Faire porter les efforts de réduction des émissions carbone sur les plus riches

Un article paru dans Nature estime que les 1% les plus riches sont responsables de 13,6% des émissions carbone liées au mode de vie contre 10% pour les 50% les plus pauvres. De plus, les riches ont les moyens financiers de se convertir sans grand effort à des technologies plus respectueuses de l'environnement.

Shift the focus from the super-poor to the super-rich (déplacer l'attention des super pauvres vers les super riches) est un article qui vient de paraître dans la revue scientifique Nature par les auteurs Ilona M Otto, Young Mi Kim, Nika Dubrovsky et Wolfgang Lucht. J'en fait ici un bref résumé, mais j'encourage tous ceux qui lisent l'anglais à le lire.

Les auteurs tentent d'étudier l'empreinte climatique des riches de ce monde. Une étude plus difficile qu'il n'y paraît, car les habitudes des super riches sont très peu documentées contrairement à celles des pauvres. Une étude pertinente néanmoins, car non seulement l'empreinte climatique des super riches est très élevée en elle-même (l'étude suggère une empreinte d'environ 129 tonnes de CO2 par an pour un foyer de 2 personnes), mais le mode de vie et de consommation des super riches influence la classe moyenne, qui voit dans ce modèle une façon de se distinguer des classes inférieures. Malgré une empreinte très forte, les riches sont pourtant ceux qui sont le plus déconnectés des réalités du changement climatique et des évènements extrêmes, car ils sont ceux qui en sont le plus à l'abri, et qui peuvent s'en remettre le plus facilement. 

Il y a donc là un grand potentiel de réduction des émissions carbone. Par exemple, l'empreinte climatique des super riches pourrait être réduite en transformant leurs résidences en maisons à zéro émission. Elle pourrait l'être encore d'avantage s'ils réduisaient leur consommation. En particulier l'usage de jets privés pèse lourd dans le budget carbone. Le bénéfice d'une plus grande sobriété carbone des plus riches s'étend, là encore, au fait que leur style de vie représente un modèle pour beaucoup de personnes, qui pourraient ainsi réduire et/ou améliorer leur consommation.

Les auteurs poursuivent en suggérant que les politiques destinées à contrer le changement climatique devraient donc cibler les plus riches. En effet, les efforts généralement demandés (reforestation, fourniture et demande d'énergie, transport, logement, ...) sont bien peu corrélés au monde des plus riches (finance et investissement, mode et commerce, immobilier, ...). Et les taxes telles qu'envisagées aujourd'hui ont bien peu de chance d'affecter leurs habitudes de consommation. Des politiques plus agressives ciblant les super riches sont possibles et seraient plus efficaces. Par exemple, une obligation à utiliser des énergies renouvelables pourrait être imposée aux résidences à partir d'une certaine taille. Contrairement aux pauvres, les riches ont les moyens de se plier à ces politiques sans que cela ne change en rien leur qualité de vie. 

En toute lucidité, les auteurs reconnaissent néanmoins que toute forme de politique ciblant les plus riches est vouée à être combattue avec force. Les riches sont en effet sur-représentés dans les gouvernements, et ont généralement des liens forts avec les élites politiques. C'est pourquoi il est indispensable de créer une pression sociale sur les super riches et les élites politiques partout dans le monde. 

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