sherkan
Mathématiques appliquées
Abonné·e de Mediapart

19 Billets

2 Éditions

Billet de blog 6 déc. 2020

La bataille des courbes

Ou suspicion, suspicion, quand tu nous tiens… Puisque se poser des questions n’est pas (encore) interdit en France, adonnons-nous à cet exercice salutaire. Par exemple, que penser de la courbe des nouveaux cas de covid en France ?

sherkan
Mathématiques appliquées
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis le début de ce printemps, je suis l’évolution de la pandémie dans le monde principalement par deux sites que je trouve pertinents. Le premier est pratique, c’est celui du Financial Times qui publie un graphique du nombre de décès par régions du monde, ainsi que des courbes de nouveaux cas et décès par pays. Le second est le site du Johns Hopkins Coronavirus Resource Center dont il faut saluer l’énorme travail de collecte de données disponible sur un github, et qui a été le premier, à ma connaissance, à fournir des données relatives à la population du pays. Je ne suis pas médecin et je ne travaille ni de près ni de loin dans le milieu médical. Ce n’est pas pour autant que je ne dois pas me poser de questions.

Je m’interroge actuellement sur cette courbe des nouveaux cas de covid (Fig.1) qui montre un pic impressionnant de nouvelles contaminations en France, puis qui s’effondre de façon tout aussi impressionnante:

Fig. 1: Nouveaux cas de covid en France

 Tout d’abord, il est évident que ce nombre de nouvelles contaminations dépend du nombre de tests effectués. Plus (moins) on fait de tests et, mécaniquement, plus (moins) il y a de cas positifs. On le voit bien aux données datant du premier confinement, où le nombre de cas positifs est si faible, simplement parce que le dépistage était limité à ce moment-là.

Fig. 2: Taux de positivité au 02/12/2020 © Isabelle Mirouze

Il est donc plus intéressant de regarder le taux de positivité (Fig.2, en rouge, échelle de droite) à partir des données de la santé publique. On aura soin tout de même d'y ajouter le nombre de tests effectués (Fig.2, en bleu, échelle de gauche) car là encore, un pourcentage élevé d'un nombre faible est en réalité négligeable. On remarque sur ces courbes qu'au cours du mois de novembre, le nombre de tests effectués a été divisé de moitié. On voit également que le taux de positivité a également chuté de moitié, tendant à prouver que la chute du nombre de cas contaminés n'est pas qu'un effet mécanique. Mais il semblerait que ce taux de positivité commence à stagner à un peu plus de 10%. A ce stade, il est néanmoins trop tôt pour en tirer la moindre conclusion.

Mais l’origine de ma suspicion concernant cette courbe (Fig.1), vient du fait de l’avoir comparée aux courbes des pays limitrophes, en particulier l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, auxquels j’ajoute le Royaume Uni pour faire bonne mesure. La comparaison entre pays est délicate on le sait, puisque chaque pays a sa propre politique de test et d’identification des décès officiellement dus au covid. Elle n’est pas inutile pour autant tant que l’on reste dans des comparaisons de proportions plus que de données brutes.

Fig.3: Nouveaux cas de covid
Fig. 4: Nouveau décès

Ma première réaction en voyant les courbes de la Fig. 3, c’est qu’il doit y avoir un problème dans les données françaises, tant la courbe est atypique. Pour aller plus loin, on peut également faire le parallèle entre les courbes des nouveaux cas (Fig.3), et les courbes des nouveaux décès (Fig. 4), en prenant en compte un décalage approximatif d’une quinzaine de jours. On s’aperçoit alors qu’il y a une certaine cohérence pour tous les pays, y compris la France, sauf au moment de ce pic. Par exemple au pic de la contamination (35 000) l'Italie a un nombre de décès d'un peu plus de 700 (2%), alors que la France atteint 60 000 cas confirmés qui n'entraîne "que" 600 décès (1%)? La seule explication serait que l'Italie teste moitié moins que la France. A mi-novembre, le nombre de cas confirmés est similaire entre l'Italie et la France. Puisque le nombre de décès italien est presque le double du nombre français début décembre, il faut donc que le taux de positivité italien soit le double du français lui aussi. Or, si on en croit les graphes de Our World in Data (Fig. 5), le taux de positivité entre la France et l'Italie est équivalent à la mi-novembre.

Fig. 5: Taux de positivité

Bien sûr, ces comparaisons restent très approximatives. Mais elles sont à peu près cohérentes sauf pour l'Espagne qui semble aussi avoir des bizarreries dans ses données. On le voit notamment lorsqu'on la compare à l'Allemagne. Ces comparaisons sont également très limitées. Pour tirer des conclusions de telles comparaisons, il faudrait prendre en compte bien plus de pays, et probablement d'autres critères.

Je reste néanmoins très sceptique sur une courbe qui a pourtant une importance capitale puisque c'est à partir de ses indications que le gouvernement prend des décisions qui nous affecte tous profondément.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
La nomination d’Éric Coquerel suscite une polémique parmi les féministes
Plusieurs militantes ont affirmé que le député insoumis, élu jeudi président de la commission des finances, a déjà eu un comportement inapproprié avec des femmes. Mais en l’absence de signalement, aucune enquête n’a abouti. L’intéressé dément, tout en admettant avoir « évolué » depuis #MeToo.
par Lénaïg Bredoux et Mathieu Dejean
Journal — Parlement
Face au RN, gauche et droite se divisent sur la pertinence du « cordon sanitaire »
Désir de « rediabolisation » à gauche, volonté de « respecter le vote des Français » à droite… La rentrée parlementaire inédite place les forces politiques face à la délicate question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — France
Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions
En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.
par Ellen Salvi
Journal — Culture-Idées
L’historienne Malika Rahal : « La France n’a jamais fait son tournant anticolonialiste »
La scène politique française actuelle est née d’un monde colonial, avec lequel elle n’en a pas terminé, rappelle l’autrice d’un ouvrage important sur 1962, année de l’indépendance de l’Algérie. Un livre qui tombe à pic, à l’heure des réécritures fallacieuses de l’histoire.
par Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
L’inflation, un poison qui se diffuse lentement
« L’inflation est un masque : elle donne l’illusion de l’aisance, elle gomme les erreurs, elle n’enrichit que les spéculateurs, elle est prime à l’insouciance, potion à court terme et poison à long terme, victoire de la cigale sur la fourmi », J-Y Naudet, 2010.
par Anice Lajnef
Billet de blog
Les services publics ne doivent pas être les victimes de l’inflation
L’inflation galopante rappelle que le monde compte de plus en plus de travailleurs pauvres dans la fonction publique. Les Etats ont pourtant les moyens de financer des services publics de qualité : il faut faire contribuer les plus riches et les multinationales.
par Irene Ovonji-Odida
Billet de blog
Pourquoi les fonctionnaires se font (encore) avoir
3,5 % d'augmentation du point d'indice, c'est bien moins que l'inflation de 5,5%. Mais il y a pire, il y a la communication du gouvernement.
par Camaradepopof
Billet de blog
Oui, l’inflation s’explique bien par une boucle prix – profits !
Il est difficile d’exonérer le patronat de ces secteurs de l’inflation galopante. C’est pourquoi les mesures de blocage des prix sont nécessaires pour ralentir l’inflation et défendre le pouvoir d’achat des travailleurs. Par Sylvain Billot, statisticien économiste, diplômé de l’Ensae qui forme les administrateurs de l’Insee.
par Economistes Parlement Union Populaire