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Billet de blog 15 déc. 2018

Suppression de trains TER en Occitanie

A l’heure où l’urgence climatique demande de prendre des mesures drastiques, nos concitoyens devraient être incités à minimiser leur usage de la voiture. De plus, justice sociale et justice climatique ne vont pas l'un sans l'autre. A cela, Mme Delga, présidente de la région Occitanie, répond par ... la suppression de TER.

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A Madame Delga, Présidente de la région Occitanie,

Madame, je vous écris aujourd’hui pour vous dire mon découragement à la vue des nouveaux horaires du TER. J’habite à Pibrac et je travaille dans la zone d’activité de Basso-Cambo. Ayant la chance d’avoir des horaires flexibles et la possibilité de finir ma journée de travail à la maison, je décale donc ma journée pour commencer plus tard, et ainsi, mon trajet domicile-travail me prend 20-25 minutes en voiture, en fonction des embouteillages restant. Ayant une conscience écologique, et désirant minimiser mon poste de dépense transport, à ma voiture je préfère néanmoins substituer régulièrement le train de Pibrac à Lardenne avec mon vélo qui me permet d’effectuer le restant du trajet  (pas de bus possible). Jusqu’à présent, je prenais le train de 9 :35, très agréable parce que rempli raisonnablement, ce qui donnait un temps de trajet de 45 minutes (soit tout de même environ 2 fois le temps de trajet en voiture). Le soir en revanche était bien plus compliqué. Les trains de 17 :13 et 18 :13 à Lardenne sont pleins, voire même bourrés suivant le nombre de wagons qui fluctue d’un jour à l’autre sans que l’on sache pourquoi. Régulièrement, on y est agressé verbalement parce que « on fait chier avec nos vélos ». Il faut dire qu’on est assez nombreux à monter dans un train chargé avec vélo ou trottinette. Mais à Lardenne, que faire d’autre ? Parfois même, on est carrément laissé sur le quai comme cela m’est arrivé une fois, le 18 :13 n’ayant que 2 wagons pleins à craquer. Au passage, je salue la patience et le bon vouloir des conducteurs qui nous laissent le temps de remonter toute la ligne de train avec nos vélos pour trouver une place. Penser au train du soir est un véritable frein à mon enthousiasme. De plus, en commençant tard le matin, même le train de 18 :13 est terriblement tôt, et nécessite que je travaille à la maison pour compenser. Il restait donc la solution de rentrer très tard avec le 19 :43 (qui a été supprimé), ou de prendre le métro ligne C jusqu’à Colomiers et finir en vélo, soit 15 minutes de plus de trajet (ce qui porte à 3 fois le temps de trajet en voiture). Aujourd’hui vous avez supprimé le train de 9 :35 à Pibrac. Il ne me reste plus qu’à, soit subir les agressions verbales le matin également en allant grossir la masse des heures de pointe, soit augmenter mon trajet à 2 heures aller-retour, soit abandonner et prendre ma voiture pour un trajet aller-retour de 45 minutes tout confort. Malgré toute ma bonne volonté, c’est cette dernière option que je me vois contrainte de privilégier. Simplement parce que trop c’est trop !

Parlons maintenant du prix du TER. L’abonnement mensuel Pibrac-Lardenne est à 30,20 €, ce qui, honnêtement, est plus que raisonnable et très incitatif, surtout quand l’employeur en paye 50% (soit 15,10 € contre environ 70 € de carburant auquel s’ajoute la vétusté de la voiture). Le prix d’un billet seul est néanmoins une aberration. De façon très ponctuelle, je me rends au CNES à l’autre bout de Toulouse. Pour cela, je préfère largement la solution du train Pibrac – Saint Agne avec vélo aux embouteillages pollueurs. Mais il m’en coûte 5,20 € aller-retour de prolongation de parcours. Jusqu’à récemment, avoir un abonnement permettait de ne payer que 50% du prix, soit 2,60€, ce qui était déjà abusif (n’est-ce pas pour cela que l’on n’entend plus parler du prix au kilomètre pour le train ?). Mais cette possibilité a été supprimée. Au tarif actuel, covoiturer avec ma collègue est bien plus économique, bien qu’écologiquement totalement néfaste. Un autre exemple : se rendre de Pibrac à Matabiau par le train coûte 5,20 €. Prendre sa voiture jusqu’à Colomiers et emprunter ensuite le réseau Tisséo (métro et bus) coûte environ 2,50 € (1.70 € de transport en commun + environ 0,80 € de voiture). Moitié prix !

Mon expérience n’est qu’une goutte d’eau infime dans l’océan du quotidien des Français, elle n’en ai pas pour autant négligeable. A l’heure où l’urgence climatique demande de prendre des mesures drastiques, il convient d’inciter nos concitoyens à minimiser leur usage de la voiture. Cela passe par des offres de transport en commun décentes, incitatives et bon marché. Non seulement vous n’avez aucune vision d’avenir à ce sujet, mais pire, vous mettez en péril le peu que nous avions. Au-delà de la périphérie proche de Toulouse (Colomiers), votre intérêt pour la population semble s’évanouir. J’ai entendu dire, et je ne suis pas la seule, que notre ligne Auch/L’Isle Jourdain – Toulouse était condamnée à être fermée dans les deux ans. Je n’y croyais pas, mais j’y crois aujourd’hui. Parce que ces nouveaux horaires sur notre ligne montrent à quel point notre région est dirigée par des politiciens férus de comptabilité qui rayent sans discernement des pans entiers de la population d’un simple trait de plume. Parce que servir le public est aujourd’hui négligeable face à la sacro-sainte rentabilité.

Aujourd’hui le peuple Français exprime par les gilets jaunes son ras-le-bol d’être financièrement pressurisé de toute part pour le bien d’une poignée de privilégiés. Justice sociale et justice climatique ne vont pas l'un sans l'autre. Mais vous qui êtes censée nous représenter, que faites-vous ? Vous supprimez des trains …

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