Les fantômes de nos vies, une peur à partager et comprendre

Et si au lieu de comparer nos peurs avec celles des autres nous pensions plus à les partager? La souffrance qui en résulte peut-elle et doit-elle se hiérarchiser? La compréhension et le respect des autres ne peut-il pas être le chemin d'une belle humanité?

Notre vie est faite de fantômes qui viennent participer à la définition de ce que nous sommes. Nos peurs, nos peines, nos craintes, nos hontes viennent nourrir ces phénomènes ectoplasmiques, qui insidieusement ou avec violence, viennent détourner, détruire et orienter nos comportements.

Qui peut se vanter d’avoir les plus forts, les plus douloureux, les plus horribles ? Qui a le droit de le faire, de le dire, de hiérarchiser une douleur ou un malheur et d’en établir un classement quelconque ? La société le fait souvent, noyant en cela les individus dans la multitude et se permettant même de minimiser ou d’exacerber tel ou tel événement en manipulant, quelque part, les opinions publiques. Pourtant une personne seule de 85 ans qui perd son chat à l’impression que le monde s’écroule et surtout l’impression que tout le monde s’en fout. Mais si cette douleur n’est pas traitée, comprise elle peut générer un désespoir qui peut conduire à la mort. Un sans abri qui meurt anonymement de froid mérite-il moins d’attention qu’une famille massacrée dans un acte de folie ?

Certes, le nombre de morts ou la façon de mourir peut certes entraîner des réactions passionnées. Mais des milliers de morts « découpée » à la machette sont-ils plus horribles que des millions morts mourant de faim, acculées, ignorés qu’ils sont par un système construit sur le profit ?

Je pense que non. Chaque vie n’as pas de prix et chaque malheur non plus et il faut donc faire attention à ce que nos passions ne nous éloigne pas du sens de notre combat : construire ensemble un système de valeur tendant à éradiquer ces choses en remettant l’humain au centre des enjeux sociétaux. Même si c’est les passions qui génèrent les révolutions elles ne les nourrissent jamais.

Il ne faut donc pas confondre « devoir de mémoire » et « mémoire de devoir ».

Le second est plutôt affilié à une habitude, à une date, que de temps en temps on dépoussière et qu’il faut honorer par devoir d’histoire ou de charge politique.

Le premier doit être, les passions s’étant éteintes, une partie de notre histoire que non seulement nous ne devons pas oublier mais surtout que nous devons intégrer dans nos schémas de pensée et notre conception de la vie en société.

Notre premier devoir est de dire non  aux horreurs et à l’indifférence!

On voit, on a vu à travers les évolutions de notre société que cela ne suffit pas. Il faut pouvoir, savoir transformer cette énergie négative en combat politique (au sens étymologique) positivement structuré autour de valeurs humanistes et planétaires. Il est évident que ce n’est pas le chemin le plus facile car cela constitue un combat âpre, long contre tout un système de pensée.

Comme les apprentissages cela va demander de la souffrance, de la déstabilisation, de l’investissement et de la cohérence dans nos objectifs.

En conclusion je dirais donc que NOS fantômes sont tous de force égale. Pour ne pas perdre le fil de notre combat il ne suffit pas de les dénoncer, de les décrire dans toute leur horreur mais nécessiterait en l’occurrence de les partager, à travers une meilleure compréhension de nos différences, pour qu’ils viennent nourrir et enrichir la réflexion nécessaire à la complexité de notre monde.

LE COMBAT A MENER SE TROUVE DANS LA COMPREHENSION ET LE RESPECT DE L’AUTRE.

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