Et, si nous étions enfin révolutionnaires... ?

Ceux qui le prétendent, le sont-ils? Ne sommes-nous pas réactionnaires en fait? La révolution n'est pas un état, ni un coup, c'est une permanence de mouvement toujours minoritaire. Devenu majorité, elle n'est plus révolutionnaire sauf à la prise en compte d'une autre minorité. La révolution n'est pas un programme mais une philosophie politique!

« La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l'Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l'extension de l'industrie; et, au fur et a mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan les classes léguées par le moyen âge.

La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d'un long développement, d'une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication... 

La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.»

Cet extrait de texte semble une analyse de ce qui se passe aujourd'hui...Et, pourtant, il date d'il y a 174 ans et fut écrit par Marx et Engels : Le manifeste du parti communiste ! Que l'on soit proche ou pas du PC, nous ne pouvons pas ignorer la pertinence de cette analyse qui reste encore aujourd'hui d'une criante vérité. Nous ne pouvons pas ignorer non plus ce que le texte nous dit sur la révolution, sur ce qu'est être révolutionnaire et sur qui l'a finalement et uniquement été : la bourgeoisie en l'occurrence !

Dès lors, je me pose beaucoup de questions primordiales : notre combat pour changer le monde est-il vraiment révolutionnaire au sens où l'entendaient Marx et Engels  ou est-il réactionnaire ? N'avez-vous pas l'impression que nous nous battons toujours contre quelque chose qui modifie les choses du passé et pas pour quelque chose qui va modifier notre futur ? Ne manquons-nous pas d'imagination, de folie et de prospective pour être réellement révolutionnaire ? Notre enfermement dans un faux présent, assaillis que nous sommes de toutes parts (théorie du chaos), ne nous empêche t-il pas de nous projeter plus loin que demain ?

Quand on regarde les combats menés depuis 40 ans, c'est pour moi toujours la même chose : on se bat pour ne pas perdre quelque chose mais plus pour gagner quelque chose d'autre. En cela, l'idéologie trop dominante qu'est le capitalisme financier d'aujourd'hui, est aussi rentré dans nos têtes. C'est pour cela que je le nomme le « terrorisme intellectuel » ! c'est cela qui fait, même si nous commençons à voir poindre une prise de conscience, que la plupart du temps, les salariés demandent une augmentation de salaire. De fait, en pensant que seul l'argent peut régler les divers problèmes qu'ils rencontrent, ils soutiennent l’idéologie dominante. Attention, une partie des salariés a vraiment besoin de plus pour vivre ne serait-ce que dignement, mais est-ce le cas pour tous ? Par exemple si on doublait aujourd'hui le salaire de tous les soignants, arriveraient-ils à travailler mieux, à nous soigner mieux ? N'ont-ils pas besoin aujourd'hui surtout de personnel, de matériel, de formation et d'une autre philosophie politique de la santé publique ? L'augmentation individuelle alimente toujours l'idéologie dominante et vient à contre-sens de la socialisation des richesses comme peut l'être par exemple la sécurité sociale : chacun met selon ses moyens et utilise selon ses besoins ! C'est un système de redistribution de richesses collectif qui permet justement de réguler les inégalités ! Ce n'est pas pour rien que l'idéologie dominante veut supprimer ce système, car au delà d'un nouveau marché à ouvrir, c'est surtout une démonstration politique et intergénérationnelle contraire à leur idéologie individualiste. Et en plus cela marche !

On se bat contre la perte de ceci, la fermeture de cela et ce sont certes des combats qu'il faut mener mais où se trouve notre fil conducteur pour un meilleur avenir ? Canguilhem dirait « avant de proposer des solutions, ne serait-il pas temps de définir nos obligations d'être vivant ? ». Ne nous manque t-il pas une nouvelle philosophie de la révolution  pour arrêter de penser aux scories du passé et nous pencher vers un grand futur.  De fait, nous séparerions plus aisément ceux qui veulent vraiment changer le monde de ceux qui ne font que le prétendre par de quelconques ajustements du capitalisme.

Etre révolutionnaire c'est avancer, toujours avancer au regard d'une idée majoritaire et dominante. En fait, dès que l'idée révolutionnaire devient majoritaire, il faut déjà absolument penser et passer à la suivante. Etre révolutionnaire n'est pas un état, ni un coup, c'est une posture permanente pour faire évoluer toute majorité même si c'est la nôtre. Donc, aussi bizarre soit-il, la révolution, les révolutionnaires se trouvent toujours au départ dans les minorités et ils doivent en générer une autre dès que l'idée devient majoritaire. Comme quoi la majorité de tous bords, si elle ne prend pas en compte les minorités, devient vite dirigiste, sclérosante voire dictatoriale. Plus rien ne la fait évoluer et avancer, elle devient alors violente pour être conservée ! Regardez ce qui se passe aujourd'hui...Se cacher derrière une majorité devient finalement anti-démocratique et c'est sûrement anti-révolutionnaire. Donc, l'enjeu de la révolution n'est pas forcément de prendre le pouvoir qui ne peut s'appuyer autrement que sur une majorité, mais bien d'avoir un vrai poids sur celle-ci par une prise de conscience politique la plus large possible. Quand on regarde notre passé électoral c'est plus que clair ; les moments des avancées sociales sont concomitantes avec une réelle opposition à la majorité : en l'occurrence le pourcentage du PCF aux élections ! Attention, il aurait pu avoir y avoir un autre nom, car en fait ce qui est surtout primordial c'est la réalité de l'opposition politique. Quel est le mouvement ou le parti aujourd'hui qui regroupe un vote assez puissant politiquement pour agir sur le pouvoir ? Si tel était le cas, ne pensez-vous que nous n'en serions pas aussi bas aujourd'hui ? La révolution n'est pas un programme mais une philosophie politique, ne serait-il pas temps d'en reconstruire une car celle que nous avons date maintenant d'il y a 100 ans et si le fond n'a pas changé, la forme du capitalisme a beaucoup évolué et il est primordial d'en tenir compte si nous voulons être révolutionnaires.

Et, si nous devenions enfin révolutionnaires... ?



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