Le "1" nouvel hebdo, curieux et déconcertant

A une époque où la presse écrite continue son déclin, il faut saluer ce nouveau magazine qui se lance courageusement à la recherche des lecteurs égarés sur la Toile ou déçus par l'offre actuelle. Lancée par Eric Fottorino, ancien directeur de la rédaction du Monde, cette  publication tourne autour d'une thématique unique, cette semaine "La France fait-elle encore rêver ?". J'apprécie Eric Fottorino dont je partage la passion irrépressible pour le cyclisme, de surcroit un auteur à l'écriture, discrète, sensible et pénétrante dans ses livres comme  L'homme qui m'aimait tout bas, Questions à mon père, Je pars demain. Tout me poussait donc à me précipiter le 9 avril dans un kiosque pour toucher enfin physiquement ce nouvel objet tant attendu. Ma première réaction, et j'ai beaucoup de peine à  l'écrire, n'est pas bonne. A l'heure où tous les passionnés de presse traditionnelle s'accordent à saluer un des derniers arguments du papier, à savoir sa facilité de lecture , l'équipe du "Un" invente une feuille A4 qui contient 16 pages sans aucun sommaire. Soit. Mais pour accéder au contenu, il faut déplier ce magazine-feuille qui se déploie au final sur une immense page de 82 cm sur 61 cm. On comprend que la cible visée n'est pas l'usager des bus et des métros, ce qu'on peut admettre. Mais qui va lire régulièrement cet objet au format improbable  et à la lecture malaisée?  Sur quel endroit poser cette feuille géante ? Le web qui propose l'ergonomie incomparable de ses liens hypertextes et contenus multimédias, aurait du se voir opposé un nouvel objet papier, campant solidement sur son atout naturel que reste la prise en main intuitive d'une journal ou d'un magazine. Au lieu de cela, le lecteur, pourtant bienveillant, se voit proposer un support improbable qui tient plus du manifeste culturel que d'une initiative propre à ressusciter une presse de qualité aujourd'hui moribonde. Le "mook" XXI , qui s'inscrit à la croisée du livre et du magazine a trouvé sa voie, à l'encontre des cassandres qui lui prédisaient un échec retentissant. Ses ventes régulières montrent au terme de 5 ans qu'il  continue à fidéliser son lectorat. Le "Un"doit, à mon humble avis, changer de forme au risque de déconcerter définitivement ses futurs lecteurs. Je suis bien conscient qu'il s'agit là d'un souhait en contradiction totale avec le projet du "Un" et surtout, avec ses contraintes d'impression mais il serait dommage de jeter le magazine avec l'eau du bain.

Car les articles du premier numéro, signés Le Clézio, Tahar Ben Jelloun , Costa Gavras, Tzetan Todorov et d'autres plumes prestigieuses sont de qualité et exposent parfaitement le thème du rayonnement culturel et intellectuel de la France. Bon début éditorial supposant d'autres articles intéressants qui nous permettent de décoder un monde de plus en plus complexe et mouvementé. Je serais curieux de connaitre les chiffres de vente des premiers mois, verdict implacable des lecteurs.  Peut-être l'avenir contredira t-il mes propos, c'est tout le mal que je souhaite au"UN" mais j'ai quelques doutes.

le"1"

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