L'IDEOLOGIE DOMINANTE ET LE CHOMAGE

Quand on voit comment l'ultra libéralisme fait son "marché" avec notre travail, la question suivante devient très pertinente: Le chômage n'est-il pas une nécessité pour l'idéologie dominante? Ne l'organise-t-elle pas finalement?

Code du travail et la protection des salariés, une cause du chômage ?

C'est tellement une vérité incontournable que le gouvernement Hollande a du « légalement » et « démocratiquement » nous l'imposer (le droit est-il la légitimité et la justice?). Au vu de tous les experts, enfin les seuls qu'on laisse communiquer avec autant de force et du MEDEF, c'est tellement évident qu'on se demande pourquoi « on » a tant attendu pour le faire.

Je n'entrerai pas dans le débat qui oppose aujourd'hui les fédérations syndicales, le MEDEF et le Gouvernement : j'essaye, même si ce n'est pas toujours facile, de ne pas alimenter l'idéologie dominante, mais simplement, d'en montrer le paradoxe que l'on nous cache. Pas facile car, si on ne peut pas regarder plus loin et autrement, à part trouver des pour et des contres, on ne dit finalement pas grand chose. Allons regarder derrière les soi-disant évidences...

Regardons de plus près ce qu'il se passe dans nos modes de production pour que cela puisse apparaître comme une solution au système dominant. Le client est devenu ROI (enfin c'est que l'on essai de nous faire croire) : on  appelle cela « la politique client » dans les entreprises. Pourquoi devrait- on s'en plaindre, nous sommes tous les clients de quelqu'un ou de quelque chose et donc c'est « notre » intérêt à tous que les entreprises et les services puissent répondre au plus vite et au mieux à ce que les clients demandent. Mais, pour que cela soit possible, au moindre coût, les actionnaires se payant de plus en plus (largement plus qu'en Allemagne, mais « chut », il faut pas le dire...), il faut aussi que les entreprises puissent posséder une grande souplesse de capacité de production et « grattent » des choses à leurs salariés car il est hors de question qu'elles réduisent leurs bénéfices : pouvoir disposer rapidement de plus ou moins de salariés et leur donner moins de salaire ou les faire travailler avec plus d'intensité.

Quand les clients demandent beaucoup, il faut pouvoir disposer rapidement (le mot clef) de personnel en plus, ou connaître des lieux où en trouver. Quand la production baisse, il faut rapidement, car le travail coûte cher (ha, ha, ha), se libérer du personnel en trop. Cela à l'air simple et d'une logique imparable même si cela nous fait mal au ventre de voir les salariés privés d'emploi : « on » y peux rien, c'est le système !

Et bien le « terrorisme intellectuel » nous endort encore tous et je vais essayer d'en faire apparaître le paradoxe avec ce que l'on nous cache.

Dans une entreprise la production baisse : on licencie donc certains salariés. Mais, ces salariés, par chance trouvent un travail ailleurs, vous savez dans une entreprise lointaine où la production augmente et où il y a donc besoin de personnel (on appelle gentiment cela, la mobilité des salariés): ils ne sont donc plus disponibles ! Mais dans cette même entreprise, celle qui a licenciée les salariés, la production repart 6 mois après. Elle a donc besoin « rapidement » de main d’œuvre....Problème : où va-t-elle pouvoir aller chercher rapidement les salariés qui lui manquent dans son métier et avec les qualifications idoines pour produire la qualité et la quantité voulue du produit ?

Comme personne ne peut prévoir l'avenir, il est impossible de prévoir exactement où, quand et dans quels métiers la production augmentera ou diminuera, on ne peut que donner des tendances très globales. De fait, plus le système de production doit s'adapter rapidement, plus les tendances vont bouger et moins elle seront faciles à discerner. Si on ne discerne plus correctement les tendances, il faut obligatoirement disposer d'un nombre de salariés de plus en plus important qui n'ont pas de travail ou pas un travail permanent car eux seuls pourront répondre à la nouvelle demande: bienvenu dans le monde du chômage et des boites d'intérim ou des contrats de mission ! Attention, je ne dis pas que le travail partiel, l'intérim ou le contrat de mission sont sans intérêt et mauvais pour certains ou certains métiers mais de là à l’ériger en système, il y a un pas que le gouvernement Hollande a pour moi, franchit clairement :en fait, l'assouplissement du code du travail n'a t-il pas institutionnalisé la précarité salariale et le chômage ?

Mais, ce n'est pas le seul paradoxe, car le mot « rapidement » est la clef de tout cela. On pourra en effet, au vu du nombre de chômeurs et des possibilités d'intérim trouver rapidement des salariés, mais lesquels et avec quelles formations ? Si quelqu'un a une solution pour faire rapidement un bon professionnel, qu'il me la donne, je suis preneur ! En fait, sur le moyen terme cette « fluidité du marché du travail » va générer une telle agitation et de tels mouvements de personnels que l'on ne trouveras plus certaines compétences ou certains professionnels car il faut du temps et une certaine stabilité pour les construire. Cela a déjà commencé ! Le 10 janvier 2018 le site internet de l'Usine nouvelle, sous la plume de Cécile Maillard, titrait :

«  Avec la reprise et les mutations de l’économie, l’industrie peine plus que jamais à recruter les compétences dont elle a besoin ».

En fait, à court terme cela nuit aux salariés et à moyen et long terme cela nuit aussi à l'Entreprise qui se retrouve dans l'incapacité de retrouver, même dans un vivier de plus en plus important, la compétence précise dont elle a besoin. Dans le temps, cela ne peut donc que dégrader la qualité de service que l'entreprise pourrait nous offrir : avant de pouvoir cueillir une belle fleur, il faut le temps de remuer la terre, de planter la graine, de l'arroser et de surveiller sa pousse avec « amour » . Il faut les mêmes choses pour construire un professionnel compétent, du temps et de l'amour (Enriquez, E.1992).

En fait, la politique client et l'assouplissement des protections salariales qui en découlent, ne ne peuvent que nuire au travail et aux entreprises.

Cela fait à peu près 30 ans que l'on assouplit le « marché du travail » en détricotant le code du travail au prétexte que cela nuit à l'emploi : la méthode doit être bonne car aujourd'hui, on constate clairement qu'il n'y a plus chômeurs ! Oui, c'est bien de l'ironie !

L'idéologie dominante peut-elle lutter efficacement contre le chômage alors que c'est elle qui finalement l'organise ?

 

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