shahin
Economiste, specialiste des questions europeennes, subaltern studies et politique.
Abonné·e de Mediapart

14 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 août 2021

Primaire des écologistes: pourquoi Sandrine Rousseau

La primaire des écologistes doit être l’occasion de débattre des orientations et priorités écologistes et de nous rassembler autour d’une candidature capable de tendre la main à toute la gauche. C’est la condition nécessaire à notre présence au second tour et une étape incontournable pour construire une alliance de gouvernement. Sandrine Rousseau me semble être la meilleure candidate.

shahin
Economiste, specialiste des questions europeennes, subaltern studies et politique.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je suis membre des Verts depuis 2004. J’ai fait partie de l’équipe de campagne d’Eva Joly lors de l’élection présidentielle de 2012 et pris part de manière active aux campagnes européennes de 2009 et 2014. Je n’ai que peu pris part aux instances du parti et aux débats internes, qui étaient pendant longtemps l’occasion d’exprimer des divergences politiques profondes et de clarifier des désaccords d’orientation mais sont aujourd’hui devenus des batailles d’écuries sans convictions, ni projets. C’est une des faiblesses chroniques de l’écologie politique en France qui explique, en partie, les résultats médiocres des candidatures écologistes aux élections récentes.

S’il existe en effet une doctrine écologiste commune en Europe qui devrait permettre une possible vague verte, force est de constater que l’atonie du débat interne et l’incapacité d’EELV de produire une problématisation du monde sociale finit par coûter cher à notre mouvement. Encore trop perçu comme non seulement moins en lien avec les combats et mouvements citoyens mais pas non plus outillé comme un véritable parti de gouvernement (comme les Verts Belges ou Autrichiens par exemple). En somme, le pire des deux mondes : ni la revendication radicale de la société civile, ni l’expérience politique et l’expertise technocratique du pouvoir. Ces lacunes, précisément au moment où la conscience écologique s’éveille partout et nous ouvre une plus grande audience et une plus grande légitimité, révèlent un échec collectif profond auquel il est urgent de répondre sans quoi EELV connaitra la même déchéance que les grands partis politiques historiques.

La primaire des écologistes qui s’annonce est à la fois l’occasion de désigner un ou une candidate mais aussi de tourner une page. Cette primaire doit en effet être l’occasion de débattre sereinement afin de nous rassembler autour d’une candidature capable de porter un projet politique novateur, de rassembler les écologistes mais aussi de tendre la main à toute la gauche. C’est la condition nécessaire à notre présence au second tour et une étape incontournable pour construire une alliance de gouvernement avec toutes les forces politiques avec lesquelles nous devrons gouverner.

candidats a la primaire © JDD

Si la participation à cette primaire s’annonce faible (moins de 15,000 inscrits à ce jour), les candidatures sont heureusement suffisamment diverses et nombreuses pour permettre un véritable débat d’orientation politique. Pour ma part, je voterai pour Sandrine Rousseau. Je la pense non seulement capable de rassembler les écologistes et plus largement la gauche, mais surtout parce que je la trouve claire sur les quatre crises fondamentales auxquelles une candidature écologiste doit absolument répondre en 2022 : 

La crise écologique mondiale. La France semble toujours traumatisée par les gilets jaunes, et la précédente fronde des bonnets rouges. Elle apparaît incapable de remettre le sujet de la fiscalisation écologique et d’une transition sociétale radicale sur la table. C’est une erreur à laquelle Sandrine Rousseau répond en intégrant la question sociale à la question climatique et en proposant des mesures d'accompagnement en faveur des catégories sociales les plus fragiles afin de sortir l’écologie politique d’une écologie bourgeoise. En somme, elle a conscience qu’il ne peut y avoir de transition écologique sans redistribution et accompagnement plus forts. Enfin, en tant qu’économiste du climat, elle sait bien que les progrès français et françaises ne seront de toute façon qu’une goutte d’eau dans l’océan de la transition et que l’enjeu fondamental est de mettre sur pied une diplomatie climatique offensive et collaborative. Nous ne sauverons pas la planète sans accord européen et sans pression sur la Chine, l’Inde et les États-Unis. Ceci implique non seulement des outils (la révision des accords commerciaux, la taxation carbone aux frontières) et une capacité de coopération internationale et européenne forte.

