"Tenir les deux bouts"

"tenir les deux bouts" n'est pas une invitation à la modération, n'est pas une façon de reconnaître, par politesse, par empathie, par crainte, des maladresses, des malentendus, induits de circonstances regrettables etc...Ce n'est pas laisser entendre que les idées que l'on combat valent celles que l'on défend.

 "Tenir les deux bouts" : l injonction  rappelle  la nécessité de ne jamais développer un point de vue univoquement cadenassé : C'est une de mes recommandations familières relatives à l'éthique de l'intellectuel, c'est à dire de tout humain qui prend au sérieux la pensée, qui ne la confond pas avec l'opinion, dans la recherche d'une vérité dont la relativité ne saurait le satisfaire, sinon pour en démasquer le simulacre voire l'imposture et, quitte à paraître inconstant, au sens latin du mot,  débusquer ses failles en la soumettant à une nouvelle épreuve du réel.

Tenir les deux bouts repose sur une évidence de nature philosophique et non pas mondaine: Elle pourrait se décliner ainsi:

la conscience de notre ignorance originelle recommande la prudence scientifique surtout dans le domaine où  sujet et objet se confondent: A cet égard le principe d'incertitude doit gouverner toute prise de position qui ferait l'impasse sur un statut ontologique aux conséquences existentielles capitales, magistralement formulées par René Char: " Nous sommes des héritiers sans testament".  

Nous sommes entrés dans l'histoire sans feuille de route, et jusqu'ici sous le joug d'une fatale égalité, celle de notre ignorance sur une évolution biologique qui en des temps immémoriaux, nous a fait passer -On ne sait quand, où, comment, pourquoi- de l'espèce animale à l'espèce humaine.

D'où deux questions fondamentales : Est-il sérieux ou nécessaire de nous évertuer à  nous proclamer maîtres du savoir sous prétexte que nous sommes désormais doués de raison et embarqués dans une histoire dont nous nous sentons responsables?

Que nous nous estimions responsables de l'édifice immense du construit humain nous dispense-t-il d'avoir toujours à l'esprit notre origine commue et nous attendre tous à devoir reconsidérer sous un angle nouveau, si douloureux cela soit-il, nos certitudes les plus coriaces, pour peu que la recherche scientifique  nous ouvre un horizon qui frappe d'inanité nos entreprises les plus légitimement estimables?

Mais pourquoi la recherche scientifique elle-même serait- elle créditée d'une confiance absolue en ses résultats? N'est-elle pas elle-même soumise au principe d'incertitude?

Alors à quelle type d'épreuve du réel vaut-il la peine de soumettre une vérité dont nous sommes persuadés qu'elle est universelle, c'est à dire qu'elle le bien de  tous nos semblables?

première réponse: au fait que nous avons bien conscience qu'elle n'est pas notre propriété(test de la vanité) , qu'elle ne blesse aucun de nos semblables, (test d'empathie) et qu'elle tire aussi les leçons d'une histoire encore accablante puisqu'elle ne sert qu' à nous engluer dans l'erreur grossière et tragique d'exclure de ses semblables ceux qui ne nous ressemblent pas, en mesurant leur barbarie à la nature de leur vengeance, c'est à dire à leur incapacité à voir tourner en dérision leurs convictions les plus profondes, prisonniers d'un obscurantisme qui serait à plaindre s'ils ne se manifestaient par des réactions effroyables , c'est à dire qui plongent dans l'effroi, celui de la mort cette inconnue dont on ne rit pas.

A suivre.  

 

    

   

 

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