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Billet de blog 1 novembre 2014

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Blaise Compaoré : de la fin légitime d’un règne dictatorial à un coup d’État ?

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La liberté est entière ou elle ne l’est point. Et celle du peuple burkinabé ne pouvait l’être qu’avec le départ inconditionnel du président Blaise Compaoré. Il est désormais du ressort du peuple burkinabé de décider lui-même de son avenir. Tout organe voulant prendre les rênes du pays sans une légitimation par ce mouvement populaire qui vient de faire partir Blaise Compaoré s’apparenterait sans l’ombre d’un doute à un coup d’État qui ne ferait que mener le pays tout droit au chaos.

Certes le président a démissionné, mais sa fuite savamment orchestrée par le Régiment de sécurité présidentielle qu’il a lui-même créé en marge de l’armée nationale, ne peut être un gage de sérénité. Qui l’y aurait aidé et pourquoi ? L’entregent qu’on lui connait, flotterait toujours au-dessus de ces Officiers qui nous ont déçus et trahis jusque-là, ainsi que toute sa garde rapprochée qui lui a toujours prêté allégeance au point du lui permettre cette fuite lâche.

L’acceptation de tout compromis, autre que celui d’assumer ses actes passés devant un tribunal, équivaut à nier le sens même de cette révolution populaire et citoyenne. Ainsi tous ceux qui ont concouru à orchestrer cette fuite ont également trahi le peuple et devront répondre de ce forfait.

Tout ce qui a été ardemment dénoncé, au prix de vies humaines, est bien la conséquence de 27 années d’un règne sans partage d’un président qui a toujours voulu un peuple servile au profit de son clan, en restant sourd à toutes ses souffrances. La liberté ne pourra par conséquent s’acquérir qu’en tournant radicalement le dos à ces 27 années. Nous ne devons concéder aucune parcelle de responsabilité dans la gestion du pouvoir d’État à ceux qui hier encore étaient les chevilles ouvrières du président et qui ont participé à toutes les exactions restées encore impunies, jusqu’à sa fuite aujourd’hui. Si sa démission ou sa destitution était non négociable au vu de ce mouvement populaire, il devrait assumer ces 27 années en répondant de ses actes pour que l’histoire ne puisse plus jamais se répéter, à commencer par l’assassinat de ses propres compagnons de lutte ! Il en va de même pour ceux qui l’ont soustrait à toute justice.

L’annonce par l’État-Major Général des Forces Armées du Burkina de la dissolution du Gouvernement et de l’Assemblée Nationale, était  un subterfuge du clan Compaoré pour tenter de retarder le processus de destitution de la dictature militaire de Blaise Compaoré.

La déclaration d’un sous-fifre du Chef d’État-Major Général des Armées portait en elle-même le germe de la duplicité et de la manipulation dans lesquelles le locataire de Kosyam est passé maître. En effet, quand on sait qui sont les généraux qui se sont réunis pour concocter cette infamie destinée à sauver celui qui a fabriqué les marionnettes qu’ils sont, le peuple burkinabé ne pouvait que refuser de se soumettre à cet ordre qui leur avait certainement été dicté depuis Kosyam.

L’on se souvient que le Chef d’État-Major Général des Armées, le Général Honoré Nabéré Traoré, a été le premier aide de camp de Blaise Compaoré après l’assassinat sanglant du Président Thomas Sankara lors du coup d’État du 15 Octobre 1987.

Sa promotion au grade de Général et sa nomination au poste le plus élevé de l’armée burkinabé ne sont dues qu’à son béni–ouiouisme face à Blaise Compaoré et à sa couardise pendant ladite tentative de coup d’État de Boukary J.B. Lingani et Henri Zongo, qui ont été exécutés par la suite. Quelle tristesse que d’être à un si haut poste uniquement parce que le chef de l’État vous estime sans courage d’opérer un coup d’État !

De plus il est un sous-fifre maçonnique du Grand Maître de la Franc Maçonnerie burkinabé, un très proche collaborateur de Blaise Compaoré, de qui il a pu recevoir l’injonction maçonnique de prendre les dispositions pour la protection des intérêts de l’ordre et de ses membres qui étaient nombreux dans le gouvernement déchu. On comprend dès lors pourquoi ce dernier ne pouvait que parler au nom de son maître qui refusait de quitter le fauteuil présidentiel malgré le refus des masses populaires burkinabé de continuer de le reconnaitre comme leur Président.

