Avril 2020 au temps du Covid-19  « lettre de mon intérieur à ma fille»

Respire, respire pour tous ceux qu’on a retournés sur le ventre et qui cherchent vainement leur souffle. Respire et vois le soleil insolent, les bourgeons qui éclatent. D’habitude, quand le printemps arrive, on sent comme une palpitation dans l’air, un imperceptible changement des bruits et des odeurs. Aujourd’hui, sous nos masques ou nos écharpes, nous ne sentons plus rien.

Avril 2020 au temps du covid 19  « lettre de mon intérieur »

Ma chère fille,

Respire, respire pour tous ceux qu’on a retournés sur le ventre et qui cherchent vainement leur souffle.

Respire et vois le soleil insolent, les bourgeons qui éclatent. D’habitude, quand le printemps arrive, on sent comme une palpitation dans l’air, un imperceptible changement des bruits et des odeurs. Aujourd’hui, sous nos masques ou nos écharpes, nous ne sentons plus rien.

Au début de l’épidémie, les caddies se sont remplis de pâtes et curieusement de papier hygiénique. L’Etat ne s’y était pas trompé qui n’autorisait que les besoins élémentaires : manger et chier – nous y voilà !

Respire, regarde la beauté de tes filles, leurs parures de femme et leurs airs d’enfant. Elles, elles ont trouvé les rythmes indociles, les occupations inattendues. Elles n’ont pas écouté les diktats des conseillers de tous poils qui sur les ondes ou dans la petite lucarne enjoignent de structurer nos journées.

Ah mais que se passerait-il sinon ? L’imagination au pouvoir, la paresse, la rébellion voire la folie pourrait nous prendre à la gorge.

As-tu vu comme on propose aux enfants des activités, des jeux de société ? Souviens-toi de ton enfance. Avais-tu besoin de la société mère sous forme de jeux pour nourrir tes vies imaginaires ?

Respire pour ces enfants que les professeurs ne laissent jamais inoccupés. Ils sont comme des petits chevaux attelés traînant derrière eux leurs chariots de devoirs, de corvées, d’obligations. Pauvres petits chevaux d’angoisse qui deviendront plus tard des adultes ployant sous leurs tâches.

Respire ! Le temps est suspendu, c’est un temps étrange. Nous l’oublierons, nous reprendrons notre frénésie. Nous regretterons alors de ne pas avoir écrit, lu, chanté et ri du temps ou nous avions le temps.

                                                                                                                                                                   Maman

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