Réveil tardif de Hulot: gouverner c'est satisfaire l'électeur-client

Ainsi va la démocratie. Amendements clés en mains, "conseils" au chef de l'Etat, harcèlement permanent des élus et décideurs, fortes pressions lors des élections. La "démocratie" procure pouvoir et subsides à la classe politique locale, nationale, européenne en échange de la satisfaction des intérêts des lobbies de tout poil. Les exceptions qui supposent vision politique et probité sont rares.

Glyphosate, chasse, changement climatique, niches fiscales, etc. rien n'échappe à la pression des lobbies. Censés "êtres utiles à la qualité de la prise de décision" selon la vulgate macronienne, ces groupes de pression exercent une pression puissante et constante sur les politiques et élus. La récente décision en faveur du lobby des chasseurs lui a permis d'engranger un permis national de chasse à 200 euros au lieu de 400 euros, une "gestion adaptative " des espèces chassables, ainsi que la création d'une nouvelle "police de la ruralité".

Avec cet exemple très concret, on mesure le poids des groupes de pression organisés, puissants et très actifs. Selon cet article du Monde, Thierry Coste, patron du lobby des chasseurs qui représente selon lui 1,2 millions, pense que le chef de l’Etat « séduirait une chaise » et qu'il a « une qualité rare »  « C’est quelqu’un avec qui on peut dealer et qui sait trancher, sans faire de sentiment…". Tout est dit. Très cyniquement, Macron "deale" avec les lobbies et produit ensuite des récits calibrés pour les médias en transfigurant la réalité grâce à une maitrise consommée du verbe et un sens aigu de la communication qui est l'autre nom pour qualifier l'enfumage médiatique. Exemple emblématique, Audrey Bourolleau, conseillère d'Emmanuel Macron qui pilote les programmes de prévention contre l’abus d’alcool, n'était autre que l'ancienne lobbyiste en chef du secteur viticole. Une enquête plus précise établirait sans aucun doute qu'aucun secteur de la société n'est épargné mais l'ampleur de l'emprise des lobbies est inédite avec la mandature Macron.

Une parodie de démocratie pour les européennes de 2019

 Il n'est pas bienséant de critiquer la démocratie dans un pays occidental et la plupart des commentateurs et citoyens rappellent les abus de pouvoir de Poutine, Erdogan, de la Chine, du Vénézuela et d'une multitude d'Etats sur toute la planète qui ne demandent jamais leur avis au peuple qu'ils sont censés représenter. Comme s'il suffisait de se contenter des consultations électorales périodiques, des CDD de présidents qui n'appliquent jamais leur programme, pour affirmer que le niveau de la démocratie, la prise en compte de l'intérêt général, santé, travail est suffisante. Comme si le niveau d'information des citoyens anesthésiés du matin au soir par la publicité et une information superficielle pré-formatée était satisfaisante.

En mai 2019, 79 députés vont être choisis pour représenter la France au Parlement européen. Il est quasiment certain qu'aucun des enjeux de l'Europe ne seront évoqués sérieusement. Optimisation fiscale massive, poids des lobbies, rôle de l'Euro, problématiques sociales, santé publique, réchauffement climatique global, armée européenne commune, etc. Autant de problèmes lourds qui devraient être traités au niveau européen et qui seront escamoté au profit de luttes de pouvoirs franco-françaises, à gauche comme à droite, sur fond de slogans populistes sur la sécurité, le terrorisme et l'immigration.

Il ne suffit pas d'ânonner comme une incantation que nous vivons en démocratie au motif que nous mettons régulièrement un bulletin de vote dans une urne. Force est de constater que le pouvoir n'est qu'une représentation esquissée de l'intérêt général et que seuls les lobbies et groupes de pressions puissants ont un poids sur les décisions. Le règne de l'électeur-client en quelque sorte.

 

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