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Billet de blog 6 sept. 2020

Santé Publique France : la bêtise commande

Les alertes fondées sur la détection des cas COVID s’accumulent, sans lien apparent avec la stagnation continue de la mortalité. Ces messages anxiogènes sont repris sans esprit critique par les médias, paniquant citoyens et politiques dans un cercle vicieux. Décryptons ensemble.

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1. L’évolution des cas détectés conduit aux alertes de Santé Publique France

La politique de dépistage est fondamentale pour piloter et contrôler l’épidémie. Elle aurait dû être bien plus intense au printemps, trouvant cet été enfin un rythme plus soutenu. Afin d’éviter une submersion du système de santé en cas de reprise épidémique, l’évolution du nombre de cas détectés est suivie avec attention.

Le bulletin du 3 septembre de Santé Publique France met en lumière une progression inquiétante de la transmission SARS-COV-2, qui justifierait à la fois des alertes fortes et une vigilance accrue :

  • « En France métropolitaine, la progression de la circulation virale est exponentielle. La dynamique de la transmission en forte croissance est préoccupante. »
  • « Si le nombre de patients testés est en augmentation, ceci n’explique pas la hausse des cas observée. Depuis début Juillet, le nombre de patients dépistés a été multiplié par un peu plus de 2, et le nombre de nouveaux cas par 12. »

On ne peut pas donner tort à Santé Publique France, sur l’évolution du nombre de cas détectés, qui dépasse très nettement le niveau constaté au printemps. Ceci alors même que le nombre de tests n’a pas augmenté, cet été, dans une proportion qui pourrait l’expliquer. Le taux de positivité des tests passe ainsi d’un peu plus de 1% début juillet à près de 4% fin août.

De quoi sérieusement inquiéter le gouvernement, les médias et la population ?

Nouveaux cas quotifdiens COVID détectés en France © Ourworldindata

Tests quotidiens COVID en France © Ourworldindata

2. La performance de détection s’est considérablement améliorée

Entre le début de l’épidémie et le 6 septembre, la France a détecté 317 706 cas positifs, c’est-à-dire… pas grand-chose ! En effet, même en adoptant les conclusions extrêmement prudentielles de l’Institut Pasteur (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02914300/document), près de 4 millions de personnes avaient été contaminées à début mai. Ainsi, on constate :

  • Au 11 mai, la France avait détecté 139 063 cas positifs pour une estimation de 3,8 millions de personnes infectées selon Pasteur, soit un succès de la détection à 3,6%.
  • Au 6 septembre, 178 643 cas positifs supplémentaires ont été détectés.

En France, environ 95% des cas réels de la COVID n’ont donc jamais été détectés.

La politique de tests a considérablement évolué, tant dans sa quantité (près de 10 fois plus de tests qu’au printemps) que dans son approche (ciblage des cas contacts). Il n’est ainsi pas déraisonnable de penser que le succès de la détection est très supérieur à ce qu’il était au printemps, comme cela a d’ailleurs été rappelé dans un « décodex » proposé par Arté récemment (https://www.youtube.com/watch?v=v97CcFs08xI).

Cas cumulés de COVID en France © Ourworldindata
Evolution du testing COVID au début de l'épidémie © Twitter de Jean Castex

3. La dynamique épidémique s’est ralentie très significativement

Il est possible d’estimer le nombre de cas réels suivant l’amélioration de l’efficacité du dépistage. Ici sont présentés 4 simulations : 5 fois meilleure (soit moins que l’augmentation du nombre de tests), 10 fois meilleure (similaire à l’augmentation du nombre de tests), 15 fois meilleure (un peu supérieure à l’augmentation du nombre de tests en considérant un meilleur ciblage des cas contacts), et 20 fois (en intégrant plus fortement la capacité à mieux tracer les cas contacts simultanément à l’augmentation du nombre de tests).

Cas détectés et réels suivant simulation © Shmuel Carasso

Quelle hypothèse semblerait le plus probable ? De mon point de vue, c’est celle d’une amélioration très importante de la performance de détection. En effet, la mortalité est demeurée incroyablement basse en France pendant tout l’été, 50 fois moindre qu’au printemps.

Malgré toutes les alertes, aucune seconde vague ne s’est déclenchée ni au déconfinement, ni avec la Fête de la Musique, ni avec les chassés-croisés estivaux, ni avec la rentrée des classes ou en entreprise.

 L’hypothèse proposée par Santé Publique France, qui conduirait à considérer que les personnes vulnérables auraient été protégées cet été, semble incertaine :

  • D’une part les personnes vulnérables ne sont pas mieux protégées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient pendant le confinement (la moitié des décès a concerné des résidents en EHPAD qui ont été confinés et protégés très rapidement en mars).
  • D’autre part, la structure d’âge des personnes hospitalisées a en fait peu évolué ces dernières semaines.
Entrées à l'hôpital par âge © Santé Publique France
Morts quotidiens en France du fait de la COVID au 6 septembre 2020 © Ourworldindata

Il semble dès lors bien plus probable que le virus ait touché bien moins de personnes en France depuis le déconfinement, qu’il n’en avait touché avant le 11 mai. L’amélioration du succès de la détection des cas n’est peut-être pas aussi forte que celle de la réduction de la mortalité, mais peut raisonnablement être considérée dans la fourchette haute présentée précédemment.

 Croire aujourd’hui que l’épidémie serait en croissance exponentielle reviendrait à croire un myope qui, chaussant des lunettes, nous annonce qu’un avion au décollage est en train de se rapprocher…

Comparaison des cas réels et détectés © Shmuel Carasso

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