Greta Thunberg et les ressorts de la surmédiatisation

Greta Thunberg est une source essentielle pour la sensibilisation des adolescents au réchauffement climatique qui s’assimilent à elle. A ce titre, la jeune suédoise est indispensable. Mais elle nous interroge sur le rôle des médias et d'une opinion orientés par des symboles qui jouent sur l'émotion, au détriment de la rationalité.

Greta Thunberg a porté plainte le 23 septembre avec 15 autres jeunes au Comité des droits de l'enfant des Nations Unies pour protester contre le manque d'action des gouvernements face à la crise climatique quelques réflexions. Que cette alerte s'ajoute à celle du Giec et des nombreuses associations engagées pour la lutte contre le réchauffement climatique ne pose pas de problèmes. Mais la surmédiatisation de chacune de ses interventions suscite des questions sur les médias et l'opinion. Telle l'enfant "indigo" popularisé par les théories New Age, Thunberg est devenue une ado-oracle, censée nous indiquer la route et sauver le monde. Des éditorialistes comme Laurent Joffrin de Libé, Claude Askolovitch et d'autres rejettent toute critique de Thunberg alors que le camp réactionnaire des Finkielkraut, Bruckner, Ferry,etc. se prononce contre. Or, il faut ici prendre du recul pour analyser les réactions des médias et de l'opinion. Qu'il faille s'en remettre à une enfant pour s'attaquer à un problème aussi essentiel en dit long sur les médias qui simplifient à outrance les messages mais aussi sur une opinion publique qui les écoute et ne réagit qu'aux fortes charges émotionnelles. La présence d'un enfant interpelle profondément la plupart d'entre nous et possède une puissante force d'attraction.

Greta Thunberg au Parlement Européen Greta Thunberg au Parlement Européen

L'opinion réagit en priorité à l'émotion

Rappelons les faits. Alors que des milliers de réfugiés se noyaient en méditerranée depuis au moins trois ans suite à la guerre en Syrie, il a fallu la photo d'Aylan Kurdi, petit Syrien de 3 ans retrouvé mort sur une plage en Turquie en septembre 2015, suite au chavirage de l'embarcation ou se trouvaient ses parents, pour que les médias s'emparent du sujet, déclenchant une onde de choc mondiale, en raison de la forte charge émotionnelle. Comme si l'opinion réagissait  beaucoup moins facilement aux faits pourtant très facilement accessibles sur Internet, à la télévision ou dans la presse écrite. La surmédiatisation des déclarations de Greta Thunberg découle du même mécanisme.

Une jeune fille qui parle aux jeunes

Sexagénaire  blanchi sous le harnais, j'admets avoir un angle mort sur la manière précise dont s'informent les adolescents. Or les forums et réseaux sociaux qu'ils fréquentent, selon les dires de ma fille, regorgent de commentaires et informations sur les déclarations et actions de Greta Thunberg. La jeune adolescente suédoise leur est beaucoup plus proche  que les commentateurs des médias qu'ils ne fréquentent  pas, notamment le rituel journal télévisé de 20h qui a beaucoup perdu de son audience auprès de toutes les catégories d'âge et singulièrement, auprès des jeunes. Si Greta Thunberg est le principal déclencheur pour les sensibiliser aux problèmes d'environnement, alors elle a toute sa place dans la défense d'une cause qui les concerne et les concernera tous.

S'informer sérieusement et agir

Les rapports précis et irréfutables du Giec, de l'ONU, les alertes des nombreuses associations et partes écologistes ne parviennent donc pas à sensibiliser les  foules qui réagissent surtout à l'émotion. La polémique dérisoire des pour ou contre Thunberg a pris momentanément la place d'une véritable réflexion et surtout d'un engagement résolu pour lutter contre le réchauffement climatique. Lire le dernier rapport du GIEC du 25 septembre 2019 qui précise que même le scénario le plus optimiste, limitant le réchauffement climatique à 2 °C d’ici 2100, ne sera pas sans impact sur la vie sur Terre.

Avoir besoin d'une ado-oracle pour prendre conscience du changement climatique ne renvoie pas l'image d'une société lucide et mature.

 

 

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