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Billet de blog 1 oct. 2015

Le saviez-vous ? Les travailleurs indépendants ne sont pas malades comme les autres.

Dans la série "ma vie d'auto-entrepreneur", premier épisode : petit à petit je découvre les failles du système d'assurance maladie qui est censé protéger les entrepreneurs : artisans, commerçants, travailleurs indépendants.

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Dans la série "ma vie d'auto-entrepreneur", premier épisode : petit à petit je découvre les failles du système d'assurance maladie qui est censé protéger les entrepreneurs : artisans, commerçants, travailleurs indépendants.

Le RSI est obligatoire. Quand je crée mon activité d'auto-entrepreneur en février dernier, je ne me pose pas de question. Mon inscription sur le Portail Officiel des Auto-Entrepreneurs qui permet de s'enregistrer auprès du CFE (Centre de Formalité des Entreprises) va générer automatiquement mon inscription au RSI et je choisis la caisse de gestion la plus répandue : La RAM. Jusqu'ici, tout va bien.

Docilement, tous les mois, je déclare mon chiffre d'affaire et je cotise. Je ne gagne pas des cents et des mille. Je suis lectrice/correctrice et je fournis aussi des travaux de conception/rédaction pour une agence de communication parisienne tout en travaillant à distance depuis mon domicile en province. En tant que bénéficiaire du RSA je bénéficie de l'ACCRE (Aide aux Chômeurs Créant ou Reprenant une Entreprise) pour les trois premières années. Mes cotisations mensuelles s'élèvent pour l'instant à 7,5% de mon chiffre d'affaire, en incluant le paiement libératoire de l'impôt sur le revenu mensuellement. Jusqu'ici, tout va bien.

Et puis les démarches administratives sont un peu longuette, pour transférer d'abord mon dossier de la CPAM de la Dordogne dont je dépendais jusqu'alors, au RSI, passant ainsi du régime général au régime des indépendants. Un peu long aussi le traitement de ma demande de prise en charge pour Affection de Longue Durée (mon médecin m'a trouvé du diabète en mars de la même année). Encore plus long la prise en compte de la CMU Complémentaire attribuée par la CAF fin avril. Mais jusqu'ici, je m'arme de patience et sans avoir besoin de trop rouspéter, les choses rentrent dans l'ordre.

Le hic c'est quand mon médecin, gentiment, me recommande de contacter Sophia, un service d'accompagnement de la Sécurité Sociale qui aide à mieux vivre avec une maladie chronique, comme le diabète. Un gentil infirmier me répond au téléphone, et après un rapide examen de ma situation, le verdict tombe : "Je suis désolée Madame, les bénéficiaires du RSI n'ont pas accès au service Sophia... Nous les infirmiers on aimerait bien qu'il soit généralisé à tous les assurés, mais pour l'instant malheureusement ce n'est pas possible...". Merci quand même !

Deuxième hic récemment. La CAF (dont je dépends encore car mes revenus d'auto-entrepreneur sont encore faibles et que je perçois un reliquat de RSA tous les mois) m'envoie un SMS et un email afin de m'inviter à bénéficier d'un bilan de santé gratuit. Formidable ! Moi qui n'ai pas vu un médecin pendant dix ans jusqu'à mars dernier quand le médecin traitant de mon village m'a découvert ce fameux diabète, c'est l'occasion à presque 40 ans, de faire un petit check up, comme on dit. J'appelle donc, et rebelote : "Je suis désolée Madame, les bénéficiaires du RSI n'ont pas droit au bilan de santé gratuit. La CAF fait du mailing systématique à tous ses bénéficiaires sans discriminer les régimes d'affiliations, c'est la raison pour laquelle vous avez reçu ces invitations." Affaire classée sans suite. Merci quand même !

Ma question est simple : qu'est-ce que cela coûterait à l'État de rendre unique les régimes d'affiliation à l'assurance maladie afin qu'il n'y ait aucune discrimination entre bénéficiaires ? Mon diabète et ma santé ne sont pas différents de ceux d'un salarié, d'un fonctionnaire, d'un cadre, d'un retraité, d'un demandeur d'emploi, d'un bénéficiaire du RSA (dont je suis par ailleurs) !

Par ailleurs, je cotise. Et j'ai cotisé en tant qu'étudiante, salariée et demandeur d'emploi pendant de nombreuses années. Comment se fait-il que ce soit quand je prends le risque économique de me mettre à mon compte pour subvenir à mes besoins, c'est-à-dire au moment où ma situation est à la fois précaire et mon choix paradoxalement courageux et responsable, que je me retrouve avec une santé dont les frais et les soins sont moins biens couverts voire moins efficaces qu'avant ? 

C'est sûr et certain, il y a un hic quelque part. Créé en 2005 sous la présidence de Jacques Chirac, on ne peut pas dire que le RSI soit la plus grande invention de son "règne", et je demande aujourd'hui (dix ans plus tard, et bien d'autres s'en seront aperçus avant moi) que soit purement et simplement aboli ce système de caisse de sécurité sociale "privé" qui induit qu'il y ait en France une sous-catégorie d'assurés sociaux, alors que les entrepreneurs sont sans doute parmi les plus vaillants et les plus méritants à contribuer et servir la nation.

C'est comme ça qu'on encourage la création d'entreprise en France ? Je me demande si je ne vais pas m'expatrier à nouveau en fin de compte...

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