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Billet de blog 22 juil. 2020

Qui est responsable de la crucifixion de Jésus?

J. L. Mélenchon, dans une interview donnée le 15 juillet dernier à BFMTV, a émis l’une de ses formules-chocs dont il a le secret : « Je ne sais pas si Jésus était sur la croix. Je sais qui l’y a mis, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes ». M. Habib, en colère, a aussitôt réagi : « Jésus-Christ fut condamné à mort par le préfet Ponce Pilate, pas par ses compatriotes juifs »...

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Jean-Luc Mélenchon et Meyer Habib sont, tous les deux, députés. Tous deux aiment se référer à L’Histoire en maintes occasions. Le premier, en tant que dirigeant du parti La France Insoumise (LFI) tend à mettre en exergue la Nation française ; le second, représentant du parti de l’Union de Démocrates et Indépendants (UDI), et en tant que membre du parti LIKOUD israélien, célèbre avant tout le peuple juif éternel. J. L. Mélenchon, dans une interview donnée le 15 juillet dernier à BFMTV, a émis l’une de ses formules-chocs dont il a le secret : « Je ne sais pas si Jésus était sur la croix. Je sais qui l’y a mis, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes ». M. Habib, en colère, a aussitôt réagi : « Jésus-Christ fut condamné à mort par le préfet Ponce Pilate, pas par ses compatriotes juifs ».

JL. Mélenchon, dans sa jeunesse, a reçu de sa mère un enseignement catholique. M. Habib a reçu un fort enseignement sioniste. Lequel de ces deux amateurs d’Histoire est le plus proche de la vérité ? Il ressort des citations ci-dessus, que chacun d’eux considère le Nouveau Testament comme un récit d’Histoire authentique et vérifié ; espérons, toutefois, que tous les deux ne pensent pas réellement que Jésus est né du Saint Esprit. Ils divergent, en tout cas, profondément sur qui est le responsable de la mort du messie. Tournons-nous vers le texte afin de clarifier la « vérité historique ».

« Dès que le matin fut venu, tous les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir (…). Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle Christ ? Tous répondirent : qu’il soit crucifié ! Le gouverneur dit : mais quel mal a –t’il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : qu’il soit crucifié ! Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. Et tout le peuple répondit : que son sang retombe sur nous et nos enfants ! « (Mathieu, 27. 1, 22-25). »

Comme s’il ne suffisait pas d’une seule référence pour fixer la genèse de la mémoire chrétienne vis à vis de la « race juive », le dur récit de la mort du fils de Dieu figure dans d’autres Evangiles, (Marc, 15. 1-15, Luc, 23.4-5, Jean, 18. 28-40).

Chacune et chacun des lectrices et lecteurs jugera qui a le plus « raison », dans cet important débat théologique. On se doit seulement de rappeler que pour les fidèles juifs en Europe, il n’a pas été facile, pendant plusieurs siècles, de vivre aux côtés de voisins persuadés qu’ils avaient assassiné le fils de leur Dieu. Telles furent, cependant, les fondements idéologiques de la civilisation appelée, aujourd’hui par un pénible effet de mode : « Europe judéo-chrétienne ».

En tant qu’homme de gauche, j’aimerais croire que, dans la gauche française, il n’y a plus beaucoup de gens à même d’émettre des stupidités judéophobes, à l’instar de J. L. Mélenchon. En tant que citoyen français, et israélien non-sioniste, résidant à Tel Aviv, j’éprouve de la honte qu’un homme comme Meyer Habib, qui ne cesse de nier les droits des Palestiniens, et se déclare partisan inconditionnel de la politique de Benjamin Netanyahou puisse prétendre me représenter.

Shlomo Sand est l’auteur de : « Une race imaginaire – Courte histoire de la judéophobie », Seuil, 2020, (traduit de l’hébreu par Michel Bilis)

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