Coronavirus, fake news et complotisme

La pandémie mondiale s'accompagne de rumeurs anxiogènes. Très difficiles à réfuter, car elles émargent plus au registre de la croyance qu'à celui de la raison. La parole officielle, Inserm, Gouvernement, Ministères est décrédibilisée auprès de personnes qui publient sans vérifier auprès des personnes crédules.

Information fausse diffusée sur les réseaux sociaux sur la persistance du Covid-19 sur l'asphalte Information fausse diffusée sur les réseaux sociaux sur la persistance du Covid-19 sur l'asphalte

Une fake news sur la transmission du Coronavirus par le sol

Le virus reste sur l'asphalte pendant 9 jours comme le dit ce message présent sur un réseau social, les chinois et les italiens nous ont prévenus. Le professeur Joyeux, cancérologue, préconise de boire chaud tous les quart d'heure pour lutter contre le Coronavirus. Le virus flotte dans l'air même si personne n'éternue. Versant dans le complotisme, cette autre révélation décoiffante nous annonce que SARS-CoV2 aurait été fabriqué dans le laboratoire P4 de Wuhan, des brevets auraient déjà été déposés par des laboratoires pharmaceutiques pour profiter de la vente d’un vaccin lui aussi prévu à l’avance mais qui ne serait rendu accessible qu’une fois atteints les millions de morts permettant à son prix de s’envoler.

Pour un diffuseur de fake news, toute réfutation officielle est forcément manipulatrice et fausse. Inutile par conséquent de démontrer qu'aucune étude sérieuse, aucun fait ne corroborent ce tissu d'informations anxiogènes pendant cette crise sanitaire.

Les sources sérieuses suscitent la méfiance

Comme les thèses délirantes sur l'attentat du 11 septembre 2001 sur les tours jumelles de New-York qui accusaient les israëliens, le Coronavirus a suscité une vague de racisme anti-asiatique.

Sur le site de l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) sont publiées d'importantes précisions sur le Covid-19  mais elles ne sont pas lues, manifestement, par le grand public. 

  •  On sait que les objets (comme les lettres et les cartons) qui transitent sur de longues distances ne permettent pas au virus de survivre pendant le laps de temps qu’ils mettent à atteindre leur destinataire.
  • Le virus se transmet essentiellement de façon aérienne, via les aérosols ou les gouttelettes de salive projetées en toussant ou en éternuant.

France Culture et France Info diffusent depuis février le programme hebdomadaire Coronavirus, épidémie de fake news ? destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues. Certes, l'interview sur un ton rassurant de Anne-Claude Crémieux, professeure de maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Louis à Paris le 11 février, peut sembler ne pas prendre alors toute la mesure du danger du Coronavirus pour la France. Il s'agissait à cette date d'une épidémie qui ne concernait officiellement que la seule Chine, alors qu'elle s'était déjà répandue dans le monde. Le bilan au 26 mars, contredit cette tranquille assurance.

Alexandre Bleibtreu, médecin infectiologue au service de maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière, infirme l'hypothèse d'une transmission du Covid-19 par l'asphalte: «Il ne faut pas tout désinfecter chez soi à l’eau de javel ; il faut respecter les mesures barrières qui sont répétées depuis des semaines, se laver les mains, etc. Mais désinfecter 5 fois par jour ses clés ou les semelles de ses chaussures n’a pas de sens.».

En revanche, sur le fait que des territoires comme Hong-Kong, Singapour ou des pays comme la Corée du sud ont réussi à combattre le Coronavirus bien plus efficacement que la France et sans confinement total, la réponse vient " des stratégies de tests à large échelle et de confinement extrêmement strict des patients infectés ainsi que du traçage des déplacements et des contacts.». Ces zones du sud-est asiatique ont connu l'épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003, un virus dont la létalité globale est de 15 % et peut dépasser 50 % chez les personnes de plus de 65 ans. Prévenus de ce danger, ces territoires ont pratiqué des tests ciblés dans les zones à risques sans confiner toute la population. L'humilité reste de mise pour le gouvernement français et son système de santé publique dépassés par une pandémie qui aurait pu être mieux contenue par la prise en compte des risques et des solutions déjà mise en place par les pays asiatiques. Il s'agit d'un comportement habituel, l'homme et les sociétés ne réagissent qu'en dernier lieu à un grave danger et face au fait accompli.

 

(Mise à jour du 29 mars 2020  Le complotisme autour des solutions du Professeur Raoult

"Un virus qui touche plus durement les personnes âgées ? C’est un complot du gouvernement pour régler les problèmes des retraites. Le confinement ? Un prétexte pour un coup d’Etat militaire, alors que la contestation sociale battait son plein. L’absence de vaccins, de traitement, de masques ? Un complot, là encore, ourdi au choix par l’Union européenne (UE), la Chine, le gouvernement, telle ou telle entreprise."

Dans l'article du Monde d'où est issu cet extrait , le déchaînement de la sphère complotiste suite aux déclarations médiatisées de Didier Raoult sur l'efficacité de la chloroquine, un médicament antipaludéen, associée à un antibiotique. Un traitement qui doit être évalué à grande échelle avec un groupe témoin pour être validé et mis sur le marché. Didier Raoult est un infectiologue de renom, qui cultive sa présence médiatique depuis plus de 20 ans, avec une habileté rare dans le monde scientifique. Le chercheur est devenu expert en communication comme l'explique Arrêt sur Images.

Ce complotisme est essentiellement issu de la sphère d'extrême droite, dont l'ex-avocat et député du RN Gilbert Collard.

 

 

 

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