La crise démocratique de l’UE en général et de la France en particulier surdétermine notre capacité à agir. Si beaucoup s’accordent à dire que nous avons besoin d’un aggiornamento démocratique, peu savent en décrire les contours et peu ont conscience de la centralité du combat européen dans cette démarche. Sandrine Rousseau engagerait une triple refonte :

    • Au niveau européen, en sortant la politique européenne de son caractère exclusivement franco-allemand et exclusivement présidentiel tout en menant une véritable politique européenne transnationale. Cette avancée ne pourra se faire sans concession de la part de la France, mais pas non plus sans bras de fer, à distinguer cependant d’un illusoire « plan B ».
    • Au niveau national, en proposant un nouvel équilibre des pouvoir et un mode d’adoption qui respectera les principes de réforme que prévoit notre constitution (referendum ou majorité des 3/5 du parlement) et nécessitera donc un dialogue avec toutes les forces politiques, y compris de droite, pour aboutir à un nouveau consensus institutionnel.
    • Au niveau régional, en introduisant une réforme profonde qui décentralisera/déconcentrera fortement les pouvoirs de manière à renforcer les pouvoirs juridiques et financiers des régions et sortir de la verticalité et de l’absolutisme de l’exercice du pouvoir

La crise économique et sociale appelle des réponses fortes qu’aucun autre candidat ne semble aujourd’hui prêt à évoquer :

  • Un régime fiscal qui doit être plus distributif et s’appuyer davantage sur les stocks de capital, source première de perpétuation des inégalités.
  • Une politique budgétaire qui doit davantage investir dans la transformation écologique ce qui implique de militer au niveau européen pour des révisions profondes complète.
  • Des politiques sociales qui doivent mettre l’inclusion et l’autonomie au cœur des politiques sociales, notamment dans l’éducation, l’enseignement et la recherche et doivent donner davantage d’espace à l’économie sociale et solidaire comme véritable troisième pilier d’une économie partagée entre le secteur marchand et concurrentiel, le secteur public renforcé dans ses missions fondamentales (santé, éducation).

La crise identitaire qui tourmente la France et divise la gauche. Une crise qui confond défense de la Laïcité et lutte contre l’Islam, oppose universalisme abstrait et multiculturalisme. Si ces débats identitaires sont certainement alimentés par le malaise économique et social, il est illusoire de croire qu’on puisse soit les ignorer, soit les régler uniquement par de meilleures politiques économiques et sociales. Du fait de son engagement écoféministe, Sandrine Rousseau reconnaît que les discriminations et l’héritage lourd du genre, de la colonisation et de l’esclavage laissent une marque profonde sur notre identité collective. Elle propose un nouveau discours identitaire qui met fin à l’opposition stérile entre universalisme français et multiculturalisme, en s’appuyant sur la créolisation et les identités composées pour reconnaître à chacun des identités multiples. Cette approche vise à décrisper le discours identitaire agité par tous et à réaffirmer les apports passés et futurs de tous et de chacun à la fabrique de la société française et de la République.

 Il n’y a cependant pas dans mon soutien de volonté de nier l’apport ou la légitimité des autres candidats à la primaire. J’ai d’ailleurs suivi et prêté attention à leurs différentes positions.

 Delphine Batho est une femme politique expérimentée et a été une ministre de l’Écologie combative. Elle a pleinement conscience des choix économiques qu’impose la transition écologique. Je ne partage cependant pas sa vision de la laïcité de combat et sa lecture de l’universalisme républicain. 

