Carte de presse: la victimisation médiatique de Pascale Clark et Patrick Cohen

A l'heure où le métier de journaliste est sinistré, sapé par le numérique, Internet et la presse gratuite, la grève médiatique de Pascale Clark pour non-renouvellement de sa carte de presse et le coup de ciseaux, en soutien, de Patrick Cohen sur sa propre carte de presse, résonnent comme une position victimaire et corporatiste. Cohen a témoigné sans risques de sa solidarité puisqu'il s'agissait, à n'en pas douter, de sa carte 2014...

Il faut bien séparer la situation des rédacteurs en chefs des grands médias, les armées mexicaines de certains magazines des vrais problèmes vécus par les journalistes précaires. Qu'en est-il réellement ? La carte de presse permet de bénéficier d'un abattement de 30 % sur les revenus annuels, d'un plafond  abattement de 7650 € sur les revenus annuels. En bref, il s'agit bien d'une niche fiscale conservée par l'Etat pour éviter de se mettre les journalistes à dos. Ceux qui en bénéficient sont surtout des Tous les journalistes en bénéficient, même ceux qui ont des revenus corrects voire confortables. Une anomalie, mais chut, tous unis pour défendre nos avantages.

Les autres (pigistes, précaires) se voient refuser la carte de presse qui n'est attribuée qu'aux salariés! Les journalistes précaires sont souvent payés en facture, en droit d'auteur, au black, toutes formes de rémunérations qui ne sont pas acceptées par la commission d'attribution de la carte de presse. Absurde mais c'est la réalité. Le nombre de carte de presse est en baisse car la profession est sinistrée. Pascale Clark et autres vedettes des médias ne sont pas du tout représentatifs des très grosses difficultés de la profession.  En revanche, il est bien plus préoccupant que les écoles, instituts, sections de jounalisme se multiplient et forment des contingents d'étudiants qui auront du mal à vivre de leur profession. La frontière entre information et communication n'existe plus nettement depuis de nombreuses années, ni dans le contenu des cours et encore moins dans la réalité du travail de journaliste. L'indépendance des écoles de journalisme vis à vis du marché est aussi largement à questionner depuis l'augmentation des partenariats avec les entreprises. A ce sujet, lire ce billet, dans lequel on découvre, entre autres, que Fabrice Davério, directeur du développement du Centre de Fomation des professionnels du journalisme (CFPJ) a commis l'ouvrage "Et si je gagnais plus de thunes!", que son éditeur Eyrolles présente ainsi: "Cet ouvrage passe en revue absolument tous les bons plans pour payer moins et arrondir vos fins de mois !" . De quoi refonder la profession sur des bases saines et éthiques...

Aller plus loin:

La carte de presse, ça sert à quoi ? Article de Télérama

 

 

 

 

 

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