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Billet de blog 5 novembre 2014

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De Blaise Compaoré au Lieutenant-Colonel Isaac Yacouba ZIDA, la continuation d’un système ? Pourquoi le doute ?

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Nous avons une chance historique d’être des acteurs majeurs de la construction de la nouvelle Afrique arrimée à des valeurs démocratiques.

Je souhaiterais que tout lecteur marque en ce moment précis une minute de silence à la mémoire de ceux qui sont tombés.

A ces martyrs je dis ceci : Ce mouvement juste qui a navigué sur le flot de votre sang, jamais ne chavirera car éternels vous resterez en nos mémoires.

Ce mouvement d’insurrection populaire qui fut le couronnement de notre quête de justice, de démocratie et par-dessus tout de liberté, n’aura son sens plein que si nous concédons également une part importante à la réconciliation. Dans cette lutte où bon nombre de nos jeunes camarades ont dans la fleur de l’âge perdu leur vie, il ne peut y avoir de satisfaction d’une victoire acquise car nous ne pouvons aucunement être victorieux sur ceux-là de nos frères qui ont failli dans la gestion noble de notre bien le plus précieux qui est notre Nation. Certes ils ont failli, dans un aveuglement total nourri par des intérêts égoïstes au risque d’hypothéquer gravement notre marche destinale, mais nous ne pouvons leur renier le fait d’être des nôtres. C’est pourquoi nous ne pouvons crier victoire.

Cette justice conquise au prix de notre sang, devra désormais prendre toute sa signification dans notre marche en avant. Il est donc important que le nouvel organe dirigeant qui sortira de toutes nos concertations en fasse un vœu solennel et prenne l’engagement de s’y tenir rigoureusement. Ceux d’entre nous ayant commis des crimes à l’encontre du droit humain devront répondre de leurs actes devant cette justice nouvelle en construction. Nous ne pourrons taire cela au risque de voir toute réconciliation avec nous-même impossible. Il ne doit en aucun cas s’agir de vengeance ou de règlement de compte, mais de réparation et de reconnaissance des torts commis, pour qu’enfin une page sombre de notre histoire se tourne.

Si cette réconciliation signifie pardonner pour ceux qui 27 années durant ont été opprimés, elle exige aussi que ceux qui ont œuvré pour le maintien de cette oppression, paient pour ce qu’ils ont fait, non pas aux opprimés mais à la justice. À entendre certains dignitaires de de partis, nous avons la nette impression que non seulement ils minimisent ce qui s’est passé, mais aussi qu'ils n’ont aucune conscience de ce qui aurait pu se passer. Ces partis politiques dits de la Majorité (CDP, ADF/RDA, Le Front Républicain…) devraient être dissous, et leurs hauts responsables traduits en justice.

De même tous les crimes dont les enquêtes ont été bafouillées, dont les dossiers ont soit disparu soit été classés suite à un ordre venu d’en haut, devront être reconsidérés. Aucun Burkinabé ne doit sortir de cette révolution pour laquelle il a consenti le sacrifice de sa vie, avec le sentiment que cette lutte n’aura servi à rien, parce que justice n’aura pas été rendue. Mais cette perspective de justice dépend toutefois de la réussite de la transition qui va débuter.

Nous ne pouvons passer d’un État chroniquement corrompu à un État vertueux sans une transition aboutie. Après que nous avons combattu ceux qui ont failli dans la gestion de l’État ancien, nous avons l’obligation de réussir dans cet exercice périlleux. Aujourd’hui une chose unique doit gouverner toutes nos actions à savoir le don de soi sans le désir d'un bénéfice personnel en retour. Cette transition si elle est réussie, consacrera la règle commune de toutes nos futures actions. Aussi, acteurs et partenaires de toutes chapelles, doivent regarder dans la même direction avec en point de mire un Burkina Faso nouveau, satisfaisant aux aspirations de toutes ses composantes sociales. L’exercice est difficile mais pas impossible. Nonobstant toutes les suspicions, toutes les hypocrisies et toutes les tractations de positionnement, nous avons des hommes et des femmes intègres capables de mener cette deuxième bataille. À nous de les identifier et de les aider à porter cette lourde responsabilité en totale confiance.

Hommage aux femmes

Cette révolution populaire aura révélé au monde entier la place des femmes, quand armées de leurs simples spatules elles ont montré la voie du courage et de l’abnégation. Ces femmes à qui on a souventefois confisqué tant et tant de droits, soit par abus soit à cause de l’observation honteuse de préjugés mâtinés d’ignorance, viennent de nous donner non seulement une espérance nouvelle dans notre lutte pour l’égalité, mais aussi une grande leçon de vie. Albert Einstein disait ceci : Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. Les femmes du Burkina Faso ont tracé par cet acte héroïque les sillons qui mèneront un jour à l’effacement de ces préjugés par une réelle égalité des genres dans une République accomplie. De même que leurs seins nous ont nourris intensément et affectueusement, ces sillons resteront innervés à jamais par cette bravoure. J’ose donc espérer qu’une place leur sera faite dans cet organe de transition. 