Tout cela justifie que le peuple burkinabé ait refusé de se soumettre aux ordres donnés par ces officiers félons qui ont assisté à son calvaire sans jamais oser prendre la responsabilité de dire à Blaise Compaoré qu’il se trompait et qu’il mettait en péril la vie de la nation burkinabé.

Cette couardise et ce manque de responsabilité sont confirmés par le coup d’État orchestré par quelques membres effrontés du RSP (Régiment de sécurité présidentielle) qui ont toujours vécu dans le sérail de Blaise Compaoré. En effet, voyant que le Général Honoré Nabéré Traoré, désavoué par le peuple, ne saurait aucunement leur garantir un post-Compaoré tranquille, ceux-ci ont donc soudainement décidé d’opérer eux-mêmes en s’imposant au peuple, tout en prétextant lui faire désormais allégeance. Mais personne n’est dupe, et ils ne pourront pas s’affranchir de leur participation au règne de Blaise Compaoré qu’ils ont protégé jusqu’au bout. Il est clair que Blaise Compaoré et son bras droit de tout temps Gilbert Diendéré, ne pouvaient pas emmener dans leurs bagages tous ceux qui ont sur les mains le sang d’autres Burkinabé, d’où une ultime tentative pour sauver leur peau.

Quel paradoxe ! Nous avons chassé un prince qui s’était substitué aux principes en payant de notre sang. Pourtant ce sang risque d’innerver les tentacules qui ont permis sa fuite. Accepter ce coup d’État sonnerait le glas de toutes nos espérances. Si la résignation nous gagnait, notre devoir de réveiller ceux d’entre nous qui sont tombés serait alors imprescriptible. Ils ne peuvent être MORTS pour un coup d’État.

Certes, notre lutte consistait d’abord à faire respecter notre constitution, mais les écueils en ont été notre conscientisation à l’injustice que nous subissions face à un pouvoir d’État transformé en propriété privée. Ceci fut le ferment et l’accélérateur de cette action populaire dont le résultat en a surpris plus d’un. Mais nous ne devons pas mésestimer ce qui est à présent, par naïveté et par complaisance suite à une victoire inespérée.

On ne peut construire un État nouveau sur les braises incandescentes de l’ancien. On s’y brûlerait. On ne peut passer d’un État chroniquement corrompu à un État vertueux sous la direction de ceux qui en étaient les premiers protecteurs. Aucune solution juste ne peut émaner de la toile que Blaise Compaoré a tissée et laissée derrière lui car toutes les manœuvres concourraient à asseoir une impunité à leur égard.

Avec ce climat ambigu, d’inexistence de l’État et de suspicion généralisée, d’imposture et d’hypocrisie qui ne sauraient rester longtemps masquées, il est impérieux  que celui qui aura la lourde et difficile tâche de mener notre pays aux prochaines élections présidentielles qui consacreront alors l’alternance démocratique dont nous avons tant rêvé, soit légitimé par une neutralité totale doublée d’une droiture irréprochable. Il lui faudrait non seulement du courage, mais aussi un amour infini du peuple burkinabé à l’instar de tous ceux qui viennent par cet amour de sacrifier leur vie.

Est-ce que le Lieutenant-Colonel Isaac Yacouba Zida, précédemment adjoint au Commandant du Régiment de sécurité présidentielle et proche du général Gilbert Diendéré, reflète ces valeurs ? Manifestement Non !

Il ne faudrait surtout pas, que cette jeunesse qui embrasse aujourd’hui tant d’espoir, tant d’espérance, ait le sentiment qu’on lui a volé sa révolution.

Un nom commence à faire résonance auprès de la jeunesse, celui de Jean-Baptiste Toubo NATAMA, le chef de cabinet de l’Union Africaine. Mais de là à ce que l’intéressé accepte d’endosser le costume  d’homme providentiel, avec l’ambiance chaotique qui règne, rien n’est moins sûr.

La tâche la plus difficile est à venir, à savoir rebâtir notre pays en tenant compte des valeurs fondatrices qui lui ont fait défaut durant 27 ans, dont la première est notre intégrité. 

Sidi M. A SIDIBE

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