Les 23 mesurettes d'Edouard Philippe pour la Seine Saint Denis

La visite du Premier Ministre en Seine Saint Denis et l’annonce d’une plan de 23 mesures est importante mais révèle une politique de tâtonnement et de saupoudrage dont on ne peut se satisfaire. Elle enseigne cependant quelque chose d’important sur la méthode de ce gouvernement et sur ce que peut produire la mobilisation des élus de banlieue.

La visite du Premier Ministre en Seine Saint Denis et l’annonce d’une plan de 23 mesures est importante mais révèle une politique de tâtonnement et de saupoudrage dont on ne peut se satisfaire. Elle enseigne cependant quelque chose d’important sur la méthode de ce gouvernement et sur ce que peut produire la mobilisation des élus de banlieue.

Bien entendu, certaines mesures sont les bienvenues notamment pour ce qui du pré-recrutement de 500 enseignants, du financement de leurs bourses, de nouveaux effectifs de policiers ou des personnels du ministères de la justice (greffiers, magistrats), ou encore la création de quartier de reconquête républicaine à Saint Ouen. Cependant ces efforts cachent mal une politique largement cosmétique. Les 20 millions d’euros de dotation aux investissements d’euros sur 10 ans pour toute la Seine Saint Denis (dans le but de permettre le dédoublement effectif des classes !) est une mauvaise plaisanterie et ne saurait compenser la baisse des dotations et les coupes brutales dans les crédits liés à la cohésion des territoires depuis le début de cette mandature.

En pratique, le Premier Ministre essaye de rustiner à quelques mois des municipales des décennies d’abandon mais aussi de réparer les dommages de la politique de son propre gouvernement: notamment la baisse massive des emplois aidés qui constituaient la colonne vertébrale de la vie associative et parapublique en Seine Saint Denis, la baisse des dotations et des crédits du Ministère de la Ville en 2017 et enfin l’abandon en rase campagne du Plan Borloo en 2018 qui même s’il était imparfait à plein d’égards aurait pu constituer le cadre d’un engagement fort en faveur des banlieues. 

Enfin, force est de constater que le Conseil Présidentiel des Villes annoncé en grande fanfare par le Président de la République comme l’endroit où la politique de la ville de demain s’élaborerait n’a été qu’une opération de communication auquel le Président n’a participé qu’une seule fois et dont les propositions ont été systématiquement écartées. C’est une des raisons pour lesquelles ses membres fondateurs le quittent (Yacine Bellatar, Mohamed Mechmache…) et laissent ce gouvernement face à ses propres contradictions pour ce qui est de sa politique en faveur des quartiers défavorisés.

S’il faut sans doute saluer la trop rare visite d’un Premier Ministre en Seine Saint Denis, ceux qu’il faut remercier, ce sont d’une part les députés Cornut-Gentille et Kokouendo qui dans leur rapport on établit la rupture d’égalité manifeste contre les citoyens de Seine Saint Denis et les élus locaux courageux qui sur cette base ont attaqué l’État en justice pour obtenir gain de cause. Il est regrettable que le Maire de Saint Ouen se soit tenu à l’écart de ces actions, car l’Égalité ne se conquiert que dans le combat, dans la rue, dans les urnes et dans les Cours de Justice de la République. 

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