Quand le Ministère de la Culture snobe une École d'Archi pendant 20 ans !

A l’École Nationale Supérieure d’Architecte de Paris La Villette basée au 144 avenue de Flandre, 2300 étudiants disposent de 8.000m2 pour étudier, c’est-à-dire 3,5m2 chacun, quand la moyenne nationale est de 10m2 par étudiant. Depuis 20 ans ils réclament une relocalisation. Après plus d’un an de gel par le Ministère du processus engagé, ils se manifestent !

A la demande et l’initiative des étudiants réunis en assemblée générale fin mai 2018, rejoints par des professeurs et les autres personnels dans leur action début juin, le comité qui se mobilise pour revendiquer la relocalisation de leur école, organise une manifestation « artistique » sous la forme de performances mercredi 27 juin 2018 à partir de 11h sur la place du Palais Royal, sous les fenêtres de Mme Françoise NYSSEN, ministre de la Culture et de la Communication. Cette mobilisation fait suite à plusieurs mois d’attente d’une réponse de la part ministère aux courriers répétées de l’école à propos de la reprise du processus de relocalisation qui dure depuis des années. A cette occasion ils remettront à Mme la Ministre la pétition qu’il ont faite début 2018 et qui a réunit plus de 5000 signatures.

En 1999, la ministre de la Culture de l’époque, Mme Catherine TRAUTMANN avait déclaré que la relocalisation de l’ENSA Paris La Villette serait une priorité. En 1998 une étude de faisabilité avait été réalisée. Dès 1999 une charte programmatique était établie. La même année ce projet était abandonné par le ministère sans donner de raisons officielles. Plus de 10 ans plus tard, le sujet est remis à l’ordre du jour. En 2013-2014, l’actuel directeur de l’école, M. Bruno MENGOLI, s’est engagé dans la prospection de sites sur le territoire de Plaine Commune. Et enfin, en 2015, le ministère a relancé officiellement le processus par la signature d’une Convention d’études avec l’OPPIC à l’issue de trois mois d’échanges et de réunions.

Actuellement, une pré-programmation existe, une liste moyenne de sites pressentis pour une relocalisation a été constituée, elle devait conduire à l’élaboration d’une liste courte en juin 2017, or depuis, tous les rendez-vous avec le ministère ont été repoussés puis annulés jusqu’à une fin de non recevoir. Le changement de cabinet suite aux élections présidentielles de mai 2017 a pu ralentir le processus mais aucune raison officielle n’a été apportée au fait que tous les courriers de l’école depuis cette date soient restés sans réponse.

Le comble pour des concepteur d’espace, c’est de manquer d’espace !

À La Villette enseignants, administratifs et étudiants sont habitués à faire avec les moyens du bord. La cafétéria (la K’fet) et la CoCo (coopérative étudiante qui revend aux étudiants l’essentiel du matériel dont ils ont besoin pour dessins et maquettes) sont auto-gérées par les étudiants et fonctionnent très bien. Les étudiants ont mis à disposition de grands bacs en bois où sont récupérés chutes de matériaux, de maquette, etc. afin de recycler. Les idées ne manquent pas. Et c'est en partie ce qui fait l'esprit unique de cette école d'architecture à part.

Mais il y a des choses que même la plus folle imagination et le plus grand élan de solidarité ne peuvent pas inventer et ce sont des salles de cours et des ateliers aux dimensions des activités qui s’y tiennent, des amphithéâtres qui aient une capacité d’accueil suffisante… En période d’examen des promotions entières se retrouvent parfois entassées dans le seul grand amphi de l’école au 3ème étage (302) collés au coude à coude, en été dans une chaleur suffocante. Les ateliers maquettes, ateliers images et son, labo informatiques, salles d’art plastique saturent en fréquentation. Les espaces d’exposition sont insuffisants pour mettre en valeur les travaux des étudiants. Sans parler du stockage, de l’archivage,…

Et enfin, ni enseignants, ni étudiants ne disposent d’espace de travail réel en dehors des cours, ce qui a évidement des répercussions sur la qualité du travail des étudiants, leurs résultats, leur stress, leur sommeil, leur santé... d’autant qu’ils ne disposent pas tous de l’espace requis chez eux non plus. La seule salle de travail commune dont ils disposent pour les 5 niveaux d’étude (la salle 100) est généralement pleine à craquer, et c’est pourtant le seul lieu où ils peuvent se réunir pour les travaux imposants à faire en groupe. Ils doivent investir l’atrium, la cour, la rue et y installer planches et tréteaux empruntés à une salle de classe qui s’en trouve du coup dépourvue.

Autre difficulté, l’école est éclatée sur trois sites : l’essentiel est au 144 avenue de Flandre mais les doctorants et les chercheurs sont dans des locaux loués à Jaurès et l’atelier numérique rue de Cambrai. Dans un contexte où la dernière réforme rapproche les statuts écoles d’archi de ceux des université, c’est paradoxal.

Il va sans dire qu’un étudiant en architecture a besoin de plus d’espace pour étudier et expérimenter qu’un autre. Le peu d’espace dont ils disposent à La Villette rend impossible des pratiques pédagogiques telles que les workshop, les expérimentations spatiales, les projets à échelle 1:1. Alors que c’est bien la spécificité d’un tel métier : apprendre à bâtir un espace.

Des locaux « hors la loi »

Comble du comble, ces futurs architectes conçoivent des projets qui doivent respecter de multiples normes fort contraignantes tout en étudiant au quotidien dans des bâtiments qui ne les respectent pas. Les projections de plâtre qui assurent le degré coupe-feu des planchers et les panneaux de façade sont en amiante. Problèmes d’accessibilités PMR, isolation thermique défaillante, été comme hiver à cause de façade-rideaux inefficaces, acoustique désastreuse, normes de sécurité incendie rendue impossible à appliquer par la situation enclavée des locaux, salles trop exigües pour recevoir des groupes et des activités qui requièrent un minimum d’espace… Pour couronner le tout, des travaux de mise aux normes obligerait au déménagement ne serait-ce que temporaire des activités pédagogiques et administratives de l’école.

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