Le service national plébiscité: un mauvais réflexe sécuritaire

Les sondages sont toujours à prendre avec des pincettes mais ils indiquent une tendance. Alors que 60% des français regrettaient le service militaire, le sondage IFOP de ce dimanche, indique que 80% des français interrogés seraient aujourd'hui favorables à la création d'un nouveau service national. On imagine la tête de Wolinski, Charb, Cabu et des autres victimes des frères Kouachi s'ils avaient appris que leur assassinat contribue à plébisciter l'institution militaire comme vecteur d'intégration républicaine. Comme si les jeunes issus de la 2ème et 3 ème génération de l'immigation n'étaient pas vraiment français malgré leur carte d'identité et avaient besoion d'un piqure de rappel citoyenne. Comme si au 21 siècle, l'armée était le seul outil de cohésion nationale voire une solution adaptée aux énormes enjeux qui attendent la France et l'Europe. Il s'agit de la montée inexorable des inégalités, de la spéculation financière, de la prédominance d'un économisme libéral qui fait fi de l'intérêt général et privilégie les classes déja favorisées, de la lutte contre le changement climatique et du développement des énergies renouvelables. Surtout, les problèmes complexes de l'intégration de la population musulmane, supposent une toute autre approche que le fameux et discutable creuset républicain, termes que l'on accolait jadis au service national. Le fait que l'adhésion massive à un nouveau service national provienne à 90% des personnes de 65 ans et plus, montre bien qu'il s'agit d'une solution de repli, d'un retour dépassé à une époque révolue. Sans surprise l'UMP et le FN sont favorables à 90% au retour du service national, ce qui correspond à la vision sécuritaire et nationaliste de ces 2 partis. Notez cependant que le PS et le Front de gauche y sont favorables à 70% , un chiffre qui n'augure rien de bon sur la compréhension par la gauche de la nature des problèmes auxquels doit impérativement faire face la France.

Il faudrait savoir dans quelle mesure, l'appel à l'institution militaire est induit par une logique guerrière, en réponse aux attentats teroristes de janvier et qui vont sans doute se poursuivre sur le sol français. La peur n'est jamais bonne conseillère et l'idée de repli nationaliste que suggère les résultats de ce sondage n'est pas une réplique consciente, raisonnée et efficace aux défis pressants qui attendent la France. La situation budgétaire de l'armée française et les énormes problèmes pratiques que necessiterait le retour au service national ne permet pas le recours à cette solution illusoire. Mais cette photographie de l'opinion ne préjuge aucun cas d'une réaction salutaire après les attentats de janvier. Elle signe au contraire, une réduction de l'esprit républicain aux forces militaires sans aborder des réflexions novatrices et fécondes sur le vivre ensemble. Après la manifestation géante du 11 janvier pour Charlie, l'approche de l'identité républicaine est à revoir et à interroger sérieusement.

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