Des pistes pour l'emploi et l'insertion par l'économie sociale et solidaire

Alors que l’économie sociale et solidaire offre des possibilités d'emplois et d'insertion, elle est souvent délaissée par les municipalités alors qu'elle constitue un levier d'action essentiel.

La baisse du taux du chômage à 8.7% pour la France métropolitaine cache mal une précarisation grandissante des populations les moins favorisées par la multiplication des contrats très courts (souvent de moins d’un mois) et l’ubérisation/atomisation croissante du marché du travail, permise notamment par l’extension de l’auto-entreprenariat. A cela s’ajoute une décision désastreuse du Président Macron en début de mandat de réduire brutalement le nombre d’emplois aidés (-140 000), pourtant essentiels au fonctionnement du milieu associatif et parapublic (et sur laquelle il a dû revenir en 2019). A Saint Ouen, ce phénomène de précarisation est renforcé du fait des discriminations subies par les populations d’origine immigrée et d’un niveau d’éducation moyen plus faible que la moyenne nationale, qui expliquent qu’aujourd’hui, le taux de chômage ici est de 19% pour les 15-65 ans et 30.6% des jeunes de 15-25 ans.

 

Face à ça et à 30 ans de politiques de l’emploi en échec, les leviers locaux sont souvent modestes et il faut donc faire preuve de créativité. Les réponses municipales de droite et de gauche ont souvent été les mêmes : (i) encourager l’établissement de sièges sociaux de grandes entreprises à grand coup d’opérations immobilières et d’incitations fiscales qui ne créent en réalité presque aucun emplois directs locaux et peu d’emplois indirects (livraison, restauration); (ii) la multiplication des emplois municipaux souvent octroyés par copinage et clientélisme.

 

Il existe aujourd’hui au moins trois leviers majeurs qui permettraient de développer l’insertion et l’emploi local durable et dont la nouvelle municipalité devra s’emparer :

 

  1. Les Atelier et Chantiers d’Insertion qui sont portés par des structures d’économie sociale et solidaire et permettent d’embaucher pour une durée maximale de 24 mois des individus plutôt éloignés de l’emploi et de leurs offrir formation et accompagnement social (avec des subventions de l’ordre de 20 000 euros par an et par poste à temps plein). Ces structures associatives permettent de développer de nombreuses activités et d’inventer de nouveaux métiers. HALAGE, sur l’Ile Saint Denis, embauche par exemple près de 120 personnes (dont des Audoniens) dans des métiers comme les espaces verts l’horticulture, l’agriculture urbaine, la collecte et le compostage de déchets organiques, la revalorisation et la dépollution de sols. Les résultats sont là : 70% des individus qui passent par ces structures s’insèrent ensuite durablement sur le marché du travail. Saint Ouen, qui a presque 8 fois plus d’habitants que l’Ile Saint Denis, ne dispose d’aucune structure de ce type. Nous pourrions dans un premier temps collaborer avec les équipes d’HALAGE, apprendre de leur expérience, développer leurs activités à Saint Ouen avant de créer notre propre Chantier d’Insertion dans le cours de la prochaine mandature.
  2. Les régies de quartier, créés dès le début des années 90, sont un deuxième dispositif qui permettent d’embaucher des personnes avec des contrats allant jusqu'à 35h par semaine pour une durée de 24 mois (60 mois pour les personnes handicapées ou ayant plus de 50 ans). On en compte près de 150 en France et désormais une à Aubervilliers, Stains, Pierrefitte, Villetaneuse et Saint Denis (d’ailleurs dirigée par un ancien Audonien). A Saint Denis, la régie de quartier créée en 2014 fait travailler plusieurs dizaines de personnes dans des missions aussi diverses que l’aide au déménagement, les travaux domestiques, et la collecte de tous les déchets recyclables dans le marché de la ville, collectant ainsi près de 2 tonnes de cartons chaque dimanche. Là encore, pour des raisons mystérieuses, Saint Ouen n’a pas emboité le pas alors que les structures d’économie sociale et solidaires emploient près de 8 000 personnes dans Plaine Commune.
  3. Enfin, ces deux dispositifs ne fonctionneront que si la municipalité et l’intercommunalité s’engagent plus fortement dans la délégation de missions de services publics à ces structures d’insertion par une nouvelle politique d’achat public et de délégation notamment pour ce qui est de la petite enfance, des cantines scolaires, du transport, de la logistique, du tri et de la collecte de déchets... Il est tout à fait possible par exemple de fixer une part conséquente (disons 25%) de la commande publique aux structures d’insertion de l’économie sociale et solidaire (comme le suggère le plan national d’action pour les achats publics). Par ailleurs, il existe de nombreux fonds européens disponibles pour ces missions, pourvu que l’équipe municipale s’attache à les solliciter, ce qui n’a jamais été le cas jusqu’alors.

 

Outre les financements, les structures, et une équipe municipale mobilisée des entrepreneurs associatifs dynamiques sont indispensables pour inventer les métiers de proximité, de transition écologique et d’assistance sociale de demain. Notre grande chance est qu’à Saint Ouen, ces énergies sont nombreuses et ne demandent qu’un peu de soutien pour éclore.

 

 

 

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