A l’instar de beaucoup de compatriotes, même si je ne peux leur ôter le bénéfice du doute il m’est aujourd’hui, impossible de donner un blanc-seing au Lieutenant-Colonel Isaac Yacouba ZIDA et à ses compagnons qui auraient pris leurs responsabilités pour nous éviter une situation dramatique tant la foule (je dis bien la foule) était déterminée à marcher sur le palais de Kosyam. Tout ce qui a pu éviter à notre peuple un carnage est à placer au rang le plus élevé de toutes autres considérations que nous pouvons par ailleurs avoir. Cet acte mérite donc d’être salué de façon idoine. Cependant beaucoup de faits m’autorisent à me poser mille et une questions et la position privilégiée octroyée par Blaise Compaoré au Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) dont le  Lieutenant-Colonel Isaac Yacouba ZIDA est le commandant en second, est sans conteste déterminante. Si je m’interdis aujourd’hui de tirer sur l’armée, je m’autorise par ailleurs tous les doutes, que seul le comportement du RSP pourra lever par la suite.

  1. Si une opération d’exfiltration du président Compaoré était en cours d’organisation avec la France, qui en étaient les artisans au sein du régiment de sécurité présidentielle (RSP) car cela n’a évidemment pas pu s’opérer sans leur collaboration ?
  2. Aussi c’est bien le Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) qui a donné des gages sérieux de loyauté et de fidélité à Blaise Compaoré pour que celui-ci s’obstine à vouloir régner à vie sur le Burkina.

En effet, l’on se souvient que suite aux mutineries qui ont éclaté dans tous les corps et dans toutes les casernes du pays, le Régiment de Sécurité Présidentielle lourdement armé a procédé à « la pacification » des corps et à leur désarmement. L’armement des différents autres corps ayant été confisqué et leur puissance de feu réduite à néant, le RSP a été placé dans une situation confortable pour tenir en respect le reste de l’armée burkinabé tant et si bien qu’elle seule était à l’œuvre sur tous les théâtres d’opération avec Gilbert Diendéré en tête.

Ainsi quand les chefs de ces corps militaires devenus « civils » parce que dépouillés d’armes et de munitions sont convoqués à une réunion pour choisir celui qui doit présider à l’organe de direction on peut comprendre qu’ils puissent manquer d’objectivité avec la possibilité que le chef du seul corps armé s’autoproclame Chef de l’État. Et si tel était le cas il n’y aurait pas à en vouloir aux autres chefs militaires qui ont entériné la décision du RSP ; ils n’ont pas les moyens militaires de défendre leurs opinions face au RSP qui aujourd’hui s’apparente à une milice lourdement armée.

Mais il est vrai que dans toute chose, existe du bon. C’est pourquoi j’ose encore espérer que le Lieutenant-Colonel Isaac Yacouba ZIDA saura faire taire toutes les cassandres qui clament son inféodation au système Compaoré, donnant ainsi à cette révolution populaire toute son auréole.

  • Pour cela le RSP devrait se fondre à l’armée régulière sans aucun privilège particulier et sans condition. Il est important que de tel corps armé ne puisse plus exister dans l’État Républicain que nous espérons de tous nos vœux.
  • Le Lieutenant-Colonel Isaac Yacouba ZIDA devrait rendre son tablier de Chef de l’État sans autre condition que celles que la Nation lui confère.
  • Les membres du RSP ayant commis des forfaitures devront répondre de leurs actes.

Par ailleurs nous devrons aussi sortir de ce paradigme du système Compaoré de toujours faire prévaloir l’aune du rapport des forces en présence aux actions, et nous demander maintenant et toujours si ce que nous faisons est juste. Plus rien dans ce pays ne pourra plus se faire sans la collaboration de l’armée, des partis politiques et de la société civile. Il nous faudra alors baser nos actions sur ce qui est juste et non plus sur ce que nous sommes capables de faire, aussi légal soit-il.

Notre constitution comporte certainement des imperfections qu’il faudra corriger, mais elle reste la chose que nous avons défendue au prix de vies humaines et en particulier notre « article 37 » que nous devrons sanctuariser dans son état actuel.

Au vu de la mobilisation de la jeunesse, pour un pays qui compte plus de 60% de jeunes de moins de 25 ans, notre histoire présage encore de belles pages qu’il faudra écrire en tenant compte de nos valeurs intrinsèques et de toutes nos identités isoformes ou non.

À tous ceux qui ont pris part à ce noble combat, rappelez-vous ceci : « une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. » Montesquieu. C’est dire que notre liberté ne sera jamais totale sans celle des autres.

Pour le Burkina Faso, nous vaincrons.

Sidi M A SIDIBE

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