 Yannick Jadot a été et demeure un député européen de premier plan, engagé sur les questions de commerce international. Je considère pourtant que dans une tentative de rassemblement et d’ouverture, il a perdu la radicalité et la nécessité de rupture qui doivent rester au cœur du projet écologiste.

 Eric Piolle est un Maire compétent d’une ville importante et a prouvé sa capacité à construire des alliances au-delà du cercle écologiste pour gouverner mais je ne retrouve pas dans son projet, la clarté et le courage sur les sujets qui divisent et qui me semble nécessaires.

 Enfin, je sais que si Sandrine Rousseau gagne cette primaire, elle tendra la main à chacun des autres candidats et candidates pour constituer une équipe de campagne capable de rassembler plus largement. Elle s’engagera dans la primaire populaire afin de se doter d’une légitimité plus grande et de soutiens plus larges. Elle  portera ainsi la parole écologiste au plus haut pendant cette campagne présidentielle et rénovera profondément le discours et les pratiques écologistes qui reste trop peu audible malgré l’urgence.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions
En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.
par Ellen Salvi
Journal
Guerre en Ukraine : le grand bond en arrière climatique
Et si le climat était une victime de la guerre en Ukraine ? Face au risque de pénurie énergétique provoquée par le conflit, les pays européens préparent un recours accru au charbon et au gaz fossile. Une marche arrière alarmante, à l’heure de l’urgence climatique, qui met en lumière notre terrible retard en matière de transition écologique.
par Mickaël Correia
Journal
Viktor Orbán est-il de plus en plus isolé en Europe ?
Embargo sur le pétrole russe, État de droit, guerre en Ukraine... Sur plusieurs dossiers, le premier ministre hongrois, à l’aube de son quatrième mandat consécutif, diverge de la majorité des Vingt-Sept. Débat avec une eurodéputée et un historien spécialiste de la région.
par Amélie Poinssot
Journal — Histoire
Le docteur est-il encore en vie ?
Le 4 mars 1957, le docteur Slimane Asselah est enlevé dans son cabinet médical, au milieu de la casbah d’Alger, par les forces de l’ordre françaises. Mort ou vif, sa famille ne l’a jamais revu. Deuxième volet de notre série.
par Malika Rahal et Fabrice Riceputi

La sélection du Club

Billet de blog
Chasse au gaspi ou chasse à l'hypocrisie ?
Pour faire face au risque de pénurie énergétique cet hiver, une tribune de trois grands patrons de l'énergie nous appelle à réduire notre consommation. Que cache le retour de cette chasse au gaspillage, une prise de conscience salutaire de notre surconsommation ou une nouvelle hypocrisie visant préserver le système en place ?
par Helloat Sylvain
Billet de blog
Aucune retenue : l'accaparement de l'eau pour le « tout-ski »
J'ai dû franchir 6 barrages de police et subir trois fouilles de ma bagnole pour vous ramener cette scandaleuse histoire de privatisation de l'eau et d'artificialisation de la montagne pour le « tout-ski » en Haute Savoie.
par Partager c'est Sympa
Billet de blog
Les dirigeants du G7 en décalage avec l’urgence climatique
Le changement climatique s’intensifie et s’accélère mais la volonté des dirigeants mondiaux à apporter une réponse à la hauteur des enjeux semble limitée. Dernier exemple en date : le sommet des dirigeants du G7, qui constitue à bien des égards une occasion ratée d’avancer sur les objectifs climatiques.
par Réseau Action Climat
Billet de blog
Sale « Tour de France »
On aime le Tour de France, ses 11 millions de spectateurs in situ (en 2019) et on salue aussi le courage de Grégory Doucet stigmatisant le caractère polluant de l’événement. Une tache qui s’ajoute à celle du dopage quand le Tour démarre ce 1er juillet à Copenhague, où l’ancien vainqueur 1996 rappelle la triche à peine masquée. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement