Transhumanisme et intelligence artificielle: un buzz à dégonfler

Selon les délires transhumanistes, notre civilisation va radicalement se transformer avec la mise en application des recherches en NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives). L'interaction de ces techniques très puissantes préfigurerait l'avènement d'une IA forte (intelligence artificielle) à partir de 2050 selon ses apôtres.

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Poussons à leur terme les prédictions transhumanistes sur la singularité technologique, ce moment où notre civilisation pourrait radicalement se transformer avec la mise en application des recherches en NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, Sciences Cognitives). L'interaction de ces techniques très puissantes préfigurerait, selon les transhumanistes, l'avènement d'une IA (intelligence artificielle) dont personne aujourd'hui ne peut prédire la portée. En supposant qu'elle soit beaucoup plus performante que l'homme d'aujourd'hui, cette IA saurait que nous voulons la contrôler et échapperait donc à toute tentative de limitation de sa puissance. Cela signifierait la fin de l'humanité telle que nous la connaissons. Il faut d'ores et déjà mettre en questions la nouvelle croyance transhumaniste. Ne serait-ce qu'en raison de l'énorme chemin que doivent encore parcourir les technologies et leur applications concrètes, les usages et l'intégration au marché. Sans parler de l'acceptation par les individus. C'est la nature et l'intention de ce projet ardemment soutenu par Google et son évangéliste Ray Kurweill qui posent problème. Il s'agit pour l'heure de prosélytisme, d'évangélisation selon le terme tendance dans le milieu IT ( Information et Technologie) pour acclimater un paradigme qu'il ne faut pas prendre au 1er degré comme le font beaucoup de médias pour faire de l'audience. Cela ne signifie pas que le monde de demain sera le même qu'aujourd'hui, la puissance des NBIC va croitre de manière considérable et personne ne peut prédire l'ampleur du changement.

Quid de ceux qui ne seraient pas des êtres "augmentés"  ?

Quid des pathologies mentales ? Quid de la volonté de domination et de de contrôle de territoire intimement liés à la nature humaine ? Quid du fonctionnement en perpétuel équilibre de nos sociétés face à cet immense défi ? Changements climatiques, guerres, fin des énergies renouvelables, inégalités croissantes, maladies voire mortalité, etc. : tout serait soluble dans la technologie et la science. Les notions actuelles de morale et d'éthique seraient jetées aux orties. Alors qu'on assiste au Moyen-Orient à la résurgence violente de thèmes religieux coraniques vieux de 14 siècles, verrait t-on  alors une rupture fondamentale entre plusieurs humanités ? Le transhumanisme est une nouvelle croyance qui fait de la technologie la baguette magique capable de tout résoudre en faisant l'économie de toute réflexion sur la nature profonde de l'homme. Une solution universelle à laquelle nous devrions nous conformer sans discussions au risque de paraître fossilisés dans notre vieille humanité. Jacques Ellul et aujourd'hui Evgueni Morozov  évoquent le risque que fait peser la nouvelle croyance sur les pouvoirs illimités de la technologie censée tout résoudre. Selon Ellul « ce n’est pas la Technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la Technique ».  Les transhumanistes me paraissent répondre à cette définition.  Je pose que l'homme a crée dieu et ses dérives liturgiques pour tenter d'accepter la mort, la maladie et les souffrances liées à la condition humaine.  Troquer une croyance ancestrale divine contre une foi inébranlable dans la technologie fait partie du même processus. Dans les deux cas, il faut abandonner son libre arbitre et suivre sans recul, ni mise en questions. Pour l'heure, les prophéties des transhumanistes restent un beau récit, un storytelling comme les aiment les médias. Dans le livre Sapiens ( voir en annexe) Yuval Noah Harari écrit: "On pourrait donc imaginer une petite élite de « superhumains » milliardaires, bénéficiant de très longues vies et de capacités augmentées, et un fossé plus abyssal que jamais entre ces derniers et la masse de pauvres sans emploi et « inutiles »..." .

Mise à jour de septembre 2017:

Peut être que la prédiction de Y.N Harari "[Dans 200 ans ...] nous serons aussi différents des humains d’aujourd’hui que les chimpanzés le sont maintenant de nous"  se réalisera. Si tel est le cas, les notions de travail, rapports entre individus et groupes, morale, éthique, Etats-nations, etc.  seront alors volatilisées. Une chose semble sûre, il y aura dans les siècles à venir une évolution considerable de la technique, meme avec des catastrophes naturelles, comme un emballement climatique incontrôlable.  Plongés dans ce monde radicalement nouveau, nous ne le comprendrions pas. A l'inverse, l'atroce bilan des 2 grandes guerres mondiales du XX ème siècle qui ont fait des dizaines de millions de morts et autant de blessés apparaitra comme une barbarie innommable. Si la notion de morale reste la même qu'aujourd'hui.

Autres sources intéressantes:

> Lire cette critique d'Henry Farrell dans la revue américaine Democracy sur les penseurs du numérique, liés matériellement aux monopoles des GAFA et autres monopoles, qu'ils sont censés questionner de manière sérieuse et indépendante.

> L'article de Michel de Pracontal sur Médiapart sur Raymond Kurweill, un des responsables de propective chez Google, référence majeure du transhumanisme.

 > Le livre "Sapiens . Une brève histoire de l'humanité" de Yuval Noah Harari

 

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