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Billet de blog 22 mars 2018

Comment la Chine devient une dictature numérique

Ce billet est la traduction d'un long papier du Guardian daté du 5 mars 2018 sur la mise en place par la Chine d'un "crédit social". Il s'agit d'une note attribuée par l'Etat à chaque citoyen, basée sur l'activité des chinois sur les réseaux sociaux. Cette notation va entrer en vigueur dès le 1er mai et limitera le crédit, le transport et autres services aux citoyens mal notés.

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Le 1er mai 2018, les autorités chinoises pourront contrôler et interdire l'accès au transports des citoyens selon leur notation par le SCS (Social Credit System). En 2020, le gouvernement veut étendre ce contrôle numérique à l'accès au crédit bancaire et au logement qui seront conditionnés aux notes  du SCS. L'auteur de l'article met en doute l'application effective et complète d'une telle dictature numérique mais le projet même d'un "crédit social", autre face d'un contrôle de la population, préfigure ce que pourrait être une dictature numérique.

Cette mainmise de l'Etat chinois a commencé au mois de mars par le coup d'état institutionnel de Xi Jinping qui s'est déclaré président à vie en modifiant la Constitution.

Article source du Guardian

Traduction de l'article:

Au cours des deux dernières années, une information essentielle sur l'avenir de la Chine a provoqué fascination et horreur. Il s'agit de ce que les autorités de Pékin appellent le «crédit social» et du type de surveillance numérique qui est maintenant à la portée des gouvernements. La rhétorique officielle est poétique. Selon les documents, ce qui est en train de se développer «permettra au citoyen digne de confiance de se déplacer partout sous le ciel tout en rendant difficile pour les discrédités de se déplacer». Alors que la Chine entre dans la nouvelle ère du président Xi Jinping, la pleine application de ce "crédit social" sera mise en place d'ici 2020. Une partie sera appliquée aux entreprises et aux fonctionnaires afin de lutter contre la corruption et de s'attaquer à des problèmes tels qu'une mauvaise hygiène alimentaire. Mais d'autres éléments seront focalisés sur les individus ordinaires, de sorte que les incivilités et actes de mauvaise conduite telles que le non-paiement d'un titre de transport et  la négligence du sort de ses parents entraineront des pénalités, alors qu'un bon citoyen sera gratifié.  Le comportement sur les forums et réseaux sociaux sera surveillé, et les algorithmes seront la clé de tout mais il reste des doutes quant à savoir si un projet aussi ambitieux se réalisera jamais. L'un des objectifs fondamentaux du programme est d'utiliser une grande quantité de données pour créer des notations individuelles, qui décideront de l'accès des personnes ou de leur interdiction à tout, des voyages jusqu'aux emplois. La notion chinoise de crédit - ou xinyong - a une signification culturelle liée aux idées morales d'honnêteté et de confiance. Il y a en Chine jusqu'à 30 projets pilotes locaux de crédit social gérés par les autorités locales, dans des grandes villes comme Shanghai et Hangzhou et dans beaucoup plus petites villes. Pendant ce temps, huit entreprises privées ont testé un système de notation différent, ce qui semble correspondre aux objectifs de contrôle du gouvernement.

Le projet le plus avancé est celui de Sesame Credit, créé par Ant Financial, une émanation du géant chinois du commerce en ligne Alibaba. En bref, il reflète la définition occidentale du crédit, et ressemble à une version des scores de crédit utilisés dans le monde entier, inventée pour permettre aux chinois de consommer plus facilement et de gérer la transition vers le paiement via les smartphones. Mais la portée du projet est plus large. À l'aide d'un algorithme secret, le crédit Sésame attribue en permanence des scores aux personnes, sur une plage de 350 à 950. Ses scores reposent sur des facteurs tels que les «relations interpersonnelles» et les habitudes de consommation. Clairement, être amis avec des gens mal notés n'est pas à conseiller. L'achat de jeux vidéo, par exemple, vous permet de vous démarquer favorablement. La participation est volontaire mais facilement sécurisée, grâce à un éventail d'incitations. Les meilleurs scores débloquent des privilèges tels que la possibilité de louer une voiture sans dépôt et accélère les demandes de visas européennes. Il y a aussi des avantages plus anecdotiques: le service de rencontres en ligne Baihe donne aux personnes ayant de bons scores la préférence sur ses plateformes. La manière exacte dont tout cela va se rapporter à la version du crédit social éventuellement mise en œuvre n'est pas claire: les autorisations qui auraient pu permettre le déploiement des systèmes ont été supprimées l'année dernière. Là encore, Ant Financial a déclaré vouloir «aider à construire un système d'intégrité sociale» - et les pilotes publics et privés existants ont le même objectif de contrôle social et semblent prêts à nourrir les mêmes divisions sociales. Si vous descendez dans la hiérarchie sociale, votre vie sera clairement désagréable. Mais si vous devenez un grand voyageur, les plaisirs du fast-tracking ( suivi numérique de vos activités numériques) vous ouvriront des portes.

Il serait facile de supposer que rien de tout cela ne pourrait se produire ici dans le monde occidental. Mais le 21ème siècle ne va se dérouler comme le précédent. De nos jours, la quantité de rapports et les notations rassemblés par des agences ayant une portée sur nos vies est ahurissante. Ils  sont utilisés pour évaluer les demandes d'emploi, menaçant ainsi  les personnes de problèmes financiers. Avec ce grand déluge de données personnelles provenant de nos vies en ligne, tous les signes de développement de ces méthodes sont là. Il y a trois ans, Facebook a breveté un système de notation de crédit qui prendrait en compte l'historique financier des amis des abonnés. Des innovations opaques connues sous le nom de e-scores, sont utilisées par un nombre croissant d'entreprises pour cibler leur marketing, tandis que des entreprises comme Cambridge Analytica, mis en cause dans la campagne de Donald Trump, traquent les activités en ligne des internautes afin de cibler précisément les messages politiques. La tyrannie des algorithmes est maintenant une partie intégrante de nos vies. Les assureurs pourraient bientôt savoir combien de temps vous passez devant la télé, si vous obéissez aux feux de circulation, et comment votre plomberie fonctionne. Ces systèmes sont tentaculaires, souvent connectés au hasard, et souvent au-delà de la logique. Mais vu sous un autre angle, ils sont aussi les éléments constitutifs potentiels des systèmes globaux de crédit social, en attendant le moment où ils seront croisés entre eux. Ce point de basculement peut se produire, grâce au développement croissant d'Internet. Si nos téléphones et nos cartes de débit laissent déjà une grande quantité de données, l'Internet des objets augmente désormais notre empreinte informationnelle à grande vitesse.  Les données vont changer le monde, et nous devons avoir une bonne gouvernance. À court terme, les plus grandes implications verront le jour dans le domaine de l'assurance où la mise en commun des risques risque d'être supplantée par des modèles axés sur les individus. Déjà, les régimes d'assurance automobile offrent des primes moins élevées si les gens installent des dispositifs de suivi qui surveillent leurs habitudes de conduite; et les compagnies d'assurance santé telles que la firme britannique Vitality proposent des offres basées sur l'accès aux données des trackers de fitness. Dans un avenir proche, comme pour l'assureur Crédit Sésame, les gens vont vraisemblablement souscrire à une assurance basée sur une surveillance accrue et forcée. Ceux qui ne veulent pas dévoiler leur vie privée devront simplement payer plus. Bien sûr, beaucoup de gens seront simplement considérés comme impossibles à assurer car comportant des risques trop élevés. [...]

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