temps de faire son œuvre. Il faut aussi, dans ce contexte, construire, en parallèle, un accompagnement de proximité de grande qualité si on désire minorer de tels effets. Tout cela suppose un projet de société où tous les acteurs doivent être immergés.

Michel Fabre qualifie le terme "formation" d'ontologique: « L'être serait un individu inscrit dans un processus toujours inachevé et toute formation serait donc un processus de réalisation dynamique et fluctuante ». (Peyron-Bonjan, C. 2011. P 124)

 

«A partir d'un projet de contrat social[ ]donc originairement d'une volonté générale tendant naturellement vers le bien commun, [ ] toute formation s'apparenterait alors au vœu de Condorcet : à savoir, l'instruction permanente à tous les âges afin que « chacun devienne de plus en plus digne de se gouverner par sa propre raison » , « connaisse la découverte des vérités nouvelles » , ait « les moyens de participer à l'élaboration des lois et évite une obéissance passive parce qu'elle serait aveugle ». (Peyron-Bonjan, C. 2011. P 124)

 

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