INCERTITUDES

Il fallait en finir avec un système optionnel pléthorique et des filières prématurément spécialisées: :absurdité qui aboutissait à l'obtention d'un bac où la note la plus faible pouvait être celle de la spécialité.. Mesure de bon sens que le contrôle continu qui met fin aussi à ces vacances anticipées offertes aux lycéens dont le bahut était réquisitionné pour les épreuves du bac.

Cela dit, ce nouveau bac était censé rétablir sa raison d'être: un diplôme de culture générale, où les Humanités, disciplines confondues, dessinaient un profil d" "honnête" bachelier doté du niveau requis et d'un esprit suffisamment critique pour décider de son avenir et tester , si besoin , ses aptitudes, ses capacités à embrasser tel ou tel métier.

Ainsi on pouvait espérer que ce nouveau bac produiraient des lycéens qui, bénéficiant des solides bases du primaire et de connaissances harmonieusement réparties  dans le secondaire, ne scandaliseraient plus le corps universitaire, par leurs lacunes abyssales, leur inconscience aussi,  transformant la première année universitaire en un réservoir de chômeurs et en asile de l'ignorance.

Or, première inquiétude: on passe sous silence cette nécessité d'améliorer le niveau des étudiants en première année d'Université  par un protocole de bachot intelligemment réformé, mais on transforme prématurément les élèves en acteurs de leur destin puisque le but du "grand oral", préparé très activement tout au long de l'année, emphatiquement annoncé, semble créer pour former des futurs "créanciers", pour anticiper sur les embûches de la vie pratique: je reste prudente mais je serais étonnée que ce retour de la rhétorique, quand bien même il nous préserverait du  psittacisme techniciste, n'exerce les élèves à l'art de faire gober leur opinion, à défendre un point de vue, à rendre vraisemblables les initiatives les plus aventureuses à se préparer aux imprévus de la vie moderne etc: le tout au détriment du rôle de l'école républicaine: l'acquisition d'un savoir désintéressé, la capacité d'adaptation à un modèle social, et l'esprit critique indispensable non seulement pour l'améliorer mais aussi pour le changer.

.Deuxième inquiétude: on reconnaît que ce système pourrait engendrer des lycées à deux vitesses et on croit régler le problème par des "doublets".

Que comprendre sinon que les contenus devront s'adapter aux besoins d'une région qui disposera des moyens sans doute de faire pression sur le type d'orientation à choisir: existeront des lycées où les lycéens choisissent leur avenir, et les autres où on le choisit à leur place tout en leur donnant l'illusion du contraire.

Enfin pourquoi faire croire au retour des langues anciennes? Elles demeurent non seulement optionnelles au collège mais également au lycée et dans les classes à dominante littéraire qui, je n'en suis pas sûre, pourrait choisir  le latin ou le grec, ou se passer de l'un  et de l'autre : il faut vérifier.

Attendons des précisions et comment seront formés les professeurs

Pour le moment cette réforme ne se distingue ni  par son ambition intellectuelle, ni par son désir de former des citoyens capables de changer notre modèle social et de résister aux lois voraces du marché.

Elle ne suggère pas l'esquisse d'un modèle axiologique digne d'inspirer une jeunesse qu'il serait temps de soustraire à la seule tyrannie  du cerveau reptilien. 

   

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