La « neutralité » de l'information est son pire ennemi ! A tous.

Notre journal est aujourd'hui assaillit de débats tous plus ou moins compréhensibles. Nous sommes en effet, confronté au changement comme dans n'importe qu'elle organisation qui s’agrandit. Nous devenons un réseau dans lequel les théories de la décision deviennent de plus en plus complexe. Ce changement est pour moi inéluctable mais pas sans solution!

La neutralité entendue comme une forme de liberté de ne produire que des faits et leurs analyses circonstanciées sans donc, les replacer dans un contexte global, est sûrement le pire ennemi de l'information.

En effet, un média « libre » dans ce sens, ne peut prétendre à exister. Une ligne éditoriale construite pour cela ne peut qu'alimenter le n'importe quoi et le n'importe comment. C'est pour moi un paradoxe du style des gens qui se disent écologistes et qui ne sont pas anti-financiarisation. Pourquoi je dis cela...

Un média, quel qu'il soit, n'a finalement aucune liberté éditoriale. En effet, elle peut émaner de son propriétaire, ou dans notre cas d'une équipe, mais elle soumise, que l'on veuille ou non, à l'approbation des contributeurs que nous sommes tous. Si nous partons, plus de média...nous avons donc une sorte de pouvoir collectif sur la ligne éditoriale. Et, c'est là toute la difficulté...Si un média veut vivre dans ces conditions, il lui faut une majorité importante de contributeurs et il est évident que cela peut jouer sur les formes de la ligne éditoriale en la faisant basculer dans un mouvance de « sécurité » de fonctionnement : si nous voulons conserver de nombreux contributeurs, il faut que l'information donnée puisse se retrouver dans un cadre « flou » qui contentera le plus de monde ! Mais que vous pensiez que cela soit grave ou pas...C'est juste inévitable...A terme, il y a toujours quelque chose qui vient impacter, déformer et orienter la ligne éditoriale.

Donc, à ceux qui pensent qu'un média peut être libre...C'est simplement impossible ! Ou, la ligne éditoriale est clairement tracée et donc vous récoltez les contributeurs que vous recherchez, ou, votre ligne éditoriale est tellement ouverte que les contributeurs vont se jeter dessus pour enfin s'exprimer...Mais, ce faisant, ils structurent petit à petit une ligne éditoriale qui devient majoritaire dans la largeur souvent floue d'une majorité que je dirais « molle ».

Donc à ceux qui ont vu ou pensent avoir vu changer Médiapart, vous avez raison mais il ne peut en être autrement. Quelle que soit la décision ou l'idée entreprise, dès qu'elle rentre dans une organisation de plus en plus importante, elle est triturée, malaxée par les articulations des pouvoirs et désirs de celle-ci : elle s'approprie les concepts et tout le monde et personne à la fois devient une forme de décideur à son niveau !

L'enjeu n'est donc pas de nier ou de combattre cet inéluctable changement mais de le faire nôtre. En effet, si tous gens en désaccord partent, d'un coup la ligne éditoriale sera « claire » et nous recommencerons ailleurs en pensant être libres, mais nous obtiendrons le même résultat. Si nous voulons nous adresser à de plus en plus de monde, nous ne pouvons pas faire autrement que d'accepter le miroir de notre société et des organisations qu'elle a engendré. Eh, oui, intellectuellement nous sommes tous dans une approche majoritaire de la démocratie, un refuge sympa finalement car nous y retrouvons beaucoup moins d'ennemis et de contradicteurs (je parle ici de vrais et pas des jeteurs de sorts aux sentences irrévérencieuses).

Finalement, et comme le reste de notre société, nous évoluons dans une courbe de Gauss. Il y a le sommet qui fait moyenne, les pentes qui englobent le flou artistique de cette moyenne et il nous reste 10% de chaque côté. Ces minorités cachées n'arrivent pas à exister ! Et, c'est là, la réelle problématique d'un média qui se voudrait de qualité. On se prive ici, et je parle des individus venant là pour débattre et pas déblatérer, d'idées qui pourraient être le déclencheur de quelque chose, une innovation venant faire évoluer le débat de manière intelligente. Sinon, à terme, le débat va vite se scléroser sur les détails d'approches d'une majorité de fidèles déjà convaincus. Ceci dit, ce n'est qu'un risque pour l'intelligence, le média sera toujours soutenu clairement et fermement par ceux qui s'y retrouvent. Pour moi, c'est le problème principal d'un média qui a une ligne éditoriale basée sur le débat et le développement des nouvelles idées ne manquant pas d'arriver si on prend en compte les minorités.

Après, il faut savoir ce que l'on veut ! Si on veut se glorifier que beaucoup de gens pensent comme nous, il ne faut surtout pas bousculer la ligne éditorial et sa déontologie. Maintenant, si nous voulons que cela change c'est aussi à nous les contributeurs de porter cette qualité qui se retrouve de moins en moins, même si c'est normal, dans notre journal.

Nous avons nous aussi une responsabilisé importante pour savoir accueillir ces minorités. Avec politesse et argument mais sans concession sur le débat et sa forme la plus élémentaire : savoir écouter l'autre !

En fait pour moi, la seule manière de compenser cette majorité molle, c'est de faire pénétrer des informations nouvelles dans un système qui ne peut que se scléroser autrement. Je pense qu'aujourd'hui nous l'avons tous compris, le changement, la révolution d'une idée, et quelle qu'elle soit, arrive toujours des minorités et de leur prise en compte. Refuser cela, et je m'adresse à la rédaction comme à vous tous, c'est uniquement faire de la computation sans tenir compte de l’expérience associée. Quand vous ne faites que calculer à l’intérieur de quelque chose, vous devenez fermé au reste du monde et à donc à l'innovation qu'elle peut vous amener. Regardez notre gouvernement, c'est un bon exemple !

Je ne vous demande pas de changer, c'est toujours une bonne chose de défendre ses idées si on le fait de manière structurée dans un débat où chacun se respecte, je vous demande simplement de ne pas donner le bâton pour nous faire frapper. Si nous recherchons vraiment le débat, il faut aussi que nous le prouvions, les minoritaires comme les majoritaires et la rédaction, enfin, si ce que vous désirez soit un média de qualité bien sûr.

La régulation de notre média ne peut faire autrement que de s’inscrire dans cette approche, sinon, nous deviendrons un journal comme les autres...

PS/ Si nous voulons combattre l'ignorance il faut déjà accepter qu'elle existe et surtout aussi en chacun d'entre-nous! Si ce n'est le cas, comme ceux que nous combattons, nous serons uniquement des censeurs!

L'agitateur de neurones

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