La liberté guidant le peuple

La liberté guidant le peuple Eugène Delacroix 1830 La liberté guidant le peuple Eugène Delacroix 1830

 

 

 

 

 

 




Le contexte historique de l’œuvre

Le peuple se soulève à la suite d'ordonnances du 25 juillet 1830, signées au château de Saint Cloud par le Roi Charles X. Il ne faudra que deux jours pour faire sortir le Peuple dans la rue et ériger des barricades dans Paris. Les émeutes durent trois jours dès le 27 juillet 1830. Ce sera « les trois glorieuses ». La scène se tient à quelques centaines de mètres des tours de Notre Dame. Plus de mille morts dans Paris, 200 hommes de troupe, dont l’un git au pied de la barricade, mais aussi 800 parisiens... C’est l’hommage à ces importantes pertes humaines, au sacrifice du peuple, que peint Delacroix, la même année, en 1830.

 

Billet de cent francs Eugene Delacroix Billet de cent francs Eugene Delacroix







La mémoire du peuple de 2013

Deux symboles, celui de la jeunesse, et celui de la liberté, se retrouveront sur une image des plus connues du peuple français par la vulgarisation d’un billet de banque de cent francs diffusé de 1978 à 1995. Si Marianne, la mère du peuple aux seins généreux, brandissant les couleurs nationales, suivie par un adolescent aux poings armés sont rescapés de l’œuvre de Delacroix, sur ce billet de banque, les autres symboles de l’œuvre disparaissent de la mémoire collective. L’œuvre de Delacroix fut mise en valeur seulement quarante ans après, au lendemain de la défaite de 1870, avec l’avènement de la troisième république (1870-1914). Encore une fois, c’est toujours à Saint Cloud, qu’un événement bouscula l’histoire de France, avec la déclaration de guerre signée par Napoléon III à la Prusse. La chute de l’empire français arrive deux mois après, c’est aussi l’arrivée d’une nouvelle république.

 

L’acte d’une déséquilibrée au musée du Louvre, à Lens?

Une personne présentée comme déséquilibrée aurait inscrit au feutre "AE911", en bas à droite sur ce tableau. Cette mention évoquerait la théorie d’un complot suite aux événements du 11 septembre 2001. Bien mal en a pris à cette femme, que personne n’a vue, alors qu’elle allait commettre ce sacrilège patrimonial républicain, pas même les gardiens dans les salles, pas même les nombreuses caméras de surveillance, secondées par des logiciels détectant les délits en cours, le maraudage et autre attitude de personnes au comportement suspect. Tout cela se passe en province, au milieu d’un musée des plus modernes en matière de sureté des œuvres et de gestion du public. Les journalistes, en mal de faits divers, n’ont pas même réussi à interviewer cette femme immédiatement interpellée. Pour la soustraire à la curiosité des journalistes, elle est internée d’office en hôpital psychiatrique par le préfet, et mise sous camisole chimique.

Alors que le musée fermait instantanément, le lendemain l’inscription aura été effacée, le vernis épais le permettant sans dommage.

Circulez de nouveau, il y a tout à voir, sauf le portrait de la déséquilibrée et les images de son récent sacrilège.

Caserne Sully à Saint Cloud depuis la place Clemenceau Caserne Sully à Saint Cloud depuis la place Clemenceau

 

 

 

 

 



La caserne des gardes du corps à Saint Cloud, dite aujourd’hui, caserne "Sully".

Le Roi Charles X n’avait certainement pas confiance en son peuple, très agité depuis les années 1789. Contemporain de la révolution française, prévenant et souhaitant garantir sa sécurité et celle de sa famille, il fait construire dès 1825 un imposant bâtiment à l’intérieur de son domaine de Saint-Cloud, à proximité de la grille d’honneur, au pied du pont de Saint Cloud. Il souhaitait renforcer la garnison de défense du château, par dix fois plus d’hommes : pas moins que 1500 hommes de troupe, et 150 hommes de cavalerie. Cette garnison supplémentaire sera celle de ses gardes du corps.

Le château de Saint Cloud brûle en octobre 1870. Les ruines seront exposées pendant 22 années avant d’être rasées. Pendant ce temps, et au lendemain de l’incendie du château, le tableau de Delacroix trouvera une place politique au musée du Louvre à Paris, où il sera le symbole de la naissante troisième république. A cette époque, ce tableau sera le plus vu, le plus commenté et le plus populaire.

La caserne des gardes du corps de Charles X dans le Domaine National de Saint Cloud, dernier symbole d’un imposant pouvoir royal, puis impérial, risque d’être rasée cette année en 2013 pour faire place à un projet immobilier.

 

L’acte de déséquilibrés ?

Si oser inscrire une mention AE911 serait pour les autorités, l’acte d’une déséquilibrée méritant une version médiatique peu convaincante sur la réalité des faits, et la mise au secret sous camisole chimique, que serait alors, l’acte de raser un témoignage architectural monumental de notre histoire ? Rayer cet édifice de la carte du Domaine National de Saint Cloud ne serait-il pas un acte de déséquilibrés? Que serait la puissance du peuple trouvant son unité, dans les trois glorieuses, sans l’imposante réponse de la puissance d’un souverain, oppresseur, justifiant un immédiat soulèvement populaire?

Les faits de notre histoire trouvent leur majesté dans les contrastes : Delacroix met en scène nos couleurs nationales brandies aux cieux par cette jeune femme aux formes généreuses et les fait rayonner dans une éclaircie de ciel bleu au milieu d’un imposant ciel sombre. Le peuple trouve sa puissance souveraine en passant une barricade, marchant vers la liberté, en enjambant le cadavre d’un militaire.

La majesté d’un peuple souverain existe dans la grandeur de sa lutte, certainement pas dans le dépôt d’un bulletin de vote dans une urne.

Ce tableau de Delacroix n’a de place permanente qu’à Paris, au Louvre, dans l’illustration d’une lutte politique républicaine suite au soulèvement du peuple parisien. Le déplacer est déjà un acte politique surprenant de la part de notre ministère de la Culture. En effet, cet acte ministériel prive les touristes du monde entier de l’éclairage d’un pan de l’histoire de France, de l’histoire parisienne. De même que serait l’histoire du Roi Soleil à Versailles si elle était amputée de ses œuvres maitresses ?

A croire que le déplacement à Lens du tableau de Delacroix est voulu et murement réfléchi, et va à l’encontre des projets du public, des touristes qui font l’effort de venir à Paris, pour vivre la ville à travers les âges et l’Histoire de France.

Le respect et la compréhension de notre patrimoine, l’exploiter sans le brader est primordial pour le transformer en richesses.

Et pourtant tout porte à croire que quelques-uns veillent à l’ignorance de nos valeurs, à l’insouciance de notre peuple pour le transformer en dociles moutons, incapable de monter une barricade.

L’équilibre n’est certainement pas dans la recherche d’opération immobilière en hypothéquant nos richesses patrimoniales, architecturales et monumentales, en méprisant le public de France, du monde entier fournisseurs de devises.

Cette caserne trouve sa majesté dans le Domaine National de Saint Cloud, elle peut être exploitée sans la raser et la transformer en richesses. L'équilibre architectural, monumental et patrimonial en est l'enjeu de ce lieu dans l'intégralité des 460 hectares du Domaine National de Saint Cloud qui a déjà perdu la majesté de son chateau, témoin de notre histoire.

Pendant ce temps les anges volent, avec les coccinelles nos bêtes à Bon Dieu.

(Ce billet est partie d'un feuilleton sur le Domaine National de Saint Cloud, dont le premier épisode est ici.)

 

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